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JIA ZHANGKE (1970- )

Jia Zhangke - crédits : Elisabetta A. Villa/ WireImage/ Getty Images

Jia Zhangke

La tradition chinoise classe volontiers les cinéastes par « génération », sans que l’on sache exactement qui décide de cette chronologie. La « sixième génération » apparaît au début des années 1990, sur les cendres du massacre de la place Tiananmen (4 juin 1989). Les metteurs en scène qui en font partie vont accompagner et documenter les années marquées par le développement économique de leur pays. Parmi eux, le plus important est sans aucun doute Jia Zhangke.

L’habitant des ruines

Jia Zhangke est né le 24 mai 1970 à Fenyang, ville industrielle de la province du Shanxi. La Chine du Nord, ses reliefs brutaux et ses cités minières deviendront les paysages privilégiés du cinéaste. Pauvre, enclavée, la terre du Shanxi est aussi riche des vestiges de son passé. Monuments, pagodes, palais témoignent d’un âge d’or médiéval perdu, et les films de Jia Zhangke porteront en eux ce goût des ruines. L’image de l’actrice Zhao Tao dansant seule devant la pagode de Wenfeng à la fin d’Au-delà des montagnes (Shan heguren, 2015) constitue ainsi à la fois une réminiscence de la Chine éternelle et un souvenir d’enfance de Jia Zhangke.

Élève médiocre, il découvre le cinéma en se faufilant clandestinement dans les salles de Fenyang. Au cours des années 1980, la Chine s’ouvre enfin et Hong Kong peut exporter ses productions sur le continent. La culture méridionale, la pop cantonaise et les films de gangsters reviendront régulièrement dans son œuvre. Il cite ainsi les polars de John Woo dans Still Life (Sanxia Haoren, 2006),24 City (Ershisichengji, 2008) ou Les Éternels (Jianghuernu, 2018) comme autant de clins d’œil aux origines de sa cinéphilie. Plus tard, alors qu’il ambitionne de se tourner vers la peinture, il est marqué par Terre jaune (1984), film de Chen Kaige réalisé dans le Shanxi.

En 1997, encore étudiant à l’Institut du cinéma de Pékin, Jia Zhangke tourne son premier long-métrage, Xiao Wu, artisan Pickpocket (Xiao Wu) qui retrace le quotidien d’une petite frappe de Fenyang. Dès ce film rêche et réaliste, tourné en quelques jours, Jia Zhangke tranche avec le maniérisme de ses aînés – Zhang Yimou ou Chen Kaige. Xiao Wu estle premier volet d’une trilogie « underground », films tournés sans l’aval du gouvernement. Platform (Zhan Tai, 2000) l’éloigne de la chronique pour aborder la fresque historique et suivre dix années de la vie d’une troupe de théâtre itinérante, de 1980 à 1990. À l’occasion du casting, il rencontre Zhao Tao, qui deviendra son épouse et jouera ensuite dans tous ses films. Portrait d’une jeunesse désœuvrée, Plaisirs inconnus (Renxiaoyao, 2002) se déroule dans les rues Datong. Jia Zhangke tourne pour la première fois en numérique. Sa méthode est désormais parfaitement établie : un scénario et des personnages de fiction projetés sur une toile de fond à caractère documentaire, dans des lieux réels et néanmoins extraordinaires. The World (Shijie, 2004) se déroule ainsi dans l’enceinte d’un parc d’attraction qui reproduit le monde en miniature. L’action de Still Life (lion d’or à la Mostra de Venise 2006) se situe sur le barrage des Trois Gorges, titanesque chantier qui occasionna entre autres la destruction et l’immersion de la ville de Fengjie. 24 City poursuit cette veine et capte l’agonie d’un complexe sidérurgique de Chengdu, destiné à être transformé en résidence de luxe.

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Jia Zhangke - crédits : Elisabetta A. Villa/ WireImage/ Getty Images

Jia Zhangke

Autres références

  • PLATFORM (Jia Zhang-ke)

    • Écrit par Olivier de BRUYN
    • 978 mots

    Le premier film de Jia Zhang-ke (Xiao Wu, artisan pickpocket), réalisé en 1997 et sorti en France à la fin de l'année 1999, avait contribué à révéler une nouvelle vague de metteurs en scène chinois, soucieux d'enregistrer la réalité contemporaine de leur pays en adoptant des partis pris formels aux...

  • STILL LIFE (Jia Zhangke)

    • Écrit par Charles TESSON
    • 1 209 mots

    Still Life, couronné en 2006 d'un lion d'or au festival de Venise, a été tourné en alternance avec un documentaire sur le peintre Liu Xiaodong. Invité par ce dernier à se rendre sur le site du barrage des Trois Gorges où il a le projet de peindre une toile, Jia Zhangke, sans scénario...

  • ANTONIONI MICHELANGELO (1912-2007)

    • Écrit par Paul Louis THIRARD
    • 2 262 mots
    • 2 médias
    ...aussi de citer Bardem, Maselli et Kast au nombre des cinéastes les plus directement marqués par cette histoire policière. Plus récemment, si le cinéaste Jia Zhanke, pour Still Life (Chine, 2006), s'inspire du peintre Liu Xiaodong, il serait étonnant que pour décrire le barrage des Trois Gorges ni le peintre...
  • CHINOIS CINÉMA

    • Écrit par Régis BERGERON, Adrien GOMBEAUD, Charles TESSON
    • 6 369 mots
    • 1 média
    Si plusieurs cinéastes ont ouvert la voie, en particulier Zhang Yuan (Les Bâtards de Pékin, 1993 ; La Place, 1994), il revient àJia Zhangke, alors âgé de moins de trente ans, d’offrir avec Xiao°Wu, artisan pickpocket (1997) le film phare de sa génération, esthétiquement (approche documentariste...

Voir aussi