SPÉCULATION

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Spéculer, c'est prendre délibérément un risque, dans l'espoir d'un gain ultérieur. Si la spéculation est entendue dans son sens le plus large, on peut dire qu'une partie importante de l'activité économique revêt une dimension spéculative : l'entrepreneur qui investit parie sur un accroissement de ses ventes futures le banquier qui prête anticipe sur les revenus futurs de son client. Mais l'essentiel de la spéculation prend place sur les marchés financiers. On considère généralement qu'il y a trois catégories d'agents sur les marchés financiers : les opérateurs en couverture qui cherchent à se protéger contre les risques liés aux variations des prix d'actifs (cours boursiers, cours de change), les arbitragistes dont l'objectif est d'échanger des titres (ou des devises) dans le but de réaliser des gains sur les différences de taux d'intérêt ou de prix d'actifs, et les spéculateurs.

La définition de la spéculation donnée par Nicholas Kaldor en 1939 est devenue classique : « achat ou vente de biens avec intention de revente (ou de rachat) à une date ultérieure, lorsque l'action est motivée par l'espoir d'une modification du prix en vigueur et non par l'avantage lié à l'usage du bien ». Partant de cette définition et en l'élargissant au cas de la finance, les opérations spéculatives ont deux traits caractéristiques : il s'agit d'opérations à la fois risquées, motivées par l'espoir d'une plus-value, et sèches, c'est-à-dire sans contrepartie directe dans la sphère réelle de l'économie.

Les principaux mécanismes de la spéculation

Prenons le cas de la spéculation sur le marché des changes (le raisonnement s'applique aussi aux marchés boursiers). Est spéculateur l'opérateur qui prend volontairement un risque de change, en espérant que l'évolution future du cours de change lui permettra de réaliser un gain en capital. On dit qu'il se met en « position de change », c'est-à-dire dans une situation telle que ses avoirs en devise étrangère sont inférieurs, ou supérieurs, à ses dettes dans cette devise. Par exemple, s'il prend une position longue sur une monnaie étrangère en achetant celle-ci (avoirs supérieurs aux dettes dans cette devise), l'appréciation de cette monnaie lui fera réaliser une plus-value. Contrairement aux opérations de change liées aux transactions commerciales (importations et exportations de biens et services), les opérations spéculatives se suffisent généralement à elles-mêmes et n'ont pas nécessairement pour support une transaction commerciale ou financière. C'est en ce sens qu'elles sont souvent qualifiées d'opérations « sèches ».

L'opération de spéculation peut être réalisée en utilisant des « produits dérivés » qui correspondent à deux catégories d'instruments à terme : les instruments financiers à terme ferme (dénommés futures sur les marchés organisés et forward sur les marchés de gré à gré) et les options. Ces nouveaux instruments constituent l'une des innovations financières majeures du dernier quart du xxe siècle. Le principe de l'opération spéculative est toujours le même : l'opérateur prend une position longue (acheteuse) à terme sur la monnaie (ou sur le titre) dont il anticipe une appréciation future. La technique des futures lui permet de mettre en jeu des sommes importantes en ne versant au départ que le montant du dépôt de garantie (le deposit) exigé (par une chambre de compensation sur les marchés organisés), ce qui lui permet de faire jouer un « effet de levier » important.

Les produits dérivés sont devenus l'une des armes les plus efficaces de la spéculation. Une part importante des opérations sur produits dérivés est de nature spéculative. Le caractère paradoxal et ambivalent des produits dérivés est que ceux-ci se sont développés à partir des années 1970, au début de la crise du système monétaire international, pour offrir aux opérateurs un instrument de protection contre l'instabilité financière. Ils constituent, en effet, pour les opérateurs une technique de couverture contre les risques de taux d'intérêt et de taux de change, c'est-à-dire contre la variation future adverse de prix d'actifs dits « sous-jacents » tels que les actions ou les devises.

Dans la réalité, les opérations de spéculation destinées à réaliser des gains en capital (ce qu'on appelle parfois la spéculation pure) ne se distinguent pas toujours des au [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'économie à l'université de Paris-XIII-Villetaneuse

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Pour citer l’article

Dominique PLIHON, « SPÉCULATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/speculation/