KATYŃ

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L'une des affaires les plus mystérieuses de la Seconde Guerre mondiale, le massacre de Katyń a pendant très longtemps envenimé les relations polono-soviétiques. Au début de 1943, les Allemands annoncèrent la découverte, dans la forêt de Katyń (près de Smolensk en Russie), de huit fosses communes contenant les cadavres momifiés de vingt-deux mille officiers polonais. Ces derniers avaient été abattus d'une balle dans la tête. Les documents trouvés sur les cadavres semblaient démontrer que ces officiers, faits prisonniers par les Soviétiques lors de l'avance de l'Armée rouge dans les territoires orientaux de la Pologne en 1939 (Ukraine et Biélorussie occidentales occupées par la Pologne après la guerre russo-polonaise de 1920), avaient été assassinés au cours du printemps de 1940 après une courte détention dans le camp d'internement de Kozielsk. Le 15 avril 1943, deux jours après la révélation allemande, les autorités soviétiques expliquèrent que ces prisonniers, engagés sur des chantiers près de Smolensk, avaient été surpris par l'avance de la Wehrmacht en juillet 1941 et assassinés par les membres de cette dernière.

Le gouvernement polonais de Londres prêta aussitôt foi aux révélations allemandes. Ses relations avec le gouvernement soviétique traversaient une phase aiguë butant sur le problème des frontières orientales. La méfiance, la haine même, traditionnelles entre ces deux peuples, trouvaient là matière à s'exacerber. Le 17 avril, les Polonais demandèrent la formation d'une commission de la Croix-Rouge internationale. Le 26 avril, le gouvernement soviétique, trouvant là prétexte pour reconnaître l'Union des patriotes polonais formée à Moscou par des communistes et des socialistes de gauche, rompit les relations diplomatiques avec le gouvernement du général Sikorski.

Les Polonais avaient pourtant de sérieuses raisons de prêter foi aux révélations allemandes, dont la propagande nazie avait fait l'un de ses thèmes préférés. Lors de la formation du corps d'armée polonais en U.R.S.S. à la fin de 1941 et au début de 1942, son chef, le général Anders, s'était enquis auprès des autorités militaires soviétiques de l'absence de plusieurs milliers d'officiers polonais internés en Union soviétique. Il lui fut répondu que ces derniers s'étaient enfuis en Mandchourie lors de l'avance allemande. Toutes les recherches faites pour les retrouver ayant échoué, les révélations allemandes donnaient une explication cohérente à des gens rendus sceptiques par le caractère vague et embarrassé des éclaircissements soviétiques.

Malgré tous les efforts du général Sikorski pour faire intervenir les Alliés occidentaux, ceux-ci préférèrent étouffer une affaire qui risquait de creuser un fossé entre eux et les Soviétiques, alors que le but qu'ils s'étaient assigné était la défaite de l'Allemagne. À Londres comme à Washington, personne ne voulait tomber dans ce qu'on considérait comme un piège allemand. La responsabilité des nazis ne fut pas prouvée au procès de Nuremberg.

S'il a été maintenant établi que les Soviétiques ont été les auteurs du massacre de Katyń, il était difficile de savoir qui, de Beria ou de Staline, en avait donné l'ordre. Khrouchtchev, semble-t-il, proposa à plusieurs reprises à Gomułka de lui fournir les éléments démontrant la responsabilité de Staline et de Beria. Le premier secrétaire du P.O.U.P. (Parti ouvrier unifié polonais) refusa, arguant que de telles révélations ne feraient que provoquer un violent sentiment antisoviétique.

Une enquête ultérieure a établi la responsabilité des Soviétiques, que l'U.R.S.S. a reconnue officiellement en avril 1990. Mais le souvenir de ce massacre continue de peser sur les relations entre les deux pays. Toutefois, en avril 2010, pour la première fois, soixante-dix ans après les faits, les Premiers ministres russe et polonais se retrouvent ensemble, près de Smolensk, pour une cérémonie officielle en hommage aux victimes de Katyń.

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Pour citer l’article

Charles URJEWICZ, « KATYŃ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/katyn/