ESCRIVÁ DE BALAGUER JOSÉ MARÍA (1902-1975)

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Bien que sa notoriété s'efface derrière celle de l'Opus Dei, son œuvre dans les deux sens du terme, José Maria Escriva de Balaguer y Albas fut l'une des figures les plus singulières et les plus controversées du catholicisme du milieu du xxe siècle, en même temps qu'une des personnalités les plus connues et les plus discutées de l'Espagne d'après la guerre civile. Le futur président général de l'Opus Dei naît en 1902 dans la petite ville aragonaise de Barbastro, dans une famille de petits commerçants bien pensants. La carrière ecclésiastique constitue pratiquement pour lui la seule voie de promotion sociale ; il mène de front une licence en droit et des études au séminaire de Saragosse, où le remarque l'archevêque. Ordonné prêtre en 1925, le jeune Escriva soutient sa thèse de doctorat en droit la même année. Puis il délaisse la province pour Madrid, où il se fixe en 1926 après avoir obtenu de quitter son diocèse d'origine, dans lequel le cardinal Soldevila, son protecteur, a été assassiné trois ans plus tôt par un anarchiste.

Alors commence, jusqu'en 1936, la phase obscure de l'existence de l'abbé Escriva. Aumônier du couvent où il loge et professeur de philosophie et de déontologie à l'École de journalisme catholique de la capitale espagnole, il constitue dès ce moment un noyau d'étudiants, qui fournira les premiers membres de l'Opus Dei, dont lui-même affirme qu'il fut formellement constitué le 2 octobre 1928. Cependant, les activités de ce premier noyau restent des plus discrètes jusqu'au soulèvement militaire.

Réfugié dans une ambassade sud-américaine de Madrid en 1936, puis à Barcelone, José Maria Escriva rejoint Burgos, capitale provisoire des « nationaux », en 1938. Sa vie va se confondre désormais avec celle de l'Opus Dei. Se créant nombre de relations à Burgos, il revient à Madrid dès la fin de la guerre civile et y ouvre une résidence d'étudiants. Il publie également en 1939, à Valence, la première édition du « trésor spirituel » qu'il livre à ses disciples, sous le titre de Camino (Chemin, Paris, 1973) – il s'agit en réalité de la seconde édition augmentée des Considérations spirituelles, publiées en 1934. L'Œuvre essaime à Barcelone, en même temps qu'elle reçoit en 1941 sa première reconnaissance ecclésiastique, limitée au diocèse de Madrid. Puis vient en décembre 1943 la reconnaissance du Saint-Siège, grâce à l'appui du nonce dont l'abbé Escriva a su gagner la confiance. En 1944, trois des membres de l'Opus sont ordonnés prêtres. Les succès se confirmant après 1945 avec l'adhésion des premiers membres étrangers réfugiés de l'Europe de l'Est, « don José Maria » transfère dès 1946 le siège de l'organisation à Rome. Pouvant dès lors agir au cœur même de l'Église, il se réjouit de la promulgation, le 2 février 1947, de la Constitution apostolique Provida Mater Ecclesia, qui instaure la catégorie canonique des « instituts séculiers », intermédiaires entre les congrégations religieuses et les mouvements de laïcs. Nommé prélat de Sa Sainteté le 22 avril suivant, Mgr Escriva est l'objet d'une sorte de culte personnel. Il coordonne l'extension et les activités grandissantes de l'Institut, qui compte bientôt 50ƒ000 membres, dont la moitié sont espagnols, répartis entre plusieurs dizaines de pays. Sensible aussi aux honneurs profanes, il achète en 1970 le titre de marquis de Peralta. La mort le surprend brutalement à Rome, cinq ans plus tard. L'essor numérique et la puissance matérielle de l'Opus Dei, qui se traduisent aujourd'hui par une forte implantation de ses membres non seulement en Espagne mais en Amérique latine, témoignent des qualités d'organisateur de son fondateur. Condensé, pour l'essentiel, dans les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf maximes de Camino, l'apport spirituel de Mgr Escriva est, en revanche, beaucoup plus mince. Exaltant la valeur, voire la sainteté du travail professionnel, Camino tranchait assurément avec l'angélisme éthéré de la littérature religieuse de l'Espagne des années 1940. Mais il ne peut plus constituer, aujourd'hui, qu'un baume lénifiant pour la conscience de jeunes cadres et de hauts fonctionnaires mal à l'aise devant l'évolution du catholicisme. Il n'empêche que l'Opus Dei a exercé à Rome une assez forte influence sous le pontificat de Jean-Paul II.

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  • : directeur de recherche émérite à la Fondation nationale des sciences politiques

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OPUS DEI

  • Écrit par 
  • Émile POULAT
  •  • 1 110 mots

Société religieuse qui jouit dans l'Église catholique contemporaine d'un statut original, l'Opus Dei a été fondé en 1928 par un prêtre espagnol, José María Escrivá de Balaguer, né en 1902 à Barbastro, en Aragón, dans une famille de commerçants, et décédé à Rome le 26 juin 1975, avec une réputation de sainteté. J. M. Escrivá de Balaguer avait reçu à Madrid, le 2 octobre 1928, la révélation intérieu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Guy HERMET, « ESCRIVÁ DE BALAGUER JOSÉ MARÍA - (1902-1975) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jose-maria-escriva-de-balaguer/