PARLEMENT LONG

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Surnom donné au Parlement élu en Angleterre en novembre 1640 et qui ne disparaît définitivement qu'en février 1660. Cette exceptionnelle longévité a cependant été troublée par une certaine discontinuité, en particulier du 20 avril 1653 au 8 mai 1659 ; la composition du Parlement a aussi changé au cours de ces mêmes années : la Chambre des communes seule a survécu à partir de 1649 ; des élections partielles, à partir de juin 1645, ont renouvelé, en un an et demi, 235 des 493 députés ; la grande épuration de décembre 1648 n'a laissé le droit de siéger qu'à une petite minorité de parlementaires, irrévérencieusement désignés sous le nom de Parlement croupion (Rump Parliament). L'histoire du Long Parlement reflète ainsi les principaux épisodes de la première révolution anglaise. Il a été réuni par Charles Ier, sous la pression de nécessités financières pressantes, sept mois après le renvoi du Court Parlement, mais 294 députés de ce dernier ont retrouvé leur siège aux Communes nouvellement élues ; les députés, issus de la gentry et de la bourgeoisie, sont en général aisés, 60 p. 100 disposant de plus de mille livres de revenu annuel, 10 p. 100 seulement de moins de cinq cents livres ; leurs griefs sont religieux, constitutionnels, économiques, et leur opposition farouche au clan de la Cour et de l'Église établie les acheminera en majorité vers la révolte, sous la conduite de chefs comme John Pym et John Hampden ; la rupture sera consommée en 1642 et le Parlement mènera dès lors une guerre sourde puis déclarée au roi, qui sera finalement battu par l'« armée nouveau modèle » de Cromwell (1645-1646). Trop modérée et soucieuse d'une réconciliation avec le roi vaincu, la majorité des députés, groupée dans le parti presbytérien, entre dans un conflit croissant avec l'armée, mais aussi avec les milieux radicaux des niveleurs, puissants parmi les soldats et à Londres ; la minorité des députés indépendants partage nombre des points de vue radicaux. Au lendemain d'une deuxième guerre, l'armée décide de purger le Parlement pour obtenir la mise en jugement de Charles Ier ; le colonel Pride est l'instrument de cette épuration. Les députés antiroyalistes qui prolongent ainsi l'existence du Long Parlement sont au nombre de soixante-dix-huit et, après l'admission de nouveaux collègues, atteindront le chiffre maximal de cent vingt en 1653 ; recrutés en majorité dans le parti indépendant, ils paraissent représenter des milieux sociaux moins aisés que leurs collègues expulsés, mais sont encore issus en grande partie de la gentry et de la classe marchande. Responsables de la mort du roi et de la proclamation de la République (19 mai 1649), ils votent les lois et délèguent le pouvoir exécutif à un Comité de gouvernement. Artisans de la prépondérance religieuse du presbytérianisme, ils ont intégré l'Irlande et l'Écosse dans un État unitaire britannique et ont su assurer un système relativement efficace. Par leur conservatisme social, leur intolérance religieuse, leur esprit de censure, ils provoquent le mécontentement des radicaux ; par leur volonté de faire prévaloir le pouvoir civil sur le pouvoir militaire, ils s'aliènent l'armée. Leur référence constante à une décision de 1641, prévoyant la dissolution de ce Parlement par le seul consentement des députés, et leur projet d'imposer la perpétuité du mandat des députés en place dans tous les futurs parlements fournissent le prétexte « démocratique » de leur renvoi, effectué sous l'autorité et la responsabilité d'Olivier Cromwell en 1653. Six ans plus tard, l'anarchie, qui a succédé au protectorat et suivi l'abdication de Richard Cromwell, conduit les généraux Fleetwood et Lambert, chefs des armées du Sud, à rappeler les survivants du Parlement croupion et à leur remettre le pouvoir. Les exclus de 1648, non plus que les royalistes antérieurement expulsés, ne seront pas admis à les rejoindre, et l'autorité de parlementaires élus vingt ans plus tôt sera douteuse. D'où leur acceptation des propositions du général Monk qui, en 1660, avec l'appui de son armée et de la City et après avoir refusé le titre de lord-protecteur, les persuade de prononcer leur propre dissolution et de convoquer un Parlement croupion ; ce dernier sera, en 1660, le responsable de la restauration monarchique. Les échecs du Long Parlement ont servi d'argument majeur au [...]

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  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Roland MARX, « PARLEMENT LONG », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/long-parlement/