IBN TŪMART MUḤAMMAD IBN ‘ABDALLĀH (1080-1130)

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Le mahdī des Almohades. Né dans l'Anti-Atlas marocain, d'une famille de la tribu berbère des Maṣmūda, il va à Cordoue, puis part pour l'Orient. Il rencontre à Alexandrie Abū Bakr al-Ṭurṭūshī, qui lutte pour restaurer le sunnisme et a écrit un livre contre les innovations. À Bagdād, il se trouve avec Abū Bakr al-Shāshī, le plus grand juriste shāfi‘ite de son temps, et avec al-Kiyā al-Harasī, disciple de l'ash‘arite Djuwaynī. On peut penser, selon H. Laoust, qu'il a eu des contacts avec des représentants du ḥanbalisme, d'une part, de l'imāmisme et de l'ismā‘īlisme, d'autre part. Il semble que l'histoire de sa rencontre avec al-Ghazālī, à qui il a demandé de prier Dieu pour que les Almoravides (qui ont fait brûler les œuvres de ce grand imām) soient détruits par sa main, relève de la légende. Rentré au Maghrib, Ibn Tūmart prêche des idées réformatrices dirigées surtout contre le relâchement des Almoravides. Son intransigeance lui fait des ennemis. Mais sa parole persuasive, son savoir et sa piété touchent les cœurs.

Parmi ceux qui le suivent, il faut citer, d'une part, Abū Bakr b. ‘Ālī al-Ṣanhādjī, dit al-Baydhaq (qui écrivit des Mémoires sur les débuts du mouvement almohade, en enveloppant son récit d'une auréole de merveilleux afin de présenter Ibn Tūmart comme un homme prédestiné), ‘Abd al-Mu'min, d'autre part, qui va lui succéder et créer par ses conquêtes le véritable empire almohade.

La prédication d'Ibn Tūmart, surtout à Aghmat où il s'est retiré par prudence, entraîne une agitation qui inquiète sérieusement le pouvoir. Il est ainsi amené à entrer en rébellion ouverte et devient le chef autour duquel se rallient tous ceux qui ont des raisons (surtout dans le sens d'intérêts tribaux) de s'opposer aux Almoravides. Peu à peu, Ibn Tūmart se considère comme leur guide spirituel ; il annonce l'approche de la venue du mahdī, est acclamé lui-même comme mahdī et se présente alors comme tel. Son pouvoir ne cesse de s'étendre et, tandis que les Almoravides s'affaiblissent, Ibn Tūmart consolide l'unité de son groupe par l'élimination des dissidents. Cette opération de « sélection » des adhérents sûrs porte le nom de tamyīz (discrimination). Il tente en vain de prendre Marrākush (Marrakech). Mais son échec ne sauve pas les Almoravides. C'est ‘Abd al-Mu'min qui, après sa mort, remporta la victoire et fonda la dynastie mu'minide qui règne sur le Maroc, l'Espagne musulmane et l'Ifriqiyya. La doctrine d'Ibn Tūmart est exposée dans le Livre.

Le mot arabe al-muwahhidūn (dont nous avons fait almohades) signifie « ceux qui professent l'unicité de Dieu ». Il répond fort bien à l'idéal rigoriste de la théologie d'Ibn Tūmart, qui, par l'unité de la foi en un Dieu unique, veut créer l'unité temporelle des croyants unis par la seule Loi. Ibn Tūmart condamne, après beaucoup d'autres, le taqlīd, ou le fait de suivre les yeux fermés un chef d'école, si grand soit-il. Néanmoins sa doctrine est faite d'éléments divers qu'il a su assembler de façon à leur donner la force d'un manifeste, car, chez lui, les impératifs pratiques commandent les démarches théoriques. On discerne aisément dans ce système l'influence de Djuwaynī et d'al-Ghazālī, tous deux ash‘arites, d'Ibn Ḥazm, le zāhirite, tandis que son affirmation de l'unité absolue de Dieu, sa théorie des attributs réduits à l'essence le rapprochent de la thèse mu‘tazilite. Mais ce qu'il faut souligner, c'est l'introduction de l'idée de mahdī, qui a une saveur shī‘ite, et l'effort fait pour présenter les actions du mahdī, voire les événements qui les entourent, comme des répliques de ce qui est rapporté du Prophète. Le retour passionné à l'idéal religieux du djihād, guerre dirigée contre les ennemis de la vraie foi, fussent-ils musulmans de nom, et qui rappelle les excès de certains khāridjites (azraqītes), marque bien le caractère de ce mahdīsme, mouvement en principe annonciateur de la fin des temps mais soucieux surtout de reconstituer les conditions de l'activité guerrière autant que missionnaire du Prophète Muḥammad. Il est d'ailleurs possible que le mahdīsme reprenne une conviction de Muḥammad, à savoir que la fin des temps est proche et qu'une observation très stricte de la volonté de Dieu s'impose plus que jamais.

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  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Roger ARNALDEZ, « IBN TŪMART MUḤAMMAD IBN ‘ABDALLĀH - (1080-1130) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/muhammad-ibn-abdallah-ibn-tumart/