LIU XIAOBO (1955-2017)

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Le 8 octobre 2010, l'opposant Liu Xiaobo est le premier citoyen chinois à obtenir le prix Nobel de la paix. Sa mort, survenue le 13 juillet 2017, sans que le gouvernement chinois le laisse terminer ses jours en liberté à l’étranger, a provoqué une émotion intense et des réactions au plus haut niveau, tant aux États-Unis qu’à la Commission européenne et dans les différents cabinets ministériels et présidentiels français.

Depuis son arrestation en décembre 2008, Liu Xiaobo se trouvait dans une prison du Liaoning, à Jinzhou, condamné à une peine de onze ans de réclusion pour « tentative de subversion ». Les temps forts de la vie de Liu Xiaobo sont ponctués par ses séjours en prison. Sa participation au mouvement démocratique de 1989 lui vaut, sans jugement, vingt mois de prison, du 6 juin 1989 à janvier 1991. Pour avoir écrit des articles réclamant une réévaluation officielle de ce mouvement et participé à des actions de défense des droits civiques, il est placé en résidence surveillée du 18 mai 1995 à janvier 1996. Du 8 octobre 1996 au 7 octobre 1999, sur ordre du comité de gestion des camps de rééducation par le travail, il effectue trois années de travaux forcés au prétexte qu'il a « troublé l'ordre public » en signant une lettre ouverte. Il est donc en prison lorsqu'il épouse sa compagne de longue date, Liu Xia, en 1998. Dix ans plus tard, le 8 décembre 2008 à minuit, des agents du bureau de la sécurité publique de Pékin l'arrêtent chez lui, deux jours avant la parution de la Charte 08, un texte qui lui vaudra une notoriété mondiale. Et c'est toujours en prison qu'il apprend, le 9 octobre 2010, par ses gardiens, sa nomination par le comité norvégien du prix Nobel de la paix, en hommage à son « long combat non violent en faveur des droits fondamentaux en Chine ».

Liu Xiaobo

Photographie : Liu Xiaobo

Lauréat du prix Nobel de la paix en 2010, l'écrivain et dissident chinois Liu Xiaobo a notamment participé en 2008 à la rédaction de la Charte 08. Ce manifeste, signé par plus de trois cents intellectuels chinois, demandait la fin de la dictature du parti unique et la création d'une... 

Crédits : AP/ SIPA

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Né le 28 décembre 1955 à Changchun, dans la province du Jilin de l'ancienne Mandchourie, Liu Xiaobo a connu les duretés du régime maoïste. Ses parents et leurs cinq fils (Liu Xiaobo est le troisième) ont souffert de la faim durant le Grand Bond en avant (1958-1962). Ils ont connu l'exil à la campagne dans les steppes de Mongolie de 1969 à 1973, et Liu Xiaobo fut envoyé dans une commune populaire du Jilin à l'âge de dix-neuf ans pour « se former auprès des paysans », comme près de dix-sept millions de jeunes de sa génération, sur ordre de Mao Zedong. À vingt et un ans, il devient ouvrier à Changchun, capitale provinciale du Jilin. Liu Xiaobo a très peu parlé de son enfance, évoquant à peine le souvenir d'une mère presque analphabète et d'un père enseignant qui le punissait à coups de ceinture.

Malgré cette scolarité chaotique, Liu Xiaobo est admis à l'université dès le rétablissement des examens d'entrée à l'enseignement supérieur. Il obtient sa maîtrise de littérature dans la prestigieuse université de Pékin en 1984 et commence sa brève carrière d'enseignant au département de chinois de l'École normale supérieure de Pékin. L'obtention d'un doctorat de littérature en 1988 lui ouvre les portes du monde académique international : il enseigne en Norvège, puis aux États-Unis. Il donnait des cours à l'université Columbia lorsqu'il décida de retourner en Chine pour participer au mouvement de revendications démocratiques qui venait d'éclater sur la place Tiananmen le 15 avril 1989, où se pressaient quotidiennement des dizaines de milliers de manifestants. La menace de la répression se faisait d'heure en heure plus précise, mais Liu Xiaobo choisit de rester, avec quelques autres personnalités, dont le chanteur Hou Dejian, l'enseignant Gao Xin et le chercheur Zhou Duo, jusqu'à l'arrivée des troupes dans la nuit du 3 au 4 juin. Ils réussirent à convaincre les militaires de laisser les étudiants évacuer la place, évitant ainsi que le nombre des morts ne s'alourdisse encore : cette nuit-là, plusieurs centaines de citoyens chinois, voire plus de mille, furent tués par balles ou écrasés par les chars dans les rues de Pékin.

