DANTE JOE (1946- )

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Joe Dante est né en 1946 à Middleton (New Jersey). Cinéaste singulier, amateur dès l'enfance d'illustrés horrifiques et de films de série B, il promeut, après un passage par le fantastique « traditionnel » (The Howling [Hurlements], 1981), une thématique inédite, où coexistent pastiche nostalgique et grinçant des longs métrages vus dans sa jeunesse et critique féroce de la société américaine. Son passage, au début des années 1970, dans l'écurie de Roger Corman l'a beaucoup aidé en ce sens. Ni classique, comme John Carpenter, ni amateur du second degré, à l'instar d'un Sam Raimi, Dante développe, surtout après Gremlins (1984), un cinéma loufoque et réflexif, apparemment destiné à la jeunesse (Small Soldiers, 1998) mais qui n'en exprime pas moins une vision pessimiste de la civilisation américaine.

Joe Dante appartient à cette lignée de cinéastes d'après-guerre qui ont d'abord été des cinéphiles. Dès 1953, il devient un habitué des salles obscures. Comme John Carpenter, il est fasciné par It came from outer space (Le Météore de la nuit, un film de science-fiction de Jack Arnold). En 1957, une chaîne de télévision présente les classiques de l'horreur des années 1930 de la firme Universal. Joe Dante suit ces programmes avec assiduité. Son amour pour le fantastique se double d'une très fine sensibilité à la culture populaire, qu'il transcende dans ses œuvres sophistiquées de la maturité. En 1958, le garçonnet achète le premier numéro de la revue Famous Monsters of Filmland. Il envoie, dès l'année suivante, des textes au rédacteur en chef du fanzine, Forrest J. Ackerman, qui finit par publier un de ses textes en 1962 : Dante's Inferno. Peu de temps après, Joe Dante devient un collaborateur régulier de la revue concurrente Castle of Frankenstein.

Le jeune homme s'inscrit, en 1964, au Philadelphia College of Art. En 1966, il conçoit, avec son ami Jon Davison, un film de montage de sept heures, The Movie Orgy, où il mêle plans de serials d'avant-guerre et films divers. C'est sa première manière, la plus brute, de déclarer son amour au cinéma populaire qu'il aime, en même temps que d'en proposer des variations critiques. The Movie Orgy rencontre un certain succès. Jon Davison présente alors Dante à Roger Corman, qui vient provisoirement de clore sa carrière de cinéaste pour se consacrer à la production de films à petits budgets au sein de sa société, la New World Pictures. Après avoir fait du montage alimentaire sur de nombreuses séries, Joe Dante se voit confier un projet plus ambitieux : Hollywood Boulevard (1976). La technique est la même que celle de The Movie Orgy. Sauf qu'elle illustre un scénario censé justement se passer au sein d'une compagnie indépendante spécialisée dans le film bon marché.

Avec Piranhas (1978) et Hurlements (1981), Joe Dante semble, comme John Carpenter ou George Romero, se spécialiser dans le fantastique. Le premier film est un remake lointain de Jaws (Les Dents de la mer, de Steven Spielberg, 1975), mais avec une touche politique plus marquée que chez son prédécesseur. Joe Dante donne un rôle à la célèbre actrice britannique Barbara Steele, dont La Maschera del Demonio (Le Masque du démon, Mario Bava, 1960), où elle tenait un double rôle, lui a fait entrevoir, pour la première fois, que le fantastique pouvait être un genre adulte qui traite notamment de sexualité. Hurlements renouvelle le film de loups-garous, tombé en désuétude, d'abord grâce aux extraordinaires effets spéciaux de Rob Bottin, qui se double d'une réflexion surprenante sur la notion de différence.

Mais l'auteur des Gremlins n'est pas un cinéaste de genre. Il le prouve dès Twilight Zone the Movie (La Quatrième Dimension, 1983, inspiré d'une célèbre série télévisée des années 1960 et coréalisé par John Landis, Steven Spielberg et George Miller). Le sketch de Dante, intitulé It's a Good Life, est l'équivalent thématique de ce qu'était au niveau du collage formel The Movie Orgy. Un enfant enlève des étrangers qu'il présente à une visiteuse comme ses parents. La maison où vit tout ce beau monde ressemble à l'univers des bandes dessinées. Il s'en dégage un réel malaise qui démontre que le metteur en scène sait mettre en valeur la di [...]

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Raphaël BASSAN, « DANTE JOE (1946- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joe-dante/