PARACELSE (1493-1541)

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Le philosophe et le théologien

Paracelse n'est pas un esprit systématique. Sur des points essentiels, il se contredit. Il est plus intuitif que spéculatif. Il n'empêche que, partant d'une réflexion sur le monde et sur la place de l'homme dans le monde, il aborde les grands problèmes de toute philosophie, la nature de l'âme, la création, Dieu, le mal.

Des concepts originaux sous-tendent sa réflexion. Toute force agissante, naturelle et surnaturelle, inférieure et supérieure, est invisible. Dans l'homme, les tempéraments et les impressions (rêves et visions) dépendent d'un corps invisible, le corps sidéral (Astralleib). Les arcanes qui guérissent la maladie, que l'auteur appelle aussi chaos, sont invisibles. L'archée (Archeus), qui est l'agent de toute création, est un principe individuel invisible, en relation avec l'âme du monde (Astrum, Gestirn).

Une harmonie universelle préside au monde. Le principe trinitaire divin correspond aux trois divisions de l'univers – mondes inférieur, astral, divin –, aux trois parties de l'homme – esprit, âme, corps –, aux trois forces constitutives – soufre, mercure, sel. Tout ce qui est divin en Dieu est astral dans le firmament, terrestre sur terre. L'homme, microcosme, est la quintessence, un extrait, un résumé de l'organisme du monde : son corps est composé de soufre, de sel et de mercure, son âme obéit aux astres.

Dans l'homme et dans la nature supérieure, il n'existe point de vie sans corps : la corporéité est universelle ; le corps est l'expression de l'esprit. Aussi l'âme, privée par la mort du corps matériel, possède-t-elle un corps astral, l'esprit, un corps spirituel, un corps de feu. Toute existence, en Dieu également, suppose un corps.

Cet univers cohérent est animé par deux grandes forces : l'une, traditionnelle, est la volonté ; l'autre est l'imagination, capitale pour Paracelse. C'est cette dernière, en effet, qui permet la naissance du corporel à partir du spirituel, le développement de la semence, du germe contenu en chaque être, dans l'âme aussi bien qu'en Dieu : l'action de l'âme est toujours magique, parce qu'elle est production d'une image. Dieu crée l'univers en l'imaginant.

Touchant la création du monde, Paracelse est fidèle au principe du développement progressif à partir de l'unité indistincte. Entre Dieu et les trois principes, eux-mêmes sources des quatre éléments, il intercale deux puissances intermédiaires. La première porte des noms divers : Mysterium magnum, Limbus, Prima Materia, Aquaster, elle paraît proche du Logos johannique. L'Yliaster est la première matérialisation du Mysterium magnum.

Paracelse refuse la conception du mal comme négation. Sa réponse à une question qui inquiète le médecin est double : le mal est le produit d'un déséquilibre qui apparaît dès que se heurtent deux courants de vie qui, pour s'affirmer, doivent se détruire. D'autre part, la matière est corrompue dans son ensemble par la chute adamique. Elle est Cagastrum. Pour le médecin, cette perversion se manifeste dans le corps par la présence de tartres, résidus, déchets que l'organisme ne peut assimiler et qui l'empoisonnent.

Il convient de distinguer nettement entre la lumière de la nature et celle de la grâce. Paracelse, en théologie, est l'apôtre d'un spiritualisme parfois virulent qui n'atteint jamais cependant le radicalisme de l'aile gauche de la Réforme. Plus originales sont ses conceptions christologiques et mariologiques, conséquences de sa doctrine de la corporéité universelle. Elles se concentrent particulièrement dans la description d'une véritable quatrième hypostase, l'Ève céleste, la Sophia de Jakob Boehme, et dans celle d'un corps spirituel du Christ, que le croyant assimile par l'eucharistie.

L'influence du médecin suisse est si vaste, si diverse, si complexe qu'il est impossible de l'apprécier totalement. Il n'est pas seulement le chef d'une véritable école dont le grand représentant au xviie siècle est Jean-Baptiste Van Helmont (1577-1644). Son rôle littéraire apparaît dans toute son importance au moment du romantisme. Sans la synthèse paracelsienne, l'œuvre de Boehme et de Schelling est impensable. En joignant une réflexion sur Paracelse à une réflexion sur la tradition mystique germanique, Valentin Weigel (1533-1588) fonde la théosophie de langue allemande qui fleurit en Allemagne jusqu'au xviiie siècle.

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  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de l'Université, docteur ès lettres, maître de conférences à l'université de Poitiers

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Bernard GORCEIX, « PARACELSE (1493-1541) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paracelse/