Cette expérience tragique força Liu Xiaobo à revoir ses priorités : le fait d'avoir été témoin de la mort de jeunes étudiants désarmés, de passants pris dans la tourmente, et surtout de ne pas avoir pu éviter ce massacre transforma le jeune professeur brillant et provocateur qu'il était en un humaniste convaincu, opposant sans concessions au régime, se sentant à jamais responsable devant les « âmes errantes du 4 juin ».

Libéré en janvier 1991 après avoir été déclaré « coupable d'avoir disséminé des idées contre-révolutionnaires », Liu Xiaobo ne pourra plus retrouver d'activité professionnelle régulière, à l'instar de tous les anciens prisonniers d'opinion chinois. Il s'établit toutefois à Pékin et se lance dans une carrière en pointillés d'écrivain indépendant. Il publiera ainsi près de mille articles en vingt ans. Ses textes sont interdits de publication, mais il parvient à les faire éditer dans la diaspora chinoise, et à élargir ainsi progressivement son lectorat à l'intérieur de la Chine grâce à l'extension d'Internet.

Celui qui avait écrit dès 1989 « Nous n'avons pas d'ennemis ! Ne laissons pas la haine et la violence empoisonner notre sagesse et la démocratisation de la Chine ! » continuera durant vingt ans à parler un langage de vérité et de morale, refusant l'autocensure et fustigeant les compromissions de l'élite intellectuelle chinoise avec le pouvoir. En effet, Liu Xiaobo a toujours opté pour une voie pacifique et son patient travail d'éclaireur a sans aucun doute contribué à l'émergence d'un vaste mouvement citoyen autour de deux axes principaux : le respect des lois et le refus de la violence.

En termes mesurés, en adjurant ses concitoyens de renoncer à toute velléité révolutionnaire et d'opter pour une voie réformiste, en réfléchissant aux voies que pourrait emprunter le pouvoir pour sortir de l'ornière dans laquelle il s'est fourvoyé depuis 1989, en acceptant trois peines de prison successives sans jamais ni perdre l'espoir ni gémir sur son propre sort, Liu Xiaobo est devenu une source d'inspiration pour ses concitoyens. Avocat infatigable de la résolution pacifique des conflits au Tibet et au Xinjiang ainsi qu'avec les pays voisins de la Chine, qui enveniment le climat de la région, attisent le nationalisme et la discrimination, Liu Xiaobo écrivait encore en décembre 2009 : « Je suis persuadé que la Chine continuera à progresser sur la voie des réformes politiques, et je suis plein d'espoir concernant la liberté qui arrivera dans ce pays à l'avenir. »

Liu Xiaobo est condamné le jour de Noël 2009 à onze ans de prison pour être l'un des auteurs et le porte-parole de la Charte 08, inspirée de la Charte 77 lancée à l'époque par la dissidence tchéc [...]

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CHINE, histoire, de 1949 à nos jours

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  • Jean-Philippe BÉJA, 
  • François GODEMENT
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Dans le chapitre « Le maintien de la stabilité »  : […] À partir de 2008, date de l’organisation des jeux Olympiques de Pékin qui représente pour le pouvoir un test extrêmement important du retour de la Chine sur le devant de la scène internationale, les dirigeants consacrent des ressources impressionnantes au « maintien de la stabilité » ( weiwen ) : des bureaux spécifiques font leur apparition à tous les niveaux, et toutes les personnes susceptibles […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Marie HOLZMAN, « LIU XIAOBO (1955-2017) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/liu-xiaobo/