STRAWSON PETER FREDERICK (1919-2006)

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Logique et langage

En plaçant le problème de la référence dans la perspective de l'usage du discours ordinaire, Strawson apporte une solution incontestablement plus fidèle au génie de la langue commune. Seulement, à lire de près les réponses que W. V. O. Quine et Russell donnèrent à Strawson, il est clair que le terrain de la discussion n'est pas le même. Russell distingue soigneusement la fonction indexicale de la fonction référentielle des expressions descriptives. La première enveloppe le problème de l'« égocentricité » (egocentric particulars), qu'il traite à part sans le mêler à la solution du second. C'est que Russell se préoccupe avant tout des descriptions définies dans le discours scientifique, qui tend précisément à réduire au minimum l'élément d'égocentricité. Si bien que la divergence entre les deux auteurs exprime moins deux conceptions contradictoires sur un même sujet que deux théories compatibles sur des sujets différents. Bien que Quine et L. Linsky aient proposé un arbitrage assez équitable, la polémique reste ouverte.

Strawson maintient en effet que l'activité qui vise à élucider la logique du langage ordinaire a une incidence sur la théorie logique elle-même, ou, du moins – devant l'opposition des logiciens –, qu'il importe de dégager les traits logiques des énoncés de la langue commune. On peut à ce sujet donner deux exemples.

La syllogistique traditionnelle

Armé des distinctions précédentes, Strawson prend parti sur la fameuse question que Leibniz souleva à propos de l'import existentiel. La problématique de l'usage va se trouver à nouveau féconde. On comprend mal la syllogistique pour la même raison que l'on comprend mal la relation du calcul des prédicats au langage ordinaire : on confond phrase et énoncé, implication et présupposition ; on soutient une fausse trichotomie entre vrai, faux et dépourvu de sens. Strawson interprète les formes catégoriques de telle sorte que, pour un terme d'extension nulle, la question de la vérité de l'énoncé catégorique qui le contient ne se pose pas. Cette conception qui rend justice au langage ordinaire suit la bonne méthode, concède Quine, pour défendre la syllogistique.

Théorie « performative » de la vérité

Dire qu'un énoncé est vrai, ce n'est pas faire un énoncé sur un autre énoncé, mais accomplir un acte tel qu'accepter, admettre, confirmer, souligner le même énoncé, confesser, soutenir ou acquiescer à ce qui a été dit, selon les contextes. L'usage de « vrai » n'est pas de décrire mais d'exprimer un accord, un acquiescement, une concession... Cette analyse performative de la vérité fut conçue par Strawson comme un supplément à la théorie de la redondance assertive de F. P. Ramsey. Elle s'inscrit en faux à la fois contre la notion traditionnelle de la vérité comme relation ou propriété et contre la théorie sémantique d'A. Tarski selon laquelle la vérité est d'ordre métalinguistique. La méthode consiste à montrer que « vrai » ne décrit pas une propriété sémantique, parce que son usage dans le langage ordinaire n'est pas de décrire. Strawson donne alors une solution originale au paradoxe du menteur. Il est clair que cette théorie performative de la vérité appelle de la part des logiciens les mêmes réserves, et plus manifestement encore, que la théorie strawsonienne de la référence.

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Pour citer l’article

Francis JACQUES, « STRAWSON PETER FREDERICK - (1919-2006) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peter-frederick-strawson/