KUNDERA MILAN (1929- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

« Il existe deux conceptions de ce qui est „œuvre“. Ou bien on considère comme œuvre tout ce que l'auteur a écrit ; c'est de ce point de vue, par exemple, que sont souvent édités les écrivains dans la célèbre collection de la Pléiade : à savoir, avec tout : avec chaque lettre, chaque note de journal. Ou bien l'œuvre n'est que ce que l'auteur considère comme valable au moment du bilan. J'ai toujours été partisan véhément de cette deuxième conception. » Cette « note de l'Auteur » Milan Kundera, né à Brno en 1929, jointe à la réédition tchèque de La Plaisanterie, au lendemain de la « révolution de velours » (1989) qui suspend la censure de ses œuvres dans son pays d'origine après vingt ans d'interdiction, formule l'éthique et le parti pris esthétique qui seront inlassablement énoncés en français dans ses quatre essais publiés à ce jour. Elle sert aussi de protocole scrupuleux à l'« édition définitive » des œuvres du romancier, établie par François Ricard en 2011 sans apparat critique ni biographie de l'auteur, assortie d'une seule « biographie de l'œuvre ». Un roman paraîtra après cette édition, La Fête de l’insignifiance (2014).

Reprenant à son compte l'idée de « littérature mondiale » chère à Goethe, ayant fait le choix du français comme sa langue d'écrivain dès 1985, année à compter de laquelle il révise toutes les traductions antérieures de ses romans, émigré en France depuis 1975 et naturalisé français en 1981 après avoir été déchu de sa nationalité tchèque en 1979, Milan Kundera se définit d'abord comme le disciple du grand roman européen. Il entend par là une forme existentielle (et non un genre littéraire) incluant l'essai et le poème, auquel il a su rendre sa puissance d'« appel de la pensée », au mépris de toute spéculation sur son épuisement historique présumé. Cette reconnaissance incontestable, attestée par le soutien des meilleurs représentants du roman et de la critique internationale (de Louis Aragon à Philip Roth, de Carlos Fuentes à Pietro Citati), par l'attribution de prestigieux prix littéraires (prix Mondello, prix Jérusalem, Common Wealth Award, Nelly-Sachs-Preis, grand prix de l'Académie française...), va pourtant de pair avec la résurgence périodique de controverses liées – pour le meilleur – aux paradoxes et malentendus produits par sa conception exigeante de la littérature, mais aussi – parfois pour le pire – aux situations historiques traversées par le sujet Kundera, pris dans les mailles du « petit contexte » national qu'il brocarde dans Le Rideau (2005).

Milan Kundera

Photographie : Milan Kundera

Héritier du grand roman européen, l'écrivain tchèque Milan Kundera a été naturalisé français en 1981. 

Crédits : Louis Monnier/ Gamma-Rapho/ Getty Images

Afficher

D'un Kundera l'autre

Fils d'un musicologue lui-même élève de Janáček, Milan Kundera est le contemporain complexe de la jeune République tchécoslovaque anéantie par les conséquences du traité de Munich, du partage de l'Europe issu de la Seconde Guerre mondiale et des turbulences de la guerre froide. Encarté au Parti communiste en 1947 dans le lyrisme de ses dix-huit ans, deux fois exclu, membre de l'association des écrivains tchécoslovaques, enseignant de cinéma à Prague au moment où fleurit une décennie de détente idéologique et d'effervescence artistique, où une censure allégée tolère la publication de Risibles amours et de La Plaisanterie en 1967, le jeune Kundera est un fin connaisseur de la poésie moderne (Apollinaire, Rimbaud) et du surréalisme européen (Breton, mais aussi son compatriote Nezval). En 1968, l'écrasement du Printemps de Prague met fin à l'espoir que l'« Occident kidnappé » réintègre le socle de la culture européenne dont l'Europe centrale était profondément solidaire à travers ses éminents représentants (Kafka, Broch, Musil). La « normalisation » du régime prépare le départ définitif du romancier vers la France, facilité par ses amitiés littéraires. La réintégration de la République tchèque dans l'espace européen en 1990 a bien créé un nouveau contexte, plus mondialisé, dont le récit L'Ignorance (2003) constitue la fable douce-amère, mais toutes les rancœurs entre un auteur mondial de langue française et sa patrie d'origine ne semblent pas encore apaisées. En 1968, l'accueil enthousiaste fait en France à La Plaisanterie, grâce à la préface d'Aragon, aura marqué l'origine de ces malentendus critiques (s'agit-il d'un livre politique ou d'un roman existentiel ?) dont Milan Kundera est à la fois la source et le partenai [...]

