VÁGÓ JOZSEF (1877-1947)

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József Vágó est né à Nagyvárad (Oradea), en Transylvanie. Fils d'un petit entrepreneur en maçonnerie, il termine ses études d'architecture à l'Université polytechnique de Budapest en 1900. Après avoir dirigé la construction du Pavillon hongrois à l'Exposition universelle de Paris, il commence à travailler à Budapest chez l'architecte Ignác Alpár puis s'engage en 1901 dans le mouvement de la Sécession qui se développe en Hongrie autour de la personnalité d'Ödön Lechner.

Désireux de se délivrer de l'imitation académique, il est séduit, comme de nombreux architectes de sa génération, par la perspective d'élaborer un nouveau langage architectural national qui tienne compte des techniques constructives modernes tout en valorisant la culture populaire. Ouvrant sa propre agence en 1902 et collaborant avec des artistes renommés – notamment les peintres Áladár Kriesch-Körösföi et Sándor Nagy, et l'artisan verrier Miksa Róth –, il édifie à Budapest, entre 1904 et 1908, quelques fleurons de l'architecture « nationale » : le palais Gresham, bâti sous la direction de l'architecte Zsigmond Quittner, puis le Salon national, le théâtre du Parc, l'immeuble Gutenberg et le Bazar Árkád, construits en association avec son frère László Vágó. Mais si ces édifices, couronnés de grands attiques sinueux, parés d'incrustations en majolique et ornementés de motifs décoratifs d'inspiration folklorique, affirment leur « magyarité », ils se réfèrent également à la Sécession viennoise. En effet, József Vágó est un patriote, mais tourné vers l'Occident. Il approuve la démarche nationaliste de Lechner – avec lequel il collabore à plusieurs reprises –, mais il admire aussi le caractère universel de l'architecture d'Otto Wagner et de Josef Hoffmann, comme le montrent les remarquables œuvres d'art total qu'il réalise à Budapest entre 1910 et 1914 : la villa Schiffer – à laquelle participent de nombreux artistes d'avant-garde, notamment les peintres Károly Kernstock et József Rippl-Rónai –, le club de Lipótvaros et la villa Grünwald.

Marxiste convaincu, Vágó désire également développer une architecture « sociale ». Représentant hongrois au congrès du Werkbund en 1914, puis directeur de l'Office du logement et chef du Directoire de l'architecture pendant la période révolutionnaire, il est contraint en 1919 d'émigrer en Italie après la chute de la république des Conseils de Béla Kun et l'arrivée au pouvoir de l'amiral Horthy.

Installé à Rome dès 1920, ruiné par la crise économique de l'après-guerre, Vágó est obligé de travailler comme « nègre » dans des agences d'architecture. Il a beau essayer de se faire reconnaître comme un architecte italien en étudiant de nouvelles typologies d'habitat pour les cités-jardins romaines et en publiant ses projets sous le nom de « Giuseppe Vago », il ne parvient à obtenir qu'une seule commande à Rome : la transformation de l'Hôtel de la ville, un palace inauguré en 1922. Privé de ressources, il participe, sans succès, aux grands concours internationaux de l'entre-deux-guerres – le siège du Herald Tribune à Chicago, l'hôtel de ville de Montevideo et le phare à la gloire de Christophe Colomb à Saint-Domingue –, puis il se réinstalle à Budapest en 1926 pour échapper au fascisme.

Sa victoire au concours du palais de la Société des Nations à Genève, en 1927, inaugure une nouvelle phase de sa carrière. Ses démêlés avec ses associés – Henri-Paul Nénot, Jules Flegenheimer, Camille Lefèvre et Carlo Broggi – et avec Le Corbusier au cours de la réalisation du palais, le conduisent à prendre part au débat architectural européen, à se dissocier des courants dominants et à entamer une importante œuvre de critique. Dans son ouvrage Városokon Kereszül (À travers les villes), paru à Budapest en 1930, et dans ses nombreux articles publiés au cours de la décennie, Vágó analyse les grandes réalisations européennes, combat les positions de l'avant-garde architecturale – et notamment celles de Le Corbusier – et s'interroge sur la mission de l'architecte. Il estime que celui-ci doit s'efforcer de répondre aux aspirations sociales et économiques du Mouvement moderne sans pour autant renoncer au « superflu », c'est-à-dire à la qualité artistique et à l'ornementation.

Cette recherche de synthèse entre les idéaux du modernisme et de l'Art nouveau, que Vágó poursuit tout au long des années 1930 et 1940, est illustrée par une multitude de projets mais seulement par un petit nombre de réalisations. À Genève, ses propositions expressionnistes sont écartées par ses associés et par le Comité de la S.D.N. À Budapest, il est poursuivi par la justice pour avoir construit quelques édifices illégalement, notamment la maison du docteur Basch : il n'a en effet jamais été admis, depuis son retour au pays en 1926, à l'Ordre des architectes hongrois créé en 1923.

Empêché de poursuivre sa carrière en Hongrie, Vágó réside de plus en plus souvent en France, qu'il considère comme sa nouvelle patrie, publiant dans la revue L'Architecture d'aujourd'hui, dirigée par son fils, l'architecte Pierre Vago, et, comme ce dernier, francisant son nom. Se consacrant à l'urbanisme, qu'il estime être « le reflet de l'organisation sociale », il élabore, entre 1933 et 1937, un grand projet d'urbanisation de Budapest, d'inspiration haussmannienne, puis s'installe en 1940 à Salies-de-Béarn où il réside jusqu'à sa mort en 1947. Sa réflexion sur le devenir de la ville européenne trouve son aboutissement pendant la Seconde Guerre mondiale. Il dessine, à Salies, un projet théorique de reconstruction, opposé aux préceptes des Congrès internationaux d'architecture moderne (C.I.A.M.) et de la Charte d'Athènes : la Ville de l'avenir, dans laquelle chaque logement est pourvu d'un jardin.

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Anne LAMBRICHS, « VÁGÓ JOZSEF - (1877-1947) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jozsef-vago/