NUCLÉAIRERéacteurs nucléaires

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Génie nucléaire et sûreté

Les réacteurs nucléaires ne sont pas les seuls ni même les plus importants ouvrages du génie nucléaire. Certains de leurs composants ont réclamé, pour leur mise au point, une industrie originale. Cela s'applique à l'élaboration de matières ou de métaux nouveaux : eau lourde, zirconium, mais surtout aux différentes phases de transformation du combustible nucléaire. Ces phases sont souvent appelées le cycle du combustible car, après passage dans le réacteur, le combustible usé, traité et purifié peut être réutilisé ou « recyclé » ; mais ce n'est pas obligatoire.

Une très grande attention a été portée, depuis le début de l'activité nucléaire, à la protection contre les risques spécifiques de ces activités : irradiation externe et contamination interne des personnes provenant d'incidents ou d'accidents sur les réacteurs ou les usines du cycle du combustible.

Principaux accidents nucléaires

Dessin : Principaux accidents nucléaires

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Crédits : Encyclopædia Universalis France

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En matière de réacteurs, une doctrine s'est progressivement élaborée, fondée sur la notion de « défense en profondeur », appliquée à un système de barrières étanches successives interposées entre le combustible radioactif et l'homme. Dans le cas des réacteurs à eau, outre la gaine du combustible et les parois du circuit primaire, la troisième barrière consiste en un bâtiment étanche servant d'enceinte de confinement. Celle-ci est calculée pour contenir la radioactivité dans le cas extrême d'un accident très sérieux.

La défense en profondeur intervient pour assurer le maintien de l'intégrité de ces barrières dans toute séquence incidentelle ou accidentelle, qu'une analyse fouillée des conditions de fonctionnement permet de considérer comme un risque potentiel plausible. Elle s'applique dès la conception (caractéristiques intrinsèques favorables, redondance des systèmes de contrôle et de protection) à la construction (assurance de la qualité) et à l'exploitation. Une attention particulière a été portée à cette dernière, après l'accident de Three Mile Island en 1979 aux États-Unis (Pennsylvanie). Celui-ci a d'abord montré le bien-fondé de la défense par barrières successives, car, malgré la fusion du cœur qui a mis le réacteur définitivement hors service, l'enceinte de confinement a rempli son rôle et aucun relâchement radioactif significatif n'est survenu à l'extérieur. En revanche, le mauvais diagnostic des opérateurs a conduit à revoir attentivement les questions concernant la formation des opérateurs, les procédures d'exploitation et l'amélioration de l'interface homme-machine.

Centrale nucléaire de Three Mile Island

Photographie : Centrale nucléaire de Three Mile Island

La centrale nucléaire de Three Mile Island, proche d'Harrisburg, en Pennsylvanie (États-Unis), a subi un grave accident le 28 mars 1979 : le cœur du réacteur numéro 2 a fondu et a été mis définitivement hors service. 

Crédits : Phil Degginger/ Getty Images

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Paradoxalement, le très grave accident survenu en 1986 à Tchernobyl en Ukraine (ex-U.R.S.S.), qui a créé une émotion considérable dans le monde, n'a pas remis fondamentalement en cause les règles de sûreté des réacteurs, même s'il a conduit à renforcer les spécifications pour l'enceinte de confinement des futurs réacteurs en Europe. C'est la conjonction de déficiences sérieuses de conception sur un type de réacteur propre à l'Union soviétique (modèle R.B.M.K de Leningrad - Saint-Pétersbourg), de violations graves, multiples et délibérées des règles d'exploitation par les opérateurs, enfin d'une surveillance défaillante, qui est à l'origine du plus grave accident de l'histoire du nucléaire civil. L'Union soviétique a remédié à ces déficiences, et tous les pays ont revu les moyens d'alerte et d'intervention en cas de dissémination de la radioactivité. Toutefois, les craintes soulevées dans l'opinion publique par le risque d'accident ont constitué jusqu'à aujourd'hui un frein au développement de l'énergie nucléaire.

En France, comme dans la plupart des pays, une réglementation et un contrôle indépendants des exploitants ont été mis en place. Ce contrôle des activités nucléaires civiles a été redéfini par la loi relative à la transparence et à la sécurité nucléaire promulguée le 13 juin 2006. Cette loi a permis notamment la création d'un Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire, dont les missions sont de contribuer à l'information du public sur les activités nucléaires et de se saisir de toute question relative à la transparence de l'information dans ce domaine. À côté de ce Haut Comité, une Autorité de sûreté nucléaire (A.S.N.), autorité administrative indépendante, est chargée de contrôler les installations nucléaires ainsi que la radioprotection des hôpitaux et des centres de recherche. Elle prépare également des projets de textes pour le compte du gouvernement et précise la réglementation par [...]

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Énergie nucléaire

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Parc électronucléaire mondial par filière

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Centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, France

Centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, France
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Écrit par :

  • : conseiller scientifique au Commissariat à l'énergie atomique, Fontenay-aux-Roses
  • : directeur adjoint du développement et de l'innovation nucléaire au Commissariat à l'énergie atomique (CEA), ingénieur
  • : membre de l'Académie des sciences
  • : directeur de l'Institut de recherche fondamentale du Commissariat à l'énergie atomique, Gif-sur-Yvette
  • : professeur honoraire à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, haut-commissaire à l'énergie atomique, membre du Conseil économique et social

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Pour citer l’article

Jean BUSSAC, Frank CARRÉ, Robert DAUTRAY, Jules HOROWITZ, Jean TEILLAC, « NUCLÉAIRE - Réacteurs nucléaires », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nucleaire-reacteurs-nucleaires/