Risibles Amours, Milan Kundera

Photographie : Risibles Amours, Milan Kundera

Milan Kundera a souvent illustré de ses propres dessins les couvertures de ses livres. Ici, la couverture de l'édition anglaise de Risibles Amours 

Crédits : Courtesy Milan Lundera/ D.R.

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Médias de l’article

Milan Kundera

Milan Kundera
Crédits : Louis Monnier/ Gamma-Rapho/ Getty Images

photographie

Risibles Amours, Milan Kundera

Risibles Amours, Milan Kundera
Crédits : Courtesy Milan Lundera/ D.R.

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  KUNDERA MILAN (1929- )  » est également traité dans :

L'IGNORANCE (M. Kundera)

  • Écrit par 
  • Anouchka VASAK
  •  • 944 mots

« Du vraisemblable plaqué sur de l'oublié » : c'est ainsi que Josef, un des personnages du roman de Milan Kundera, conclut l'interprétation d'un souvenir. Que l'on retrouve sous cette expression celle du Rire de Bergson – « du mécanique plaqué sur du vivant » – donne peut-être une des clés du roman ; mais dans un premier temps, la f […] Lire la suite

EXIL LITTÉRATURES DE L'

  • Écrit par 
  • Albert BENSOUSSAN
  •  • 3 323 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Exil et mémoire »  : […] Franchissons l'océan et touchons aux rives de la Méditerranée. Nous trouvons là une écriture qui entretient avec la langue française des rapports de fascination-répulsion. Au célèbre « la langue française est ma patrie » d'un Gabriel Audisio, entraînant avec lui la totalité des écrivains pieds-noirs – d'Elissa Rhaïs à Albert Memmi – farouchement identifiés à la France par la langue, répond le non […] Lire la suite

MITTELEUROPA

  • Écrit par 
  • Jacques LE RIDER
  •  • 8 388 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Une idée de l'Europe »  : […] Dans les années 1980, plusieurs exilés ou dissidents antisoviétiques – György Konrád à Budapest, Milan Kundera et Danilo Kïys à Paris – ont relancé la discussion sur la Mitteleuropa. Le texte de Milan Kundera, d'abord publié à Paris en novembre 1983, est devenu célèbre sous le titre La Tragédie de l'Europe centrale que portait la version américaine d'avril 1984. Les résistants antisoviétiques d […] Lire la suite

LA PLAISANTERIE, Milan Kundera - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Milan BURDA
  •  • 967 mots
  •  • 1 média

Achevé le 5 décembre 1965, La Plaisanterie , premier roman de Milan Kundera , écrivain tchèque né en 1929, n'a été publié en Tchécoslovaquie qu'en 1967, alors que s'annonçaient les prémices du « printemps de Prague », tentative de libéralisation politique qui allait être sévèrement réprimée par l'U.R.S.S. le 21 août 1968. […] Lire la suite

POURQUOI ÉCRIRE ? (P. Roth) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Liliane KERJAN
  •  • 1 115 mots

Dans le chapitre « Dans la compagnie des écrivains »  : […] Alors que le chapitre consacré aux « Figures du romancier américain » lui permet d’évoquer J. D. Salinger, Bernard Malamud ou Saul Bellow, tous remarquables par « leur énergie ardente… et une écriture qui s’abreuve à une joie profonde », la partie « Parlons travail » instaure une discussion collégiale ouverte, entreprise rare dans le métier. Philip Roth retranscrit pour le lecteur ses conversation […] Lire la suite

Pour citer l’article

Martine BOYER-WEINMANN, « KUNDERA MILAN (1929- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/milan-kundera/