FISCHINGER OSKAR (1900-1967)

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Oskar Fischinger est né à Gelnhausen (Allemagne). Il est le seul des trois plasticiens-cinéastes de l'avant-garde allemande des années 1920 à avoir axé toute sa carrière (1922-1961) sur et autour de l'abstraction filmique. Walter Ruttmann mit, par la suite avec Berlin, symphonie d'une grande ville (1927), son sens du rythme au service du documentaire tandis que Hans Richter devint un compagnon de route des surréalistes à partir de Filmstudie (1926). De nombreux peintres des années 1910 étaient taraudés par l'idée d'animer formes et couleurs en obéissant au modèle des pulsations et des rythmes musicaux (Survage, Kandinsky...). Ruttmann et Richter, associés à Viking Eggeling – qui mourut précocement – précédèrent Fischinger dans cette voie.

Selon ses propres aveux (« Ce que j'ai à dire est inscrit dans mon travail », in Musique film, 1986), Oskar Fischinger serait venu à l'expérimentation pour s'acquitter, en 1920, d'une commande : ayant à faire un exposé dans un club littéraire sur deux pièces de théâtre, il choisit de les analyser graphiquement grâce à un jeu de lignes et de courbes qui gravitent autour d'un trait horizontal de référence. Conseillé par le critique d'art Bernhard Diebold, qui commence à faire la théorie du film abstrait dès 1916, il s'avise d'ajouter le mouvement pour que ses croquis soient plus explicites. Lors de la projection d'Opus no 1 de Ruttmann, en février 1921 à Francfort – très certainement le premier film abstrait montré en public –, Diebold présente Fischinger à l'auteur. Enthousiasmé, le jeune homme confie à Ruttmann qu'il travaille sur un projet de machine à découper et à modeler la cire. Dans les nombreux « exercices » qu'il pratique en dilettante jusqu'en 1929, on trouve, en 1922, un Wachsexperimente, obtenu grâce à son invention, qu'il vend ensuite à Ruttmann.

Jusqu'en 1929, lorsqu'il s'oriente définitivement vers ce qu'il appelle le « film absolu », Fischinger accomplit toutes sortes d'essais : travail sur la cire, motifs obtenus par la confluence de liquides sur verre (Spirales, 1925), dessins animés divers. En 1927, il quitte Munich pour se rendre à Berlin, où il vivra et travaillera jusqu'en 1936. Il fait le voyage à pied et filme le trajet photogramme par photogramme. Le résultat, Munchen-Berlin Wanderung, une de ses rares œuvres non abstraites, deviendra un des films fondateurs de la tendance des « journaux filmés » systématisée, au sein de l'avant-garde, par Jonas Mekas à partir des années 1960.

À Berlin, Fischinger crée un studio indépendant où il emploie son frère Hans. Là, il réalise les effets spéciaux de divers films, notamment de La Femme sur la lune de Fritz Lang (1929) mais aussi de films publicitaires, dont le fameux Muratti Greift in (1934), vantant les mérites d'une marque de cigarettes, qui séduira des producteurs américains. C'est à cette époque qu'il réalise ses Studies (treize opus en tout de 1929 à 1934) qui inventent des contrepoints visuels aux compositions de Brahms, Verdi, Beethoven... Commencée en noir et blanc, la série se termine en couleurs après qu'il eut mis au point, avec Bela Gaspar, le système du Gasparcolor en 1933. Il crée aussi, la même année, des sons synthétiques : il dessine sur papier des traces visuelles de sons, puis les photographie sur une bande-son vierge. Plus tard Norman McLaren systématisera ces recherches.

Sensible au bouddhisme tibétain, Fischinger ne se contente pas d'animer, comme Richter ou Ruttmann, des lignes et des surfaces géométriques : il crée des enchevêtrements de formes fluides sans équivalent jusqu'alors dans le cinéma expérimental et qui influenceront l'avant-garde californienne des années 1960 (les frères Whitney, Jordan Belson). Ce sens de la fluidité plastique le conduit à réaliser, en 1947, son chef-d'œuvre, Motion Painting 1. Dans ce travail de peinture à l'huile étendue sur une surface de Plexiglas – Henri-Georges Clouzot s'en souviendra probablement lorsqu'il réalisera, en 1956, Le Mystère Picasso –, le pinceau invisible de Fischinger poursuit sans relâche les complexes entrelacs harmoniques du Troisième concerto brandebourgeois de Bach dans une infinité de variations visuelles, réalisant ainsi le vieux rêv [...]

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Raphaël BASSAN, « FISCHINGER OSKAR - (1900-1967) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/oskar-fischinger/