DAO NGUYEN-THIEN (1940-2015)

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Le compositeur français d'origine vietnamienne Nguyen-Thien Dao occupe une situation unique dans le paysage sonore contemporain : il est, par sa culture, enraciné à la fois dans le monde oriental et dans le monde occidental, mais sa musique s'affirme comme celle d'un novateur indépendant.

Nguyen-Thien Dao naît le 17 décembre 1940 (« à la pleine lune du onzième mois lunaire », selon ses propres paroles), à Hanoï, au Vietnam. Très jeune, il quitte sa terre natale et vient s'installer en France. Il entre en 1963 au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où il étudie notamment dans la classe d'Olivier Messiaen, obtenant un premier prix de composition au bout d'une seule année, ce qui est sans précédent. Au sortir du conservatoire, en 1968, il compose Thanh Dong To Quoc, pour récitant, soprano, chœur, ondes Martenot, quatre pianos et percussions. Recommandé et soutenu par son maître, il est dès 1969 programmé au festival de Royan, avec Tuyên Lua, pour flûte, piano, quatuor à cordes, percussions et bande magnétique ; cette pièce suscite des avis contradictoires et des discussions vives et passionnées qui marquent le début de sa notoriété. Il va dès lors être joué dans le monde entier. Mais Nguyen-Thien Dao se soucie plus de produire que de se produire et il consacre son temps à la création et non pas à la promotion, ce qui explique que beaucoup de ses œuvres ne seront créées que très tardivement.

C'est en 1971 que Nguyen-Thien Dao écrit sa première pièce pour grand orchestre, Koskom. Messiaen, qui croit plus que jamais en sa musique, décèle dans cette composition une inspiration religieuse évidente et va jusqu'à défendre la pièce à la télévision en la présentant comme la musique la plus novatrice qui soit. En 1974, une autre pièce pour grand orchestre, Mau Va Hoa, est couronnée du prix de composition Olivier-Messiaen de la fondation Érasme d'Amsterdam. Nguyen-Thien Dao franchit une autre étape en 1978 avec My Châu-Trong Thuy, qui est le premier opéra vietnamien. Unanimement salué par l'ensemble du monde musical, cet opéra connaît un tel succès lors de sa création à l'Opéra-Comique qu'on commande à son auteur un nouvel opéra pour le festival d'Avignon 1980 ; ce sera Écouter/Mourir, créé le 24 juillet 1980.

Nguyen-Thien Dao est essentiellement le compositeur des masses sonores : « Je sens plutôt les sons en masses et pas en ligne. » Comme son maître Olivier Messiaen, Nguyen-Thien Dao met en musique la puissance et la force de la nature et de Dieu : « La musique est, comme la nature est, comme Dieu est. » Cela n'implique pas obligatoirement l'emploi d'une grande formation : « Il faut toujours s'imposer strictement le minimum d'instruments susceptibles de créer le volume qu'on recherche. »

En 1990, il écrit une pièce en hommage à la Révolution française, 1789. L'Aurore, pour sextuor à cordes, œuvre dans laquelle il place le timbre, le temps, les micro-intervalles et le rôle du silence au centre de sa réflexion : « Je m'efforce de sortir du temps et de l'espace dans lequel je vis. Partout où je suis, j'essaie de ne pas vivre ce temps et cet espace précis ; et le silence me permet de me transporter dans mon paysage intérieur. » Avec cette sagesse, cette intériorité, Nguyen-Thien Dao apparaît comme un métaphysicien de la musique.

C'est en juillet 1994, à la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon qu'est créé son opéra-oratorio Les Enfants d'Izieu, dans lequel il fait revivre le martyre de quarante-quatre jeunes enfants réfugiés à Izieu, arrêtés puis déportés à Auschwitz, où ils seront tous exterminés.

Le 7 octobre 2000, à l’occasion du 990e anniversaire de la fondation de la ville de Hanoï, l’Orchestre symphonique de Hanoï crée, avec le compositeur à la baguette, sa pièce pour orchestre Song Hon ; l’année 2000 voit également la création de Arco Vivo, pour violoncelle solo. Commande de l’État français pour célébrer le début du xxie siècle, Kosmofonia, pour chœur et orchestre, est créé le 17 novembre 2001 lors du festival Rendez-vous musique nouvelle de Forbach, par l’Orchestre de la Radio de Sarrebruck et le Chœur de Paris dirigés par Gilbert Amy. Dao s’attache ensuite à la co [...]

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Écrit par :

  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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Pour citer l’article

Juliette GARRIGUES, « DAO NGUYEN-THIEN - (1940-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nguyen-thien-dao/