SELDEN JOHN (1584-1654)

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Juriste et humaniste anglais né à Salvington (Sussex). Diplômé d'Oxford, Selden est admis à Inner Temple en 1604 et appelé au barreau en 1612 ; mais il ne plaide que rarement. Après des travaux consacrés à l'histoire du droit et aux antiquités orientales, son Histoire des dîmes (History of Tithes, 1618), dont les conclusions indisposent le clergé, lui vaut d'être remarqué ; il y soutient l'idée que les dîmes ne sont peut-être pas dues en vertu de la loi divine (iure divino), mais du droit humain. En matière religieuse, Selden demeurera fidèle aux thèses de l'érastianisme (doctrine de l'unité du pouvoir au profit de l'État, du nom du théologien helvétique Thomas Lieber, dit Éraste, 1523-1588). L'Église, au même titre que d'autres institutions, doit être soumise à l'autorité du pouvoir civil. « Ils sont également fous, disait Selden, ceux qui soutiennent que les évêques sont iure divino, et doivent être à ce titre maintenus, et ceux qui disent qu'ils sont si antichrétiens qu'ils doivent être supprimés. Tout doit être laissé à la discrétion de l'État. »

C'est en 1621 que débute sa carrière politique. Cette année-là, avant même d'être député à la Chambre des communes, où il siégera régulièrement à partir de 1522, il collabore à la recherche des précédents qui appuieront la célèbre protestation que firent alors les Communes. L'ampleur de ses connaissances de droit constitutionnel et de jurisprudence lui vaut d'être l'un des leaders du parti de l'opposition, et il joue à ce titre un rôle prépondérant lors des conflits qui opposent Charles Ier et le Parlement ; en particulier, il prend une part active aux attaques dirigées contre Buckingham ainsi qu'à la rédaction de la Petition of Right votée par les Chambres en 1628 pour protester contre les empiétements de la Couronne au détriment des libertés et des propriétés individuelles. Son attitude libérale lui valut deux années de détention. Durant le procès, l'exécution du roi et l'ascension de Cromwell, Selden s'abstint de toute prise de position.

En 1609, Grotius avait soutenu dans son Mare liberum que la haute mer était ouverte à tous. À la requête du roi, au parti duquel il paraît s'être ainsi rapproché, Selden compose l'ouvrage intitulé Mare clausum, seu De dominio maris libri duo (1635) : il s'y efforçait de prouver que, par loi de nature et des nations, la mer n'est pas commune à tous, mais, au même titre que la terre, sujette à la propriété privée, et que la Couronne de Grande-Bretagne, de droit indivisible et perpétuel, dispose de la souveraineté sur les océans. Ces thèses soulevèrent les protestations d'un juriste hollandais qui publia en 1652 les Maris liberi Vindiciae, où il mettait en cause la pureté des intentions de Selden. Ce dernier lui répondit par un dernier ouvrage : Vindiciae (1653).

Entre-temps, Selden s'était consacré à des recherches sur l'histoire anglaise et sur les institutions hébraïques, ce qui lui valut d'être choisi pour héros éponyme par les fondateurs de la Selden Society, créée en 1887. Mais l'ouvrage par lequel Selden est surtout fameux est le Table Talk ; composé par son secrétaire R. Milward et publié en 1689, c'est un recueil des diverses opinions soutenues par Selden dans ses conversations privées.

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François BURDEAU, « SELDEN JOHN - (1584-1654) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-selden/