JEUX OLYMPIQUESLes Jeux et la guerre froide

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1952 : les premiers Jeux de la guerre froide

Après trente ans d'isolationnisme sportif, l'U.R.S.S. participe pour la première fois aux jeux Olympiques en 1952 à Helsinki. Le Comité olympique soviétique a vu le jour le 21 avril 1951 et Staline, convaincu que les sportifs soviétiques sont désormais aptes à rivaliser avec les meilleurs, a donné son feu vert pour qu'une délégation de l'U.R.S.S. prenne part aux Jeux. Faut-il voir là un signe de bonne volonté en direction de l'Occident ? A-t-on, au contraire, affaire à une opération de propagande destinée à démontrer au monde l'efficacité, voire la supériorité, du modèle soviétique par la compétition sportive ? Tout est lié, mais l'événement est considérable et marque le début d'une confrontation sportive acharnée entre l'Est et l'Ouest.

Aux États-Unis, l'arrivée soviétique aux Jeux constitue paradoxalement du pain béni pour le Comité olympique. En effet, le Comité olympique américain ne reçoit aucune subvention de l'État pour couvrir les frais engagés afin de préparer, faire voyager, loger et nourrir sa délégation ; il doit donc solliciter des contributions privées. Avec cette nouvelle donne, il choisit de faire vibrer la fibre patriotique pour réunir les subsides et n'hésite pas à titrer le document qu'il diffuse auprès des mécènes potentiels : « La Russie battra-t-elle les États-Unis ? » Avant même le début des compétitions, la perspective de l'affrontement sportif entendu comme une prolongation de la logique de la guerre froide semble admise et revendiquée. La couverture des Jeux d'Helsinki par le New York Times rend bien compte de l'importance de l'événement comme de son écho médiatique : « Ceux qui se trouvent dans les tribunes, nonobstant les dénis des officiels du C.I.O., insistent sur le fait que les Jeux de la XVe olympiade sont avant tout une confrontation entre l'Est et l'Ouest », peut-on lire dans l'édition du 27 juillet 1952. Il semble que les chroniqueurs s'intéressent plus au bilan des médailles qu'à la narration objective des compétitions sportives. Plus l'heure du bilan approche, plus les champions soviétiques sont critiqués par le quotidien américain, qui les décrit comme « inamicaux », « mauvais perdants » ; des soupçons de dopage sont avancés... La presse soviétique, de son côté, évoque les multiples « injustices » dont seraient victimes les représentants de l'U.R.S.S., elle accuse les juges de partialité...

L'aspect médiatique de la « guerre froide olympique » est donc le nœud de la stratégie. Le problème du village olympique en fournit un exemple savoureux. Alors que les champions de la plupart des délégations occidentales sont logés dans les bâtiments construits par Pauli Salomaa dans le quartier de Käpylä, dans le centre-ville d'Helsinki, les représentants de l'U.R.S.S. et des autres pays communistes sont installés dans la cité universitaire d'Otaniemi, à 10 kilomètres d'Helsinki. Initialement interdit aux visiteurs, le « village » d'Otaniemi s'ouvre vite à tous, car les dirigeants politiques soviétiques et américains prennent conscience de l'effet désastreux sur l'opinion publique mondiale de cette « ligne de démarcation ». Par ailleurs, sur les stades, les confrontations s'avèrent le plus souvent chevaleresques, les rencontres amicales entre sportifs de différents pays se multiplient. Tous ces gestes constituent en fait une réelle victoire pour la diplomatie de Staline : les champions soviétiques se sont montrés à la fois brillants et ouverts aux autres, alors que le maccarthysme s'abat sur les États-Unis. À Helsinki, le comportement olympique de l'U.R.S.S. s'inscrit en fait dans une logique de détente subie, celle de la « coexistence pacifique » initiée par le Kremlin au début de 1951.

Sur le plan purement sportif, les États-Unis obtiennent quarante médailles d'or, dix-neuf médailles d'argent et dix-sept médailles de bronze, soit soixante-seize médailles au total, et conservent la première place du bilan des nations. Mais l'U.R.S.S., forte de vingt-deux médailles d'or, trente médailles d'argent et dix-neuf médailles de bronze, soit soixante et onze médailles au total, les talonne déjà. Dès 1956 et les Jeux de Melbourne, l'U.R.S.S. aura dépassé les États-Unis.

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « JEUX OLYMPIQUES - Les Jeux et la guerre froide », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-les-jeux-et-la-guerre-froide/