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NEWMAN JOHN HENRY (1801-1890)

Le théologien catholique

Devenu membre de l'Église catholique, Newman ne cessa pas d'entretenir une correspondance suivie avec ses anciens condisciples demeurés anglicans ou devenus catholiques avec lui. Cette correspondance, aujourd'hui en cours de publication, est digne de figurer parmi les monuments de la littérature anglaise. À ces lettres, il faut ajouter plusieurs ouvrages importants : la Lettre à Pusey sur son Eirenicon (1866) est une présentation et une défense nuancée de la dévotion catholique à la Vierge Marie.

Dans la Lettre au duc de Norfolk (1875), écrite en réponse à Gladstone, Newman livre son interprétation des décrets du Concile du Vatican sur l' infaillibilité. Il y réfute les vues du cardinal Manning et de Ward en Angleterre, de Louis Veuillot en France, selon lesquelles un pape pourrait désormais, de lui-même et isolément, définir une doctrine. En soulignant que c'est l'Église en corps qui a reçu la garde de la vérité et peut être dite infaillible, et que le pape ne fait que sanctionner et ratifier ultima facie un processus de formulation qui s'est toujours accompli au sein de l'Église entière, Newman ne fait guère que devancer la théologie dans la marche qu'elle a suivie depuis. Dans un chapitre célèbre, il insistait aussi sur la primauté de la conscience, voix divine qui doit toujours être écoutée, et qui doit, même erronée, être obéie.

Lors de l'édition de ses œuvres complètes, Newman – fait assez exceptionnel pour être signalé – put republier tout ce qu'il avait écrit dans sa période anglicane sans y apporter de modifications, sauf le Prophetical Office of the Church de 1837. Il ajouta à cet ouvrage, intitulé désormais The Via Media of the Anglican Church, des notes explicatives et il le fit précéder d'une importante préface, où il reprit certaines de ses affirmations antérieures. Dans la préface de 1877, il montre que l'Église, comme le peuple juif, est régie au cours de son histoire par un « principe d'économie » qui assure son unité dans le temps à travers des situations nouvelles. La Révélation, la Tradition font à toute époque face à l'idolâtrie et à l'incroyance du peuple. Mais la Tradition est portée elle-même par le peuple fidèle tout entier. Aussi est-elle l'objet d'une assistance divine, comme elle en a d'ailleurs reçu la promesse. L'Église représente le Christ au cours de son cheminement historique. Or le Christ est prophète, prêtre, roi. Une triple tâche a donc été confiée à l'Église, qui doit vivre à l'image du Christ : le christianisme est à la fois une philosophie, un ensemble de rites et une communauté politique. L'Église est animée dans ces trois ordres par le souci de vérité, de piété et de justice. Dans chacun de ces domaines, elle a pu se tromper et aller trop loin. Mais elle porte en elle un principe de régulation qui fait aussi son œuvre avec le temps. Newman précisait ainsi comment lui apparaissait cette unité de l'Église à travers l'histoire, dont il n'avait pas su rendre compte en 1837.

— Bernard DUPUY

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Écrit par

  • : directeur du Centre d'études Istina et de la revue Istina

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Littérature

    • Écrit par Elisabeth ANGEL-PEREZ, Jacques DARRAS, Jean GATTÉGNO, Vanessa GUIGNERY, Christine JORDIS, Ann LECERCLE, Mario PRAZ
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    Le mouvement d'Oxford et son représentant majeur, John Henry Newman (1801-1890), réagirent contre la tentative de traiter la religion scientifiquement et se firent les promoteurs d'un retour à la tradition médiévale et au ritualisme. Matthew Arnold (1822-1888) attaqua le « philistinisme »...
  • APOLOGÉTIQUE

    • Écrit par Bernard DUPUY
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    ...William Paley, Tableau des évidences du christianisme (1790), qui adopte un point de vue plus rationnel. Les deux ouvrages ont servi de point de départ à John Henry Newman dans ses Sermons sur la croyance (1843) et dans son Essai pour aider à une grammaire de l'assentiment (1870), analyse magistrale...
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