SLONIMSKY NICOLAS (1894-1995)

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On l'avait surnommé le Sherlock Holmes de la musique, car il menait ses travaux musicographiques avec une minutie et un souci de l'exactitude hors du commun. Nicolas Slonimsky vécut dans l'entourage des plus grands artistes du xxe siècle et fut l'un des principaux témoins de notre temps en matière musicale. Mais l'histoire retiendra surtout son don d'observation, sa faculté d'analyser en quelques mots les phénomènes musicaux avec une acuité, un humour et un sens de la fantaisie sans précédents.

Issu d'une illustre famille de Saint-Pétersbourg, Nikolaï Leonidovitch Slonimsky voit le jour le 27 avril 1894. Il commence à étudier le piano en 1900 avec l'une de ses tantes, Isabelle Vengerova, avant d'entrer au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où il travaille l'harmonie et l'orchestration avec deux élèves de Rimski-Korsakov, Vassili Kalafati et Maximilian Steinberg. Après une tentative dans le journalisme, sans lendemain, les événements de 1917 l'incident à quitter sa ville natale. Il est répétiteur à l'Opéra de Kiev, où il travaille la composition avec Reinhold Glière (1919) ; puis il séjourne à Yalta (1920) et gagne la France. À Paris, il est le secrétaire-répétiteur de Serge Koussevitzky. Entre 1923 et 1925, il vit aux États-Unis comme répétiteur à l'Eastman School of Music de Rochester. Il y complète sa formation en travaillant la composition avec Selim Palmgren, et la direction d'orchestre avec Albert Coates. Entre 1925 et 1927, il rejoint Koussevitzky à Paris et à Boston, mais son indiscipline convient mal au grand chef et mécène russe, qui se passe de ses services. Il collabore à plusieurs journaux américains, enseigne à Boston, où il fonde, en 1927, l'Orchestre de chambre de Boston. Il dirige les premières auditions d'œuvres de Charles Ives et d'Edgar Varèse. Il adopte la nationalité américaine en 1931. Pendant un temps, il se consacre à la direction d'orchestre dans le domaine de la musique contemporaine, mais le “marché” est étroit, et il abandonne vite la baguette. On le retrouve maître de conférences en langues et littératures slaves à l'université de Harvard (1945-1947). En 1962-1963, il effectue, sous les auspices du département d'État américain, un important voyage d'études en Europe de l'Est, qui le mène jusqu'en Union soviétique, et en Israël. Il enseigne ensuite à l'université de Californie à Los Angeles (U.C.L.A.) de 1964 à 1967. Exemple unique d'une longévité aussi active, il continue à enrichir la musicographie jusqu'à la veille de ses cent ans. Il meurt, à Los Angeles, le jour de Noël 1995.

Son œuvre de compositeur reflète l'excentricité de son tempérament. Studies in Black and White, petites pièces pour piano (1928) au “contrepoint consonant mutuellement exclusif” ; My Toy Balloon (1942), variations pour orchestre sur une mélodie brésilienne nécessitant cent ballons de couleur qui doivent exploser en un point précis ; Gravestones, mélodies sur des textes relevés sur des pierres tombales d'un vieux cimetière (1945). Il est aussi l'auteur des premières publicités chantées : Make this a Day of Pepsodent, No more Shiny Nose et Children Cry for Castoria (1925).

Ses ouvrages majeurs se situent dans le domaine de la musicographie : l'almanach Music since 1900 (New York, 1937 ; nombreuses éditions mises à jour) ; l'International Cyclopedia of Music and Musicians d'Oscar Thompson, qu'il a dirigé de la quatrième à la huitième édition (1946-1958), et le Baker's Biographical Dictionary of Musicians, dont il reprend la responsabilité éditoriale en 1958 (8e éd. Schirmer Books, New York, 1992) ; les Préfaces aux éditions successives de cet ouvrage sont de véritables morceaux d'anthologie. Son autobiographie, entreprise en 1978, est publiée en 1988 sous le titre Perfect Pitch. Parmi ses autres écrits, on citera : Music of Latin America, 1945 ; The Road to Music, 1947 ; A Thing or Two about Music, 1948 ; Lexicon of Musical Invective, 1952 ; Lectionary of Music, 1988.

Tous les ouvrages musicaux de référence doivent un important tribut à Slonimsky. Sous sa plume, les musiciens vivent comme d'autres êtres, avec leur originalité et leurs petites folies. Il a su donner à la lexicograp [...]

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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  • Écrit par 
  • Juliette GARRIGUES
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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « SLONIMSKY NICOLAS - (1894-1995) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nicolas-slonimsky/