MASQUESLe masque en Océanie

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Les masques océaniens par aires géographiques

Irian Jaya

En Irian Jaya, dans la partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée, ce sont les Marind-Anim et les Asmat qui sont les plus connus pour leur production de masques. Chez les premiers, ceux-ci apparaissent durant des cycles rituels importants appelés mayo, imo, rapa, qui concernent l'initiation des jeunes gens ou la commémoration des défunts. Ils évoquent les esprits mythiques dema qui peuvent se présenter sous les formes les plus diverses : animales, végétales ou astrales. Chacun de ces masques et leurs attributs sont réalisés en divers matériaux végétaux de couleur noire, blanche et rouge. La plupart des éléments sont confectionnés avec des infrabases (bases des grandes palmes, reliant la feuille au stipe) de palmes recouvertes de graines rouges et noires d'Abrus sp. associées à des graines grises de Coïx sp. Ces décors sont caractéristiques de l'art des Marind-Anim. Le corps du porteur est caché par des fibres végétales et des feuilles de croton (Codiaeum sp.). Sa tête est recouverte par des plumes noires de casoar, oiseau de grande taille associé au feu. Du duvet de poulet blanc est collé sur de longues nervures de palmes entrecroisées, fixées dans le dos du porteur pour former un large éventail qui entoure la tête masquée.

Plus à l'ouest, les Asmat ont plusieurs types de masques réalisés soit en sparterie formant une cotte de mailles très serrées colorées en blanc et en ocre, soit en vannerie spiralée de rotin formant des cônes parfois tronqués. Les cottes de mailles sont dotées d'une cagoule qui recouvre la tête et de manches pour les bras. Les yeux sont représentés par des lunettes en bois sculpté évoquant des becs d'oiseaux et le nez est traversé par un morceau de bois qui ressemble au bijou nasal porté par les hommes. Des plumes blanches et noires sont fichées au sommet de la tête. Les masques de vannerie sont parfois surmontés de pièces de bois sculpté et peint. Ces techniques de fabrication sont proches de celles utilisées par les Iatmul ou les Sawos de la vallée du Sépik. Les masques des Asmat évoquent les esprits des ancêtres défunts dont ils portent le nom ; ils sortent à la tombée du jour pour danser toute la nuit et disparaître aux premières lueurs du jour. Certains apportent leur aide à la croissance des enfants.

Papouasie-Nouvelle-Guinée

Comme en Irian Jaya, c'est particulièrement dans les zones de basse terre de Papouasie que l'on trouve des sociétés à masques, les peuples des Highlands ayant consacré leur imagination créatrice aux coiffures de plumes et aux décorations faciales. Les masques de terre glaise des Asaro font exceptions : les hommes s'enduisent le corps d'argile blanche et portent un court pagne en feuillage ; ils couvrent leur tête d'un masque-heaume conique ou sphérique sur lequel est modelé un visage décoré de dents de cochon ou de graines. Les trous des yeux leur permettent de voir les spectateurs et de se déplacer facilement. Il est probable que cette tradition ne date que de la première moitié du xxe siècle.

Hommes de boue (Papouasie-Nouvelle-Guinée)

Photographie : Hommes de boue (Papouasie-Nouvelle-Guinée)

Les reportages et désormais le tourisme ont rendu célèbres les énormes masques rituels recouverts de boue de la tribu Asaro. Goroka, Eastern Highlands, Papouasie-Nouvelle-Guinée. 

Crédits : Christopher Arnesen/ Getty Images

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Région du Sépik (nord de l'île de Nouvelle-Guinée)

Les sociétés de la vallée du Sépik sont très variées. Comme partout en Océanie, les masques sont fabriqués par les hommes et sortis à l'occasion de grandes cérémonies qui se déroulent autour des maisons des hommes sur la place cérémonielle des villages. Malgré la christianisation au début du xxe siècle et l'influence de sectes fondamentalistes implantées dans la vallée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, certains peuples de la région du Bas-Ramu fabriquent encore aujourd'hui des masques. Leurs armatures peuvent être très impressionnantes par leur hauteur, et peuvent atteindre plus de trois mètres. Ils sont confectionnés à partir d'un long bambou éclaté et écartelé dans sa partie basse afin de permettre au porteur d'y glisser la moitié supérieure de son corps. Un masque en bois peint en rouge doté d'un long nez pointu est fixé à la hauteur du visage. Des bijoux de coquillages et de dents de chien sont suspendus sur la poitrine et au-dessus du front. Feuillages, fleurs et graines de couleurs vives ou odoriférantes sont disposés autour du masque comme un bouquet. Le bas du corps est caché par une robe en fibres végétales. Le côté le plus spectaculaire de cette structure est le mât en bambou recouvert de plumes disposées par bandes alternées blanches, noires et rouges. Le dernier jour des cérémonies, qui peuvent durer plusieurs semaines, les masques sortent en procession sur la place de danse, très tôt le matin, les parents font passer leurs jeunes enfants entre les jambes des porteurs afin de stimuler leur croissance. À la fin des cérémonies, l'armature et les parures végétales sont brûlées, mais les plumes et les bijoux sont conservés.

Chez les Wosera, les Abelam et les Yangoru des collines, la culture de l'igname se trouve associée intimement à la vie sociale et spirituelle. Chaque année, lors des récoltes, les plus belles ignames sont l'objet de compétitions entre villages. Au cours de ces cérémonies les ignames, assimilées à des humains, sont décorées avec de petits masques de vannerie à visage anthropomorphe auxquels s'ajoutent des bijoux formés de dents et de coquillages, des fruits orange, des plumes blanches de poulets et divers feuillages colorés. Au cours des cérémonies d'initiation, des créatures apparaissent, couvertes d'épais manteaux de fibres de sagoutier, décorés de feuillages et de guirlandes de fruits orange. Leur tête est cachée sous un masque-heaume baba semblable à ceux que portent les ignames. Ces créatures masquées symbolisent l'esprit du cochon-guerrier mythique qui vient transmettre sa force aux nouveaux initiés.

Chez les Iatmul et les Sawos qui vivent non loin des rives du fleuve Sépik, chaque clan possède ses propres masques ; ceux-ci évoquent des esprits ancestraux ou des héros de la mythologie locale. Leur nom est abwan qui signifie également ancêtre. Les masques sont conservés soit dans la maison cérémonielle du village, soit dans la demeure du doyen du clan où ils sont accrochés. Les plus communs représentent des animaux : casoar, chien, cochon, crocodile ; certains peuvent avoir une face humaine. Le corps de l'animal est restitué grandeur nature par des infrabases de palmes de sagoutier, des spathes (enveloppe de la fleur de palmier), ou une cotte de maille végétale posée sur une armature de rotin, la tête étant généralement réalisée en bois sculpté et peint. Les masques anthropomorphes sont coniques, confectionnés soit en vannerie, soit en infrabases de palmes ; la face est le plus souvent réalisée séparément en bois. Dans cette région certaines maisons cérémonielles peuvent être considérées comme d'immenses masques, elles sont dotées d'un visage sur chacun de leurs pignons. Elles représentent ainsi la cohésion d'une communauté sous la [...]

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Masques papous

Masques papous
Crédits : Christopher Arnesen/ Getty Images

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Hommes de boue (Papouasie-Nouvelle-Guinée)

Hommes de boue (Papouasie-Nouvelle-Guinée)
Crédits : Christopher Arnesen/ Getty Images

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Pour citer l’article

Christian COIFFIER, « MASQUES - Le masque en Océanie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/masques-le-masque-en-oceanie/