OPUS DEI

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Société religieuse qui jouit dans l'Église catholique contemporaine d'un statut original, l'Opus Dei a été fondé en 1928 par un prêtre espagnol, José María Escrivá de Balaguer, né en 1902 à Barbastro, en Aragón, dans une famille de commerçants, et décédé à Rome le 26 juin 1975, avec une réputation de sainteté. J. M. Escrivá de Balaguer avait reçu à Madrid, le 2 octobre 1928, la révélation intérieure de ce qu'allait être l'œuvre de sa vie, un mouvement de spiritualité qui lui valut à la fois une renommée internationale, des oppositions passionnées et un soutien constant des plus hautes autorités catholiques. À sa mort, l'Opus Dei comptait 60 000 membres de quatre-vingts nationalités (il en comptait 77 000 vingt ans plus tard, dont 75 000 laïcs). Il avait tracé dans l'Église romaine une voie nouvelle qui ne répondait à aucune structure existante, dans un contexte politique et religieux particulièrement agité, dont pâtira son image.

Les années 1930 avaient marqué un essor important et une grande étape pour l'Action catholique et pour ses mouvements de jeunesse, qui formaient leurs membres à un apostolat spécialisé par milieux (ouvriers, étudiants, paysans...) pour « refaire chrétiens » ceux qui ne l'étaient plus et une société qui s'était détournée de l'Église. Dans le même temps, l'Opus Dei adopte une démarche tout autre. Il s'adresse à ceux qui, ayant dans ce monde leur vie familiale, professionnelle et civique, attendent une spiritualité qui réponde à leurs responsabilités et à leurs conditions respectives. Au départ, il se présente donc comme une association à vocation internationale (dont le siège est à Rome depuis 1946) comprenant des fidèles laïques et des prêtres qui en sont issus (les trois premiers d'entre eux, dont le successeur du fondateur, Mgr Alvaro del Portillo, ont été ordonnés en 1944). Son statut juridique dans l'Église a connu plusieurs étapes : pieuse union du diocèse de Madrid (1941) ; institut séculier de droit pontifical (1947) — le premier du genre, voulu par Pie XII ; enfin, prélature personnelle (1982), la seule à ce jour, selon une formule prévue par le concile de Vatican II et inscrite depuis 1983 dans le nouveau Code de droit canonique.

L'Opus Dei est ouvert sans distinction à tous ceux qui acceptent l'esprit et les engagements prévus par ses statuts : « Sanctifier notre travail, nous sanctifier dans notre travail et sanctifier par notre travail » (Mgr Escrivá). Un petit livre du fondateur, Camino (Chemin), paru en 1934 sous le titre Considérations spirituelles et en 1939 sous sa forme définitive, en exprime la substance : 999 courtes maximes, conseils ou préceptes dont l'extrême simplicité a sans doute fait l'immense succès (l'ouvrage a été diffusé à des millions d'exemplaires, en plusieurs dizaines de langues), et où l'on chercherait en vain une philosophie sociale ou politique. C'est assez pour laisser aux membres de l'association la liberté qui leur incombe, non pour convaincre une opinion persuadée du contraire. La question des véritables objectifs de l'Opus Dei s'est surtout posée quand, après dix ans d'incubation, l'institution a pris son essor, coïncidant avec la victoire du franquisme. Dans l'Église d'Espagne, la consigne fut alors l'engagement des élites catholiques dans les affaires publiques, contre l'opinion de ceux qui pensaient pouvoir être bons chrétiens en privé mais pas en politique. De là le rôle joué, en particulier au sein du gouvernement espagnol, par des membres de l'Action catholique, puis, de 1957 à 1973, par ceux de l'Opus Dei. Ces derniers ont favorisé la modernisation économique, préparé la libéralisation politique, mais ils ont aussi vu leurs noms mêlés à des « affaires » qui ont défrayé la chronique. On a parlé de « sainte mafia » et de « groupe de pression » au service d'un régime réactionnaire et d'intérêts privés ; ainsi s'altère une réputation et s'affermissent des soupçons qu'un goût déclaré des membres du mouvement pour la discrétion — réserve naturelle à leurs yeux, épais secret pour leurs adversaires — a longtemps entretenu. En toute hypothèse, réels ou supposés, ce ne sont qu'incidents, voire accidents de parcours assez communs, qu'explique ici [...]

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Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Émile POULAT, « OPUS DEI », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/opus-dei/