L'ART AU TEMPS DES ROIS MAUDITS. PHILIPPE LE BEL ET SES FILS, 1285-1328 (exposition)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Deux règnes ont marqué l'histoire de l'art gothique en France, celui de Saint Louis (1226-1270) et celui de Charles V (1364-1380). Entre les deux, une sorte de hiatus s'est instauré : l'éclosion des grandes cathédrales est alors terminée, le style rayonnant poursuit ses raffinements sans se renouveler véritablement, le génie créateur des artistes semble s'épanouir hors du royaume. Beaucoup d'œuvres françaises de cette époque sont ainsi approximativement datées « fin du xiiie-début du xive siècle » ou « première moitié du xive siècle ». L'exposition L'Art au temps des rois maudits. Philippe le Bel et ses fils, 1285-1328, présentée au Grand Palais du 17 mars au 29 juin 1998, a donc apporté une contribution majeure à la connaissance de la production artistique de cette période. Elle complétait remarquablement l'exposition Les Fastes du gothique, le siècle de Charles V (Grand Palais, 1981), qui débutait avec l'avènement des Valois, en 1328. Les œuvres présentées et le catalogue, articulé en douze sections qui vont de l'architecture aux armes, ont permis de découvrir un art inventif et ont apporté des repères chronologiques plus précis.

Certes, l'architecture religieuse n'a plus le dynamisme qui la caractérisait auparavant, bien que l'on bâtisse alors des églises étonnantes, telles que la cathédrale d'Albi ou la collégiale de Mussy-sur-Seine (Aube). L'architecture civile prend le relais. À Paris, le palais de la Cité par exemple, construit pour Philippe le Bel, reflète les changements institutionnels de son règne et rassemble, non seulement la Sainte Chapelle de Louis IX et la demeure du souverain, mais aussi les organes du pouvoir politique, administratif et judiciaire. Celui-ci était évoqué dans l'exposition par des statues de personnages assis, découvertes à l'occasion de travaux dans le sous-sol du palais en 1899 et présentées pour la première fois au public.

La multiplication des statues en ronde bosse, dans le décor intérieur et extérieur des édifices civils et religieux, constitue en effet une des particularités de l'art du début du xive siècle. Certains ensembles, dispersés à la suite de démolitions, comme celui des anges de Saint-Louis de Poissy, ont pu être reconstitués. D'autres, notamment les admirables statues commandées par Enguerrand de Marigny pour la collégiale Notre-Dame d'Écouis et exécutées vers 1310-1313, ont bénéficié d'une mise en valeur éblouissante. La sculpture, comme les autres arts, montre que le roi, sa famille et son entourage ont exercé un mécénat qui a favorisé nettement une prédominance de l'art parisien. Les documents de comptabilité et d'imposition conservés indiquent cependant que les artistes qui exerçaient à Paris venaient d'horizons très divers.

En outre, des foyers provinciaux ont coexisté sans heurt et ont fait preuve de vitalité, du nord de la France au Midi et de la Normandie à la Lorraine et à la Bourgogne. Dès l'entrée de l'exposition, une cohorte d'anges en bois des régions septentrionales accueillaient ainsi le visiteur, avec une grâce souriante. Pour les sections les plus importantes – sculptures, arts précieux, manuscrits à peintures – les centres de production ont été distingués, de même que les rares artistes connus. Pépin de Huy, sculpteur de la comtesse Mahaut d'Artois, et les peintres maître Honoré et Jean Pucelle étaient représentés par la plupart des œuvres qui leur sont attribuées. Le nord de la France, de la Normandie au Hainaut, a été particulièrement productif et très influencé par le milieu parisien. Les régions de l'Est et de la Bourgogne, et surtout le Languedoc, ont connu un art plus original, qui s'observe aussi bien dans l'atelier de sculpture de Mussy-l'Évêque (Aube) que dans le reliquaire de la Vraie Croix d'Albi ou dans les manuscrits toulousains. Section particulière, « Les Prémices du xive siècle », rassemblait les œuvres les plus tardives (1310-1330).

La plupart des manuscrits et des objets précieux conservés, dans des bibliothèques et des trésors, sont rarement visibles, et leur réunion éphémère a permis à la fois de les admirer, de les comparer, d'imaginer l'activité artistique de l'époque en dépit des lacunes et de constater ou de confirmer certains traits caractéristiques. Pour les ivoires par exemple, Paris semble avoir un quasi-monopole et présente u [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université Paris-IV

Classification

Pour citer l’article

Anne PRACHE, « L'ART AU TEMPS DES ROIS MAUDITS. PHILIPPE LE BEL ET SES FILS, 1285-1328 (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-art-au-temps-des-rois-maudits-philippe-le-bel-et-ses-fils-1285-1328/