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LEÇONS SUR LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE, Georg Wilhelm Friedrich Hegel Fiche de lecture

G. W. F. Hegel (1770-1831) a professé les Leçons sur la philosophie de l'histoire, pour la première fois à Berlin au cours du semestre d'hiver 1822-1823. Elles ont été réitérées avec de multiples changements à cinq reprises, tous les deux ans. Après la disparition du philosophe, hégéliens de gauche et de droite se disputeront les dépouilles d'un système qui n'aura eu pour but – par-delà les formules sur « la fin de l'histoire » ou « la ruse de la Raison » – que de montrer à l'œuvre dans l'histoire la réalisation de la raison et de la liberté. « La seule idée qu'apporte la philosophie est la simple idée de la Raison – l'idée que la Raison gouverne le monde et que, par conséquent, l'histoire universelle s'est elle aussi déroulée rationnellement. »

La Raison à l'œuvre

C'est entendu, l'histoire est tragique : « L'histoire universelle n'est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont ses pages blanches. » Toute la question que le philosophe de l'histoire aura à résoudre sera de montrer en quoi, derrière les apparences chaotiques du devenir, règne en fait une raison universelle qui dépasse ses acteurs, transcendant leurs buts et volontés finis. Cette Raison universelle, bien distincte des raisons subjectives, ne se réalise pas de façon linéaire, comme le voulaient les philosophes des Lumières. Il lui faut emprunter des voies plus tortueuses : les passions, les désirs, les intérêts qui meuvent les individus singuliers, dans leur lutte pour se faire reconnaître, agissent non seulement pour eux-mêmes mais réalisent en même temps, à leur corps défendant, les fins cachées de la Raison. Cette double scène dont seul le philosophe est apte à déchiffrer l'unique enjeu. La Raison qui, pour devenir monde, doit emprunter les voies de son contraire (la passion), n'apparaît « rusée » que pour un entendement qui n'a pas su s'élever au niveau de l'Histoire universelle laquelle, par tous les moyens dont les hommes sont prodigues, veut inexorablement se réaliser.

Il est abusif de prétendre que la philosophie hégélienne de l'histoire se réduit à une laïcisation de l'idée de Providence, telle que Bossuet la formulait à la fin de son Discours sur l'histoire universelle (1681). Le moteur de l'histoire est immanent à son cours ; les hommes sont, en tant qu'acteurs, pleinement responsables de leur devenir, même si les formes que celui-ci doit prendre ne correspondent pas toujours – voire jamais – aux aspirations qu'ils ont cru être les leurs dans le feu de l'action. Le souci qu'a Hegel d'épouser au plus près les données fournies par les historiens (ce qui inscrit son enquête dans les limites documentaires de l'époque – et nul aujourd'hui, par exemple, ne pourrait souscrire à ses remarques sur l'Afrique !) n'est jamais séparé d'une volonté de les rapporter à une vision d'ensemble capable de les dépasser, ce qui pourra toujours sembler une violence exercée contre les faits eux-mêmes.

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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