SZIGETI JOSEPH (1892-1973)

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Comme quelques autres, Joseph (József) Szigeti se bat pour imposer au concert le grand répertoire violonistique en ce début de xxe siècle qui, aux puissants chefs-d'œuvre, préfère les romances jolies. Bien plus — et nul autre, sauf peut-être Yehudi Menuhin, ne l'a fait autant que lui —, Joseph Szigeti s'engage à corps perdu dans la musique la plus avancée de son temps. A-t-on assez mesuré ce qu'il fallait de foi pour oser Berg, Bartók, Stravinski et Prokofiev à une époque qui ne voyait qu'aridités dans Bach ou Beethoven ?

Festival d'Édimbourg

Photographie : Festival d'Édimbourg

Le violoniste Joseph Szigeti, l'altiste William Primrose, le pianiste Artur Schnabel et le violoncelliste Pierre Fournier (de gauche à droite), le 20 septembre 1947, lors du premier festival d'Édimbourg. 

Crédits : Gerti Deutsch/ Picture Post/ Getty Images

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De son enfance et de son milieu familial rien ne nous est parvenu, pas même son patronyme véritable : le pseudonyme sous lequel nous le connaissons est tiré du nom de la ville hongroise où vivaient ses grands-parents, Máramaroz Sziget. Nous passons directement de sa naissance — le 5 septembre 1892 à Budapest — à son entrée à l'Académie de musique de Budapest, où il étudie avec Jenö Hubay. En cachette il travaille aussi les exercices de Otakar Sevčik, grand professeur, concurrent du sien, qui officie à Prague. Dès cette époque, il se lie avec Béla Bartók. En 1905, il joue à Berlin devant Joachim, qui propose à cet enfant prodige de treize ans de le prendre parmi ses élèves. Son père préfère cependant l'exhiber dans les cirques où, entre les animaux et les acrobates, il joue le concerto de Mendelssohn. En Angleterre, où il se fixe de 1907 à 1913, son répertoire est essentiellement composé de pièces faciles. Il joue beaucoup avec Nellie Melba, Wilhelm Backhaus, Myra Hess, John McCormack et surtout avec Ferruccio Busoni. L'influence de ce pianiste-compositeur sera déterminante sur le jeune violoniste, qui découvre avec lui ce qu'on appelle alors « la musique sérieuse ». Déjà, il s'immerge dans la musique de son temps et crée le Concerto pour violon et orchestre de Hamilton Harty (1909) ainsi que, sous la direction de son auteur, celui de Busoni (1912). Appelé à prendre la succession de Henri Marteau, il devient professeur au Conservatoire de Genève de 1917 à 1924. Sa carrière se développe alors rapidement avec des partenaires qui s'appelleront Egon Petri, Mieczyslaw Horszowski, Artur Schnabel, Carl Flesch, Pierre Monteux, Bruno Walter, Dimitri Mitropoulos, Charles Münch, Thomas Beecham et George Szell. Si son répertoire s'appuie fondamentalement sur Bach, Beethoven et Brahms, il est néanmoins l'un des premiers à s'intéresser à la musique baroque et ressuscite les concertos de Tartini. Il redécouvre aussi Romance, rêverie et caprice de Berlioz, qu'il présente au monde entier. Joseph Szigeti n'a pas pour autant mis un terme à son apostolat en faveur de la musique contemporaine. Il donne en U.R.S.S. la première audition du Premier Concerto pour violon et orchestre de Prokofiev (1924), crée à Cleveland celui de Bloch, se fait l'artisan principal de la diffusion du Duo Concertant de Stravinski et ouvre ses programmes à Berg, Milhaud, Roussel et Szymanovky. Aux États-Unis, où il s'installe en 1939 après y avoir beaucoup joué, il retrouve Béla Bartók. C'est avec lui et Benny Goodman qu'il y donne cette même année la première de Contrastes pour piano, violon et clarinette. Il rejoint Pablo Casals pour le premier festival de Prades (1950), crée en 1952 le Concerto pour violon et orchestre de Franck Martin, se produit avec Claudio Arrau et avec Nikita Magaloff, son gendre. En 1960, il s'établit en Suisse et se consacre à l'enseignement jusqu'à sa mort, le 19 février 1973 à Lucerne. Une vie tout entière consacrée à faire connaître les musiques de son temps lui vaut une longue liste de dédicaces : Béla Bartók (Contrastes, Rhapsodie pour piano et violon no 1), Ernest Bloch (Concerto pour violon et orchestre, La Nuit exotique), Serge Prokofiev (Mélodie, op. 35, no 5), Alan Rawsthorne (Sonate), Eugène Ysaÿe (Sonate pour violon seul, op. 27, no 1), Alfredo Casella (Concerto pour violon et orchestre) et Hamilton Harty (Concerto pour violon et orchestre). Il nous laisse trois livres : With Strings Attached (1947), A Violonist's Notebook (1964), Szigeti on the Violin (1969). Joseph Szigeti jouait sur un Guarnerius qui avait appartenu à Henri Petri.

Ferruccio Busoni

Photographie : Ferruccio Busoni

Le compositeur Ferruccio Busoni en 1920. Assis, il est en compagnie du compositeur Paul Hindemith (appuyé sur le piano) et de quelques-uns de ses élèves. 

Crédits : General Photographic Agency/ Hulton Archive/ Getty Images

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Béla Bartók, Benny Goodman, Jospeh Szigeti

Photographie : Béla Bartók, Benny Goodman, Jospeh Szigeti

Le compositeur hongrois Béla Bartók (1881-1945) au piano, accompagné du violoniste hongrois Joseph Szigeti (1892-1973) et du clarinettiste américain Benny Goodman (1909-1986) lors d'une session d'enregistrement de Contrasts à New-York en 1940. 

Crédits : Archive Photos

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Si Joseph Szigeti perpétuait une tenue d'archet ancienne, le coude près du corps, il n'en était pas moins un éblouissant virtuose et un musicien d'une rare profondeur. Un grand style associant rigoureuse précision et sens inné de la ligne mélodique, une simple élégance, une sonorité fine et claire, un phrasé exemplaire qui, sans céder jamais à la grandiloquence, parle irrésistiblement au cœur, font de lui l'un des plus émouvants violonistes de son temps. L'un des plus pudiques aussi.

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Pierre BRETON, « SZIGETI JOSEPH - (1892-1973) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joseph-szigeti/