LAMBERT MICHEL (1610 env.-1696)

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Musicien français, compositeur, luthiste et chanteur célèbre. Le rôle de Lambert fut déterminant dans l'élaboration du récitatif à la française. La méthode de chant de cet excellent pédagogue exerça une influence considérable (cf. B. de Bacilly, Remarques curieuses sur l'art de bien chanter, 1668) ; elle était fondée sur une articulation sans défaut, sur une déclamation précise et juste, sur la recherche du naturel et de la souplesse dans l'expression des ornements et des « doubles ». Lambert, quittant le Poitou, vint à Paris ; c'est Étienne Moulinié qui, ayant remarqué ses dons, le fit connaître à Monsieur, frère du roi, chez qui il entra comme page de la Chapelle. Il fut de même au service de la duchesse de Montpensier, la Grande Mademoiselle dont il dirigea les six violons. Pierre de Nyert, chanteur de haut renom, lui prodiga ses conseils et lui fit découvrir le chant italien et sa manière. Lambert épousa, en 1641, Gabrielle Dupuy, sœur de la cantatrice Hilaire Dupuy. Vingt ans plus tard, il prit l'un des deux postes occupés par Jean de Cambefort (1605-1661), celui de maître de musique de la Chambre du roi, laissant celui de surintendant de la musique à Lully. Ce dernier reçut quelques leçons de Lambert et devint son gendre en 1661. Tous deux s'estimaient profondément et le beau-père aida le gendre lors de la création de l'Opéra (répétition des rôles, formation des chanteurs). En 1670, il remplit aussi les fonctions de maître de la Chapelle du roi. Il participa même, en tant que danseur, à une douzaine de ballets ; de plus, il en composa quelques-uns (Ballet des Arts, 1663 ; Ballet des Amours déguisez, 1664 ; Ballet de la naissance de Vénus, 1665). Il accompagnait lui-même au théorbe ses Trois Leçons de ténèbres (Feuillants, 1662). Il écrivit un grand nombre d'airs (seuls trois recueils, sur une vingtaine, ont été conservés), dont Airs à 1, 2, 3, et 4 parties avec la basse continue (1689), Airs de M. Lambert non imprimez, 75 simples, 50 doubles (manuscrit), Airs sérieux et à boire (1695), Airs de dévotion à deux parties (3 livres, 1656, 1658, 1662), Parodies spirituelles en forme de cantates (1717)...

L'air sérieux, alors en train de se substituer à l'air de cour, et l'air en rondeau sont traités par Lambert dans un style naturel, simple, plein d'allant, tout en délicatesse et en grâce. Il se rapproche de ce qu'écrivait son contemporain Sébastien Le Camus (1610-1677) par l'élégance et le raffinement. Sa science des doubles est remarquable (on sait que les doubles des airs d'un chant simple en lui-même sont des figures qui ajoutent plusieurs notes « qui varient et ornent le chant sans le gâter » (J.-J. Rousseau) ; les Italiens les appellent variazioni. Ses récits et ses dialogues accusent nettement le caractère dramatique qu'adoptera Lully ; les seconds apparaissent déjà comme de véritables petites scènes d'opéra, proches des premières pastorales mises en musique de Robert Cambert (1628 env.-1677) et de Michel de La Guerre (1605 env.-1679 ; Le Triomphe de l'Amour sur des bergers et bergères, 1654). Dans certains de ses airs, le chromatisme joue un rôle important. De plus, Lambert sait user des répétitions de mots et de phrases comme les Italiens, acceptant cette manière d'écriture que la génération précédente des Français récusait. Par de telles qualités, son nom devrait figurer en meilleure place parmi les précurseurs de l'opéra français.

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Écrit par :

  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien

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Pour citer l’article

Pierre-Paul LACAS, « LAMBERT MICHEL (1610 env.-1696) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-lambert/