NEURONES DU SOMMEIL

Bien qu'il soit établi depuis de nombreuses années que la région préoptique de l'hypothalamus antérieur joue un rôle majeur dans l'apparition du sommeil, les neurones impliqués dans ces processus n'avaient jamais pu être clairement identifiés. Une réponse à ce problème vient d'être apportée grâce à un travail réalisé en collaboration par des équipes de l'université de Genève, de l'I.N.S.E.R.M. (Lyon) et du C.N.R.S. (Paris). L'observation récente par des chercheurs américains d'une très forte densité de neurones spécifiquement activés pendant le sommeil dans l'aire préoptique ventro-latérale (VLPO) a enfin rendu possible leur caractérisation par la mise en œuvre d'approches expérimentales in vitro chez le rat. Ainsi, la mesure de l'activité électrique individuelle d'une centaine de cellules du VLPO au moyen d'enregistrements intracellulaires a permis de révéler les caractéristiques physico-chimiques et morphologiques majeures des neurones du sommeil. Avec leur forme triangulaire, ces neurones sont aisément reconnaissables. Très homogènes au niveau de leurs propriétés électrophysiologiques intrinsèques, ils s'avèrent majoritaires, à plus de 70 p. 100, dans la population neuronale du VLPO. Et leur neuromodulation est d'un type très spécifique. De façon surprenante, ces neurones sont systématiquement inhibés par des neurotransmetteurs habituellement activateurs (la noradrénaline, l'acétylcholine et la sérotonine) qui sont libérés par les centres cérébraux de l'éveil. Enfin, grâce à une technique de biologie moléculaire particulièrement élégante, il a été démontré que les neurones du sommeil synthétisent du GABA, neurotransmetteur connu pour sa capacité à inhiber les centres de l'éveil. Ces nouvelles données renforcent l'hypothèse actuelle de l'existence d'une situation d'interaction inhibitrice réciproque entre les systèmes d'éveil et de sommeil, les uns et les autres étant capables de s'influencer pour réduire leur activité. Il reste maintenant à définir les facteurs responsables du maintien de l'équilibre éveil-sommeil et de son basculement vers l'un ou l'autre de ces états de vigilance. Le jeu de l'horloge biologique interne, l'accumulation d'une substance hypnogène durant l'éveil ou, à l'inverse, d'un agent synthétisé au cours du sommeil et qui s'épuise pendant l'éveil constituent autant de pistes à explorer.

— Patrice FORT

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Écrit par

  • Patrice FORT : docteur en neurosciences, chercheur au C.N.R.S.

Classification

Pour citer cet article

Patrice FORT, « NEURONES DU SOMMEIL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

Autres références

  • SOMMEIL

    • Écrit par Patrice FORT, Michel JOUVET, Patrick LÉVY, Véronique VIOT-BLANC
    • 18 111 mots
    • 6 médias
    ...quantification de l'expression de la protéine transcrite du proto-oncogène cfos, en l'occurrence utilisée comme un indice de l'activité neuronale. Ce travail fondateur de neuro-imagerie fonctionnelle à l'échelle cellulaire a dévoilé que la zone du cerveau contenant la plus forte densité de cellules...

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