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ARNOLD MATTHEW (1822-1888)

En Angleterre, Arnold est le représentant de la lucidité moderne, non seulement par la volonté de voir clair en lui-même, mais parce qu'il analyse la conscience nationale. Le critique est doublé d'un poète philosophe en qui s'exprime la sensibilité raffinée d'un lettré, mais rarement l'effusion véritable. Par une étrange ironie des choses, c'est peut-être le romantisme que son œuvre portait en elle, à son insu, qui lui a assuré la survie.

Les origines

Matthew Arnold est né à Laleham, calme vallée de la Tamise, le 24 décembre 1822. Fils aîné de Thomas Arnold, professeur d'histoire moderne et directeur de la célèbre public school de Rugby, il s'est formé dans un milieu universitaire ouvert aux méthodes nouvelles et aux controverses religieuses. Le docteur Arnold était l'adversaire de John Henry Newman, mais aussi, comme le parrain du jeune Matthew (le tractarien John Keble), l'ami de William Wordsworth. Quand, dès 1834, la famille Arnold choisit Fox How, au pays des Lacs, comme lieu de villégiature, le voisinage du grand poète lakiste fut l'objet d'amicales relations et d'une admiration féconde. D'autre part, la forte personnalité du docteur Arnold, avant d'inspirer et d'imprégner la pensée de son fils, provoqua des réactions d'indépendance et de fanfaronnade qui, sans nuire à son intelligence précoce, l'empêchèrent de mériter, comme son ami A. H. Clough, l'estampille exemplaire de Rugby, celle de « gentleman chrétien ». Les distinctions que lui valurent les strophes brillantes et quelque peu byroniennes d'Alaric at Rome (1840) et le morceau de concours pour le Newdigate Prize Cromwell (1843) attestent une certaine maturité de pensée, en contradiction avec le dilettantisme d'allures qu'affectent l'élève de Rugby puis l'étudiant de Balliol à Oxford. Dilettantisme qui se distillera avec les années en une curiosité alerte et ironique, mais qui, en attendant, le dispense de prendre parti dans les conflits et débats qui constituent le Mouvement d'Oxford. En 1872, il rangera J. H. Newman parmi les quatre personnes qui lui ont le plus appris – les trois autres étant Goethe, Wordsworth et Sainte-Beuve – mais son critère pour juger des Sermons d'Oxford, tout comme la Bible en général, sera leur valeur littéraire, la religion se réduisant, pour lui comme pour son père, à une institution d'État.

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Écrit par

  • : professeur honoraire à la Faculté des lettres et sciences humaines de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • VICTORIENNE ÉPOQUE

    • Écrit par Louis BONNEROT, Roland MARX
    • 10 883 mots
    • 11 médias
    La poésie, dans la littérature victorienne, a autant de densité et de variété que la prose. Matthew Arnold reprend à son compte la formule de Carlyle : « Ferme ton Byron et ouvre ton Goethe », mais il oublie ses attaques contre l'ignorance des romantiques et, comme tous ses contemporains, puise chez...

Voir aussi