BLANQUART-EVRARD LOUIS-DÉSIRÉ (1802-1872)

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Chimiste et négociant en drap, Louis-Désiré Blanquart-Evrard est l'un des personnages clés des débuts de la photographie. Il joua un rôle déterminant dans le développement du calotype en France et dans la diffusion des premiers albums photographiques.

Louis-Désiré Blanquart-Evrard est né à Lille en 1802. Pratiquant lui-même la photographie, il améliore en 1847 le procédé inventé par Talbot – le calotype – et le présente à l'Académie des sciences. Il rend le négatif papier plus sensible en l'imprégnant directement de substances photogéniques et non plus en appliquant celles-ci en surface. Sa méthode permet de préparer à l'avance les négatifs, de ne les développer que bien après la prise de vue et surtout de pouvoir les multiplier à l'infini. Le 14 avril 1851, il communique à l'Académie des sciences un autre procédé permettant d'accélérer le temps de développement de l'image latente de l'épreuve positive par un processus chimique (acide gallique). Pour Blanquart-Evrard, désormais « chaque épreuve négative peut facilement fournir de deux cents à trois cents épreuves par jour et dont le prix de revient n'est pas de plus de 5 à 15 centimes... ». Il prévoit également de livrer les épreuves le jour même.

Blanquart-Evrard se décide à créer sa propre entreprise, comme l'avait fait W. H. Fox Talbot à Reading (1844-1848). Afin de prouver la validité de son procédé, il ouvre durant l'été de 1851 à Loos-lès-Lille la première « imprimerie photographique », préfigurant toutes les entreprises à venir (Lachevardière, Bisson, Goupil, Braun ou Bonfils). Il met en application une division du travail rigoureuse grâce à la standardisation des opérations organisées en sept étapes successives. Le tirage est réalisé sur papier salé. De 1851 à 1855, Blanquart-Evrard abaisse de moitié le prix moyen d'une épreuve (environ 1,20 franc), sans toutefois atteindre le prix qu'il s'était fixé, de 5 à 15 centimes. Il ne réussit pas non plus à livrer les épreuves dans la même journée. Durant les quatre années de son activité, l'imprimerie photographique de Lille produira environs 100 000 épreuves tirées à partir de 550 clichés publiés en 24 albums.

En septembre 1851, Blanquart-Evrard publie son premier recueil de photographie L'Album photographique de l'artiste et de l'amateur, auquel plusieurs photographes collaborent, comme pour les albums suivants. Une grande diversité de sujets est abordée : archéologie, chefs-d'œuvre de l'art – peinture, architecture, sculpture –, vues de monuments et de villes, et paysages... Il s'agit pour l'auteur de créer pour chaque thème « une anthologie ». Dans un prospectus présentant l'album, Blanquart-Evrard vantait, dans son souci de propager « le goût des beaux et bons arts », l'utilité de ces photographies dans l'atelier de l'artiste, dans le cabinet de l'amateur et pour les loisirs de la famille.

Pour les campagnes de reproductions, Blanquart-Evrard fait appel à un grand nombre de photographes plus ou moins reconnus, tels que Charles Marville, Hippolyte Bayard, F. A. Renard, J. Houdoit, Eugène Desplanques, Victor Laisne, Jean Walther, John Stewart, F.-A. Fortier, entre autres... sans oublier les photographes restés anonymes. Une grande partie de sa production est consacrée à l'art gothique et à la Renaissance, alors en pleine redécouverte.

En outre, Blanquart-Evrard permet la diffusion d'albums photographiques à caractère archéologique, tels que Égypte, Nubie, Palestine et Syrie... (1852), de Maxime Du Camp, Le Nil. Monuments, paysages, explorations photographiques (1854) de John B. Green ou encore Jérusalem, reproductions photographiques des monuments de la Ville sainte... (1856) d'Auguste Salzmann.

Répondant aux attentes de la commission de la Société héliographique, l'imprimerie photographique de Blanquart-Evrard était largement ouverte aux photographes. L'entreprise avait été en effet fondée pour tirer les épreuves des photographes, promouvant un grand nombre d'artistes reconnus ou d'amateurs, dont les noms et les œuvres sont ainsi parvenus jusqu'à nous. Compte tenu du nombre considérable de participants, il serait vain de chercher une unité de style : pas plus qu'un style précis Blanquart-Evrard ne favorise un goût particulier ; « il reproduit et diffuse à doses massives les goûts de son époque ». Mais l'entreprise qui n'est pas rentable ferme brutal [...]

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Écrit par :

  • : historienne de la photographie, D.E.A. d'histoire de l'art, chargée de cours à l'université de Strasbourg-II

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Pour citer l’article

Laure BOYER, « BLANQUART-EVRARD LOUIS-DÉSIRÉ - (1802-1872) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/louis-desire-blanquart-evrard/