LA CITÉ DU SOLEIL, Tommaso CampanellaFiche de lecture

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Les réserves, voire l'aversion, qu'éveille l'utopie totalitaire proposée par le dominicain calabrais Tommaso Campanella (1568-1639) tranchent étrangement avec l'admiration que suscitent le courage et la détermination dont il fit preuve dans les effroyables prisons où s'écoula la plus grande partie de sa vie et où il parvint à rédiger quelque trente volumes, touchant les sujets les plus divers, philosophie, théologie, grammaire, astrologie, magie.

Il sut, au fond de la longue nuit qui fut sienne, tirer de lui la seule clarté qui lui évitât de s'y ensevelir à jamais, mais c'est la luminescence d'un tombeau. Comme s'il avait été induit à ne concevoir d'autre lumière que dans un lieu clos, sa Cité du Soleil décrit, avec une précision glacée, une société de liberté carcérale où tout est agencé dans ses moindres détails pour octroyer à chacun, qu'il y consente ou non, une manière de bien-être sans désirs ni passion.

Campanella écrivit la première version de La Cité du Soleil en 1602, un an à peine après avoir, pour échapper à un verdict de mort, feint la folie et résisté avec une endurance exceptionnelle aux horribles tortures de la juridiction inquisitoriale. Relégué dans un cul-de-basse-fosse, il réussira à composer clandestinement une œuvre considérable, qu'il transmettra à ses amis grâce à la complicité d'un gardien.

L'idée que l'homme est capable de résister aux pires infortunes et ne peut exciper d'aucune excuse pour déroger à son devoir n'est pas étrangère aux tourments d'une destinée si tempétueuse. Tel est le sombre rayonnement de l'inhumanité que ses victimes ne font le plus souvent qu'en réitérer les horreurs. Martyr de l'Inquisition et de sa morbide rationalité, Campanella forme, au nom de la perfection métaphysique, le projet d'une société régie par la délation, la défiance, la suspicion, la condamnation de l'amour [...]


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UTOPIE (arts et architecture)

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  • Antoine PICON
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Publiée en 1516 , L'Utopie, ou le Traité de la meilleure forme de gouvernement (trad. franç., 1550) de l'humaniste anglais Thomas More codifie pour plus de deux siècles et demi les principes du genre. Se présentant généralement comme un récit de voyage, l'utopie décrit une société parfaitement organisée, dont le fonctionnement régulier contraste avec les errements de la société réelle. Plus encor […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/utopie-arts-et-architecture/#i_36761

Pour citer l’article

Raoul VANEIGEM, « LA CITÉ DU SOLEIL, Tommaso Campanella - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-cite-du-soleil/