MITCHELL JONI (1943- )

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Auteur, chanteuse et compositrice canadienne versée dans l'expérimentation musicale, Joni Mitchell fut surtout populaire dans les années 1970. Parfois décrite comme le « yang du yin de Bob Dylan, avec qui elle partageait une imagination d'une richesse et d'une profusion extrêmes », elle fit de la pop music une véritable forme artistique.

Roberta Joan Anderson naît le 7 novembre 1943 à Fort McLeod, en Alberta. La jeune Joni étudie le graphisme publicitaire dans sa province natale avant de s'installer à Toronto en 1964 et de se produire dans les clubs folk et les cafés des environs. Mariée un court instant au chanteur folk Chuck Mitchell, elle part vivre à New York, où elle sort son premier disque, Joni Mitchell (également connu sous le titre Songs to a Seagull), en 1967. Produit par David Crosby, cet album concept est salué pour la maturité de ses paroles.

Joni Mitchell voit sa popularité grandir à mesure que sortent ses enregistrements, de Clouds (qui remporte en 1969 le Grammy Award de la meilleure performance folk) à l'euphorie malicieuse de Ladies of the Canyon (1970), sans oublier Blue (1971), qui se vendra à plus d'un million d'exemplaires. Au début des années 1970, Joni Mitchell abandonne sa base acoustique pour s'essayer au rock et au jazz. The Hissing of Summer Lawns (1975) marque ainsi une transition vers un son plus complexe et nuancé. Après avoir confié ses impressions personnelles dans ses premiers albums, la chanteuse s'oriente avec celui-ci vers la peinture sociale, critiquant notamment le rôle de la femme au foyer durant cette décennie. Si elle écrit un certain nombre de titres à succès, surtout en 1970 avec Big Yellow Taxi et Woodstock (chanson sur le célèbre festival qui sera reprise par trois artistes différents), elle marquera le monde musical par l'ensemble de sa discographie. Avec ses touches à la fois très précises et improvisées, sa musique est parfois difficile à écouter. Joni Mitchell ne donne pas en effet dans les mélodies simples ou les conclusions satisfaisantes. « Ma musique, dit-elle, n'est pas censée captiver sur-le-champ. Elle est conçue pour durer toute une vie, pour tenir le coup comme un tissu de qualité. »

Avec Hejira (1976) et Don Juan's Reckless Daughter (1977), l'artiste continue à faire fi des considérations commerciales, tandis que Mingus (1979) donne souvent l'impression qu'elle va trop loin. Cet album, commencé en collaboration avec le bassiste jazz Charles Mingus, évolue après la mort de ce dernier vers une ré-interprétation de ses thèmes. Joni Mitchell cherche toujours à dépasser ses propres expériences, plongeant de plus en plus dans le jazz mais aussi dans l'histoire noir-américaine : Mingus sera en effet aussi bien l'écho de la voix des déshérités qu'une biographie du jazzman. Malgré la confusion qu'il sème chez les fans, Mingus n'en demeure pas moins un hommage courageux qui échappe à toute catégorisation, ne répondant ni à la définition classique du rock ni à celle du jazz.

Après avoir ainsi démontré qu'elle pouvait créer des albums à succès remportant l'approbation des critiques, Joni Mitchell devient une artiste prestigieuse. Grâce à la réussite commerciale des reprises de ses chansons, elle apporte en outre une source de revenus considérable à ses maisons de disques. Ces dernières accepteront dès lors de la suivre dans ses expériences musicales. Après Mingus, Joni Mitchell se retire cependant un peu du monde de la pop music. Depuis le début de sa carrière, elle avait illustré elle-même ses pochettes d'album. C'est donc sans surprise qu'elle se met à développer son art visuel dans les années 1980, sans savoir si elle doit se concentrer sur la peinture ou la musique.

Bien que sa production ne soit pas aussi prolifique que dans les décennies 1960 et 1970, Joni Mitchell continue à créer une musique pénétrante et imaginative, comme en témoignent Dog Eat Dog (1985), produit par Thomas Dolby, Night Ride Home (1991), plus réfléchi, ou encore Turbulent Indigo (1994), récompensé par un Grammy Award. Après avoir abordé des sujets de société et de politique internationale, comme la famine en Éthiopie, dans Dog Eat Dog, l'artiste revient, au début des années 1990, à des thèmes plus personnels, chantant par exemple l'amour vrai dans Turbulent Indigo. [...]

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Lucy O'BRIEN, « MITCHELL JONI (1943- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joni-mitchell/