Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

MCLAREN NORMAN (1914-1987)

Réalisateur canadien, Norman McLaren fut l'un des maîtres incontestés du cinéma d'animation moderne : son importance est comparable à celle de Walt Disney dont il est l'exact opposé puisque ses films, tous expérimentaux, ne comportent aucune invention de personnage et n'impliquent ni création d'une « série » commerciale, ni suite narrative.

Né à Stirling, en Écosse, le 11 avril 1914, mort à Montréal le 27 janvier 1987, Norman McLaren est le fils d'un décorateur et d'une fermière. Il s'essaie d'abord à Glasgow au film sans caméra, puis à l'abstraction pure, et devient le disciple déclaré de Len Lye, Oskar Fischinger et Emile Cohl, respectivement pionniers de la plastique musicale et du dessin sur pellicule. Après avoir réalisé quelques bandes publicitaires et pamphlets pacifistes, il sera engagé en 1935 par John Grierson au G.P.O., Service cinématographique des postes britanniques. Là, sous les ordres d'Alberto Cavalcanti, il commence à travailler sur l'animation d'objets, le son synthétique dessiné et le dessin sur pellicule non cadrée. Norman McLaren va dès lors passer par tous les centres expérimentaux : le Film Center de Londres le musée Guggenheim et la N.B.C. de New York, avant de s'installer en 1941 à 1'Office national du film canadien, que dirige John Grierson. Il y crée un groupe de travail au dynamisme insurpassé, avec George Dunning, Evelyn Lambart, Grant Munro, Jim McKay, René Jodoin et Jean-Paul Ladouceur. C'est à Ottawa puis à Montréal (à l'exception de deux missions en Chine et aux Indes pour I'U.N.E.S.C.O.) qu'il va successivement travailler sur toutes les techniques connues d'animation : papier découpé, pastel animé (La Poulette grise, 1946), peinture ou gravure sur film, animation d'êtres vivants mêlés à des objets, illustration de vieilles chansons populaires que son imagination effrénée dote d'un mouvement irrésistible (C'est l'aviron, 1944 ; Là-haut sur ces montagnes, 1946). Primés partout, ses courts métrages font le tour du monde, répandant une mystique de l'image par image qui envahit toutes les écoles nationales, et créant un univers surréaliste familier.

Quand il ne métamorphose pas l'univers des volatiles en fables essentielles (Hen Hop, 1942 ; Le Merle, 1958 ; Alouette, 1964), McLaren développe une symbolique élémentaire qu'il pousse jusqu'à l'écriture automatique (V for Victory, 1942 ; Dollar Dance, 1943), et donne vie aux formes géométriques les plus simples (Dots, Loops, 1940 ; Stars and Stripes, 1941 ; Lignes verticales, Parallèles, 1960 ; Lignes horizontales, 1961), qu'il élargit jusqu'aux spéculations abstraites les plus vertigineuses (Rythmetic, 1957 ; Serenal, 1959 ; Canon, 1964).

Par ailleurs, en isolant la bande sonore jusqu'à lui donner une complète autonomie, McLaren crée un son, une musique synthétiques entièrement dessinés et dépasse les recherches concrétistes par son humour enjoué, notamment lorsqu'il joue avec la perception subliminale dans l'acrobatique Blinkity Blank (palme d'or à Cannes en 1955). La musicalité expansive de ses films culmine avec une perception euphorique du jazz dans Boogie Doodle, 1940 ; Begone dull Care, 1949 ; Short and Suite, 1959. En prise de vues directe, Norman McLaren a surtout utilisé des personnages vivants qu'il manipule comme des marionnettes, inventant l'animation dite « pixillée » (Deux Bagatelles, 1952 ; Neighbors, 1952 ; A Chairy Tale, 1957) qui fut adoptée au Canada par de nombreux disciples et qui, sous son emprise, est devenue une forme libre, un langage autonome. Ces genres divers ont engendré des variations presque chorégraphiques où le ballet classique trouve d'ailleurs sa place : Pas de deux, 1967 ; Ballet adagio, 1972 ; Narcissus, 1981. Enfin[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CINÉMA (Cinémas parallèles) - Le cinéma d'animation

    • Écrit par Bernard GÉNIN, André MARTIN
    • 17 657 mots
    • 6 médias
    ...des équivalents imagés de pièces de Liszt, Mozart ou Wagner (Studie V., 1929) qui lui vaudront quelques contrats américains et l'occasion de lancer aux États-Unis cette tendance du cinéma abstrait et individuel qu’imposeront Len Lye,Norman McLaren, Mary Ellen Bute, John et James Whitney.

Voir aussi