AUSTIN JOHN LANGSHAW (1911-1960)

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Langage et perception

Au point de départ, on trouve la distinction entre énoncés constatifs et énoncés performatifs telle que l'expose l'ouvrage intitulé How to Do Things with Words (Oxford, 1962), traduit par Quand dire, c'est faire (Paris, 1972). Les énoncés performatifs ne peuvent être caractérisés comme vrais ou faux ; ce sont par exemple les promesses, les serments, les énoncés par lesquels on se porte garant de quelqu'un, par lesquels on « baptise » un bateau, on ouvre ou lève une séance ; par eux le locuteur, qui doit répondre à certaines conditions, et être « autorisé » à les prononcer, accomplit un acte et ne le raconte pas. Pour pertinente qu'elle soit, cette distinction n'est pas toujours facile à maintenir. Ainsi « Je vous avertis qu'un train entre en gare » contient à la fois un avertissement et une constatation, tandis que « La France est hexagonale » n'est ni vrai ni faux, c'est tout au plus une description approximative. Pour remplacer cette distinction, Austin introduit la théorie des forces illocutoires. Celui qui parle accomplit un certain nombre d'actes : phonétique, en ce qu'il émet certains sons ; phatique, en ce qu'il prononce des mots ordonnés en accord avec la grammaire ; locutoire, en ce qu'il utilise des expressions ayant sens et référence ; illocutoire, en ce que dans (in) l'acte locutoire il accomplit un autre acte (exclamation, promesse, etc.) ; perlocutoire, en ce qu'au moyen de l'acte illocutoire il peut par exemple agir sur autrui (ordre, prière, etc.). Austin s'est attaché ensuite à distinguer parmi les actes illocutoires ceux qui ont force « expositive » (affirmer, décrire, reporter, témoigner, raconter), ou « commissive » (promettre, parier, consacrer), ou « verdictive » (prononcer un diagnostic), ou « behabitive » (s'excuser, remercier, injurier).

Sense and Sensibilia, paru à Oxford en 1962 (Le Langage de la perception, Paris, 1972), présente une discussion polémique autour d'un des problèmes centraux de l'épistémologie. Austin examine sous un angle critique la doctrine selon laquelle nous ne percevons jamais directement les choses matérielles, mais seulement les données sensorielles (en anglais, sense-data) ; sa critique porte sur l'un des fondements possibles de cette doctrine, ce qu'on appelle l'argument de l'illusion. Il montre qu'en fait tout repose sur l'abus de quelques mots, mal compris, simplifiés, mal employés. Qu'est-ce au juste qu'une illusion, distinguée de la tromperie, du mirage, du reflet... ? Qu'est-ce au juste qu'apparaître, sembler... ? Quels sont les différents sens de « réel » ? Telles sont les questions, préliminaires au traitement du problème épistémologique lui-même, auxquelles s'attache Austin.

« Un grand talent déployé dans un domaine volontairement restreint », ainsi le juge le philosophe anglais J. O. Urmson.

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  • : agrégée de l'Université, docteur en philosophie, maître de conférences à l'université de Rennes

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Pour citer l’article

Françoise ARMENGAUD, « AUSTIN JOHN LANGSHAW - (1911-1960) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-langshaw-austin/