LES FLEURS DU MAL (C. Baudelaire)Fiche de lecture

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Entre classicisme et modernisme

Alors que le champ littéraire est partagé entre le déclin du romantisme, les théories du réalisme et de l'Art pour l'Art, Charles Baudelaire sort des impasses du romantisme en le radicalisant. Le sujet lyrique atteint ici l'universel. Il rompt le pacte poétique qui relie poésie et nature. Ce refus de la nature est refus du romantisme et de la création. Tout au contraire, c'est dans le négatif, le mal, le transitoire, le délaissé de la société moderne qu'il va tenter de rejoindre l'infini. « Des poètes illustres s'étaient partagés depuis longtemps les provinces les plus fleuries du monde poétique. Il m'a paru plaisant, et d'autant plus agréable que la tâche était plus difficile, d'extraire la beauté du Mal », écrit Baudelaire dans un projet de Préface, qui ne verra finalement pas le jour.

En choisissant l'artifice, l'univers de la ville, le « nouveau », Baudelaire s'est fait le poète de la vie moderne. Mais ce n'est pas là pour autant un modernisme au sens où certains le pratiqueront. Si la vie moderne est tout à la fois épiphanie de l'insolite, du bizarre, d'un merveilleux, elle se monnaye simultanément en dégoût et en haine. Dégoût face à l'hypocrisie d'une société marchande antipoétique. Haine face aux valeurs de ce monde. Le dandysme de Baudelaire, position éthique et esthétique, trouve dans l'imagination, dans un « surnaturalisme », dans la duplicité de la femme et de la ville, un univers d'allégories qui composent un ordre poétique réglé par les analogies et les « correspondances » : « Paris change ! Mais rien dans ma mélancolie/ N'a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs/ Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,/ Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs » (Le Cygne).

« Que dire des Fleurs du mal après les milliers de publications ? » écrit Claude Pichois au début de sa présentation des Œuvres complètes dans La Pléiade. Pour ce dernier, l'œuvre de Baudelaire constitue un pivot entre le passé et l'avenir, le poète étant « le dernier classique et tout à la fois le premier moderne ». Graham Robb, dans son étude La Poésie de Baudelaire et la poésie française 1838-1852, a réinscrit l'auteur des Fleurs du mal dans le champ littéraire de son temps. Il met en évidence à la fois les emprunts faits par Baudelaire à la poétique de son époque tout en fondant cette autonomie de l'art qui ouvre la poésie moderne. Tout au long du xixe siècle, Baudelaire va être celui qui a initié au « doute » (Villiers de L'Isle-Adam) les générations poétiques, du parnasse au symbolisme. Au xxe siècle, les travaux de Jacques Crépet ou de Georges Blin, les hommages de Pierre-Jean Jouve, Maurice Blanchot, Yves Bonnefoy ou Michel Butor ont enrichi les études baudelairiennes d'un apport capital et ont abouti à une connaissance de l'écrivain et de l'œuvre, permettant de multiplier les approches critiques.

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Jean-Didier WAGNEUR, « LES FLEURS DU MAL (C. Baudelaire) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-fleurs-du-mal/