KALDOR NICHOLAS (1908-1986)

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Économiste britannique d'origine hongroise, Nicholas Kaldor, né à Budapest en 1908, est mort à Cambridge en 1986. Professeur à l'université de Cambridge (1952), conseiller des gouvernements travaillistes de l'après-guerre et de nombreux pays, membre de la Chambre des lords (1974), il contribue à l'évolution de la théorie économique dans des domaines aussi divers que la concurrence imparfaite, la théorie du capital ou celle des cycles économiques. Il est également le théoricien et le défenseur d'un système fiscal où les contribuables ne seraient plus imposés sur leurs revenus mais sur leurs dépenses (Expenditure Tax, 1955), ce qui permettrait de ne pas pénaliser l'épargne, ni donc l'investissement.

Toutefois, la contribution décisive de Nicholas Kaldor reste sa théorie de la répartition et de la croissance élaborée pendant les années 1950. Alors que les théories conçues dans l'entre-deux-guerres — tant néo-classique que keynésienne — restent strictement statiques, Nicholas Kaldor va tenter de répondre à la question, essentielle pendant les années de forte croissance de l'après-guerre : quels sont les rapports entre la croissance, la productivité et la répartition des revenus ?

La théorie kaldorienne de la répartition repose sur la constatation que les détenteurs de profit, les entreprises ou les propriétaires de capitaux, épargnent davantage leurs revenus que les salariés. Il s'ensuit qu'à chaque configuration de la répartition du revenu correspond un montant d'épargne, et donc d'investissement, différent. Comme le niveau de l'emploi et la croissance dépendent du niveau de l'investissement, il existe une relation entre la répartition des revenus et la croissance. Une fois cette relation entre la répartition du revenu national et l'investissement explicitée, Nicholas Kaldor pose la question de la relation entre l'investissement et la croissance à long terme. Cette question, essentielle pour comprendre l'évolution des économies industrielles, n'a pourtant guère été posée par les économistes depuis Marx. Pour y répondre, Nicholas Kaldor va montrer, à la suite d'Adam Smith, que les gains de productivité industrielle augmentent avec le niveau de l'investissement et de la production. En effet, plus la production s'accroît, plus il est possible de spécialiser les travailleurs et les machines. En outre, les coûts fixes comme les frais de gestion ou de mise au point diminuent par unité produite. Enfin, le progrès technique ne peut s'incorporer que dans de nouvelles machines, et dépend donc du taux d'investissement.

Nicholas Kaldor tire les conséquences d'une telle relation quant à la politique économique. Afin de susciter une croissance continue de la production et des gains de productivité, il paraît nécessaire de maintenir la demande à un niveau élevé. On retrouve ici l'enseignement de Keynes, mais inscrit dans une perspective dynamique. Dans la mesure où les gains de productivité sont redistribués sous forme d'une augmentation des revenus, une telle politique permet de créer un cercle vertueux de croissance, puisque toute augmentation de la demande permet un accroissement des revenus, et donc une nouvelle augmentation de la demande.

Cette analyse constitue la justification théorique de la politique économique des gouvernements travaillistes de l'après-guerre, politique fondée sur le maintien d'une demande à un niveau élevé. Elle va bien évidemment à l'encontre de la politique déflationniste et monétariste du gouvernement de Margaret Thatcher, dont Nicholas Kaldor est l'un des critiques les plus virulents (The Economic Consequences of Mrs. Thatcher, 1983).

En effet, pour Nicholas Kaldor, toute politique de réduction de la demande globale conduit à une moindre croissance de la production, et donc à une hausse des coûts unitaires de production qui entraîne une perte de compétitivité et une nouvelle contraction des marchés. L'économie est alors entraînée dans le cercle vicieux de la désindustrialisation. Nicholas Kaldor est un critique constant de la politique monétariste des gouvernements conservateurs, montrant que les banques centrales ne peuvent ni agir sur la vitesse de circulation de la monnaie ni même contrôler la croissance des moyens de paiement existants.

Aussi, à l'opposé de la politique thatchériste, Nicholas Kaldor recommande-t-il une politique vigoureusement expansionniste, fondée sur des déficits budgétaires et l'augmentation de la demande interne, politique devant permettre la reconquête du marché intérieur par les entreprises britanniques. Pour qu'une telle politique n'achoppe pas sur une crise de la balance des paiements — une situation qu'a souvent connue la Grande-Bretagne d'après guerre à la suite des politiques travaillistes —, Nicholas Kaldor réclame la possibilité d'un strict contrôle des importations (c'est pourquoi il fut un ferme opposant à l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun), ainsi que des ajustements de parité de la livre sterling. Cette relance de la demande interne et externe aurait alors permis, selon lui, de mettre fin au processus de désindustrialisation que connaît la Grande-Bretagne, de rendre ses entreprises plus compétitives, puisqu'elles auraient obtenu des gains de productivité en voyant s'élargir leurs débouchés, et de retourner à une croissance de plein emploi.

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Écrit par :

  • : professeur de sciences économiques à l'université de Nantes

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Pour citer l’article

Gérard GRELLET, « KALDOR NICHOLAS - (1908-1986) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nicholas-kaldor/