OSROÈNE

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Nom que porte dans l'Antiquité un royaume situé dans le nord-ouest de la Mésopotamie, dans la région d'Édesse (Urfa ou Osroé). Bornée sur trois côtés par le Habbour et l'Euphrate, avec les monts Masios pour limite septentrionale, l'Osroène était l'ancien Bît-Adini, royaume fondé au début du xe siècle avant l'ère chrétienne par les Araméens et qui avait résisté avec succès aux tentatives de David et de Salomon. L'Osroène resta le centre de la civilisation araméenne. Sa population était constituée par un fonds araméen enrichi d'apports grecs et perses. L'existence de sa langue s'est prolongée dans le dialecte syriaque d'Édesse.

Partie de l'Empire grec d'Asie, l'Osroène secoue le joug séleucide au ~ iie siècle et se constitue en royaume autonome avec Édesse pour capitale, dans la mouvance de l'Empire parthe, puis dans celle de l'Arménie en ~ 86. En ~ 63, après les campagnes de Pompée en Orient, l'Osroène est un État « ami », c'est-à-dire un protectorat de Rome.

Au cours de l'affrontement qui devait opposer l'Empire romain à celui des Parthes, puis à celui des Sassanides, l'Osroène allait jouer un rôle parfois important et quelquefois équivoque.

En ~ 53, le roi Abgar II d'Édesse donne à Crassus le fatal conseil de se diriger vers le Balikh au lieu de descendre l'Euphrate. Lorsque l'armée romaine, épuisée, parvient à Carrhae, le roi d'Osroène disparaît en l'abandonnant aux flèches de la cavalerie du Suréna. Au contraire, Abgar VII accueille amicalement Trajan durant l'expédition en Orient de l'empereur romain (114-117).

La situation romaine, qui n'avait cessé de se dégrader en Orient dès la fin du règne de Trajan et jusqu'à Marc Aurèle, est rétablie entre 162 et 166 grâce aux campagnes de l'auguste Lucius Verus, de Statius Priscus et d'Avidius Cassius, légats l'un de Cappadoce, l'autre de Syrie. La paix imposée à Vologèse III restaure le protectorat de Rome sur l'Arménie et sur l'Osroène. Plus tard, en 199, Septime Sévère, vainqueur de Vologèse IV, incorpore l'Osroène à la province romaine de la Mésopotamie.

Sous les Sassanides, l'Osroène empêche, un moment, par les armes, Ardachir de reprendre la Mésopotamie aux Romains. Mais c'est à Édesse que Shāhpūr Ier capture l'empereur Valérien en 260. Entre 602 et 614, Chosroès II reprend les territoires qui, à la fin du siècle précédent, avaient dû être cédés aux Romains en Arménie et en Mésopotamie. Son général Shar-Baraz conquiert l'Osroène et la Syrie-Palestine. En 627, Chosroès est défait par Héraclius, et onze ans plus tard l'Osroène tombe aux mains des Arabes.

Dès la période sassanide, l'Osroène fut un centre important de la diffusion du christianisme en Orient. Dix rois d'Osroène ont porté le nom d'Abgar, dont l'étymologie est contestée. Certains y voient un emprunt au perse afgâr ou figâr, qui signifie « boiteux » ; d'autres le rapprochent de l'arabe akbar, « être grand ». Selon Assemani, Abgar aurait été à Édesse un nom de règne comparable au César des Romains. Le quinzième roi d'Édesse, Abgar V Ucomo, c'est-à-dire « le Noir », (13-57), est resté célèbre pour la lettre apocryphe que, souffrant d'un mal incurable, il aurait adressée au Christ, dont il avait appris les miracles. Abgar y invitait le Christ à abandonner les Juifs indignes et à venir se fixer en Osroène. Dans la réponse qu'il lui aurait faite, le Christ aurait promis de dépêcher après son Ascension un disciple qui guérirait Abgar. Ce fut Thaddée, l'un des soixante-douze disciples.

L. Ælius Septimius Abgar VIII (177-214, en corégence avec son fils depuis 212) se convertit réellement au christianisme.

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Valentin NIKIPROWETZKY, « OSROÈNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/osroene/