WOO JOHN (1946- )

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Volte/Face (Face/Off, 1997), le vingt-cinquième film de John Woo après vingt-cinq ans de carrière, est aussi le premier à avoir porté à la connaissance d'un large public le style flamboyant de ce réalisateur de Hong Kong devenu maître du cinéma d'action à Hollywood. Découverts en France à partir de 1993, ses films justifient leur réputation de violence et de maestria grandioses, réputation acquise auprès des cinéphiles, enthousiasmés par ce réalisateur dont le travail offre une pure illustration des théories du cinéma d'auteur : une vision personnelle mise à l'œuvre dans le cadre des conventions du genre, ici le film de gangsters. Un dualisme que l'on retrouve dans l'histoire immuable que racontent les films de John Woo, dominés par le motif du duel, et jusque dans l'histoire de sa vie, liée à l'univers des gangsters du quartier de Hong Kong où il passa son enfance, mais aussi, très vite, à celui du cinéma. Cinéphile précoce, John Woo admire le cinéma commercial chinois et le cinéma japonais, les classiques du cinéma américain et les innovations de la nouvelle vague, les films de Jean-Pierre Melville et ceux de Jacques Demy. La revendication de toutes ces influences est l'un des traits les plus caractéristiques de son œuvre de formaliste fiévreux, capable de donner une cohérence plastique aux excès de son inspiration, qui puise partout son énergie – dans la série B, le clip, la comédie musicale ou le maniérisme revisité de Sergio Leone.

John Woo

Photographie : John Woo

De Hong Kong à Hollywood, le réalisateur John Woo affirme une exceptionnelle maîtrise des scènes d'action mais aussi une vision très réfléchie des codes du spectacle. 

Crédits : Michael Tighe/ Donaldson Collection/ Getty Images

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Des quinze films de commande qu'il réalisa de 1973 à 1985 pour plusieurs grands studios de Hong Kong, John Woo se déclarera toujours insatisfait, préférant oublier ces comédies et ces aventures chevaleresques pas assez profondes à son goût. Sa rencontre avec Tsui-Hark, cinéaste et producteur chef de file de la nouvelle génération des réalisateurs de Hong Kong, lui permet de réaliser en 1986 A Better Tomorrow (Le Syndicat du crime), qui est à la fois son premier film personnel et le plus grand succès de l'histoire du cinéma à Hong Kong. En reprenant des thèmes traditionnels (amitié, trahison et vengeance entre gangsters et policiers), John Woo s'emploie à en décupler les qualités dramaturgiques et émotionnelles par une mise en scène à la fois épurée et luxuriante. Si la violence est poussée à l'extrême, c'est afin de la métamorphoser en chorégraphie proche du ballet, grâce à des artifices (notamment le ralenti) qui ont l'ambition de capter une nouvelle forme de beauté et de poésie. Avec A Better Tomorrow, John Woo impose aussi l'image de ses héros en costumes noirs à la Melville, cinéaste dont l'influence marquera plus directement The Killer (1989), hommage au Samouraï, étrange cocktail de violence et de naïveté, de folie et de spiritualité – la fusillade finale s'y joue dans une église, en écho à l'éducation profondément chrétienne reçue par John Woo, qui a également été influencé, dans son approche morale des conflits dont se nourrit le polar, par la lecture de la Bible.

Chaque film est matière à de nouveaux morceaux de bravoure qui, après Le Syndicat du crime 2 (1987) et Une balle dans la tête (1990), culmineront dans À toute épreuve (1992), le dernier film de John Woo tourné à Hong Kong. On y trouve les deux scènes les plus emblématiques de son œuvre : une fusillade où Chow Yun Fat (son acteur fétiche) tire des coups de feu en chantant une comptine à un enfant qu'il tient dans ses bras et un face-à-face où deux hommes se mettent en joue à bout portant avec le même revolver. Cette imagerie au lyrisme à la fois désabusé et éclatant fait de John Woo un des artistes les plus convoités par Hollywood. Il y réalise en 1993 Hard Target, un road movie explosif et sans réelle surprise, puis Broken Arrow (1995), thriller dans lequel sa sensibilité personnelle se limite à quelques détails pointillistes, et Volte/Face, où il ne recule pas devant de nombreuses autocitations pour faire de son propre style le principal sujet du film. En revenant une fois encore à la thématique du double, du bien et du mal, John Woo la décline jusqu'au vertige à travers l'histoire d'un policier et d'un criminel qui échangent leurs visages. Le scénario ne donne comme toujours qu'une trajectoire au film, et c'est l'image qui en raffine la matière : l'action devient un paysage mental, un duel [...]

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Frédéric STRAUSS, « WOO JOHN (1946- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-woo/