JANCO MARCEL (1895-1984)

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Janco dadaïste

Marcel Janco, né à Bucarest en 1895, avait été, dès 1910, lié aux jeunes poètes des revues Symbolul et Chemarea, fondées par Ion Vinéa (1895-1964) : ces publications représentaient l'avant-garde artistique de l'époque. Quand il commence, en 1915, ses études d'architecture à l'École polytechnique de Zurich, il a la chance de rencontrer quelques-uns des pionniers de l'art contemporain, notamment Hans Arp et Tristan Tzara. Il les retrouve fréquemment dans un petit café-concert, baptisé « Cabaret Voltaire », en compagnie de Hugo Ball, Emmy Hennings, Richard Hülsenbeck, Sophie Täuber et quelques autres. Outre ses propres créations, on y expose aussi des œuvres de Arp, Viking Eggeling, Otto Van Rees, Pablo Picasso, Arthur Segall, Wassily Kandinsky, Enrico Marinetti, Filippo Tommaso Prampolini et Filippo de Pisis. Janco est aussi, jusqu'en 1921, le décorateur des spectacles qui s'y jouent. Avec Sophie Täuber, il créé notamment des masques inspirés des arts africains et océaniens qui servent aux performances (Portrait de Tzara, 1919). Tout ce groupe fort agité prend le nom de Dada lors d'une séance au café Odéon, l'après-midi du 6 février 1916.

Zurich était alors une de ces villes neutres où se retrouvent marginaux, déserteurs, artistes de tous bords et de tous pays. On y mène la contestation verbale des sentimentalités nationalistes et des barbaries de la guerre. Ce dégoût va même jusqu'à « cracher sur l'humanité », selon le mot de Tzara, dans la Préface de La Première Aventure céleste de M. Antipyrine, illustrée de bois colorés par Janco (1916). Cette plaquette lance la fameuse collection Dada, dont un recueil de dix gravures sur bois de Janco sera préfacé par Tzara. La galerie Dada est fondée. Janco, avec Arp, est au premier rang des artistes du mouvement : ils font alors des tableaux-objets, des découpages de papier ou de tissu, et leur style tend à une sorte de purisme. On sait quel sera l'avenir de Hans Arp. Janco, plus proche de la leçon cubiste, réalise alors ses premiers reliefs de plâtre peint, comme Blanc sur blanc (1917) et Architecture (1918) et Soleil, jardin clair (1918).

C'est le sérieux cubiste de ses productions plastiques, où l'on ne trouve ni l'effervescence d'un Picabia, ni la liberté lyrique d'un Arp, qui va éloigner Janco de l'esprit dada. Il fonde à Bâle, en 1918, le groupe Das neue Leben, avec Arp, Baumann, Giacometti, Lüthy, Sophie Täuber-Arp... Ce groupe, augmenté de Richter, donne naissance au mouvement des « artistes radicaux », dont les manifestes seront publiés en 1919. Les « reliefs » de Janco sont fort appréciés. Il arrive même que, dans une exposition à Zurich, on les intègre aux murs.

Janco part pour Paris en 1921. Sa rencontre avec les futurs surréalistes – on en est encore aux agitations de Littérature – va lui donner une conscience plus nette de sa différence. « Déjà, a-t-il écrit, un monde nous séparait... après la blague lyrique, et la perspective du rêve qui me semblait alors une hérésie criminelle, après quelques querelles dramatiques avec Tzara et des discussions inutiles avec les surréalistes en herbe, qui n'étaient intéressés que par la mauvaise plaisanterie et le scandale, j'ai décidé de chercher mon chemin propre et de partir en missionnaire de l'art nouveau dans mon pays natal. »

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Écrit par :

  • : directeur de recherche honoraire au C.N.R.S., président de la Société internationale de poïétique, membre de l'Académie internationale de philosophie de l'art, Genève

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René PASSERON, « JANCO MARCEL - (1895-1984) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marcel-janco/