CRÉMIEUX-BRILHAC JEAN-LOUIS (1917-2015)

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Homme de devoir, homme de savoir, homme de mémoire : cette triple qualification fut énoncée par le président de la République François Hollande, dans la cour d'honneur des Invalides, le 15 avril 2015, pour dire les mérites éminents de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, ancien conseiller d'État en service extraordinaire. Le jeune officier évadé d'Allemagne, secrétaire du comité de propagande de la France libre, fut également le co-fondateur de la Documentation française après la Libération. Il a consacré plus du dernier quart de sa vie à son œuvre d'historien de la France contemporaine. D’ailleurs, le 18 février 2015, avant de décorer les deux derniers prix Nobel français, l'écrivain Patrick Modiano et l'économiste Jean Tirole, François Hollande lui remit la grand-croix de la Légion d'honneur en le saluant comme « mémoire vivante de la République ».

Jean-Louis Crémieux-Brilhac

Photographie : Jean-Louis Crémieux-Brilhac

Historien de la France libre après en avoir été acteur, Jean-Louis Crémieux-Brilhac n’a jamais fait passer son expérience avant sa volonté de comprendre puis de transmettre. 

Crédits : Réseau-Canopé/ MRN

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Né le 22 janvier 1917 à Colombes, Jean-Louis Crémieux, fils d'un haut fonctionnaire du ministère des Travaux publics, fait des études supérieures littéraires et est à 17 ans le plus jeune membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, avant que la Seconde Guerre mondiale ne change son destin. Pacifiste passé par Saint-Cyr, l'aspirant Crémieux fut fait prisonnier, s'évada d'Allemagne par l'Est et partagea les prisons de Staline avec les officiers polonais qui furent ensuite assassinés à Katyn. Après la rupture de l'alliance germano-soviétique, il fut l'un des 186 hommes qui purent débarquer en Écosse le 12 septembre 1941 et rallier la France libre. Sous le pseudonyme de lieutenant Brilhac, il dirigea, à Londres, au sein du Commissariat national à l’Intérieur, les services de documentation politique et de diffusion clandestine. Concepteur de centaines de tracts parachutés sur la France occupée, il assura la circulation des informations entre la Résistance intérieure et la France libre, réalisant des bulletins qui allaient être l'esquisse de ce qu'il développerait, après la Libération, dans sa vision d'une maison d'édition du service public.

Entre 1954 et 1958, sa participation aux cabinets ministériels du président du Conseil Pierre Mendès France puis du ministre de l'Éducation nationale René Billères facilita son action en faveur de la recherche, menée avec le futur prix Nobel Jacques Monod. Il contribua au succès du colloque de Caen et devint secrétaire général puis vice-président de l'Association d'étude pour l'expansion de la recherche scientifique.

En tant que directeur-adjoint dès 1955 puis directeur de 1969 à 1982, il a fait de la Documentation française une institution d'information objective, au service des mondes associatif, politique et syndical. À travers la Documentation photographique, il s'est tourné vers le public enseignant auquel « sa » maison fournissait les moyens d'illustrer les cours par de grandes photos puis par des diapositives qui ouvrirent les établissements scolaires aux réalités de l'audiovisuel. Son parcours – que ses collaborateurs de la Documentation saluèrent, à son départ, par la plaquette Un droit chemin –, le ramena à sa passion d'étudiant pour l'histoire.

De 1973 à 1976, il fut le maître d'œuvre de l'anthologie en cinq volumes présentant un panorama exhaustif des émissions de la B.B.C. en français : Les Voix de la Liberté. Ici Londres 1940-1944 contiennent la recension des messages de combat et d'espoir adressés aux populations de la France occupée. Le tome V, La Bataille de France, dans lequel sont publiés tous les messages d'alerte et d'action diffusés les 1er et 5 juin 1944, a illustré l'importance, pour le succès du débarquement de Normandie, des sabotages confiés aux groupes de résistants et aux réseaux de renseignements et d'action développés par les Alliés. Cette œuvre de mémoire fut saluée par la reine Elisabeth II qui, en 1977, distingua l’ancien officier de liaison français auprès de la B.B.C. en 1943-1944 comme Commander of the Order of the British Empire.

Dans ses dernières années, l'anglophile Crémieux-Brilhac travailla à l'édition en français du livre de Michaël Foot sur les services spéciaux britanniques engagés en France occupée. Après la publication en 2008 de l’ouvrage annoté par ses soins, Des Anglais dans la Résistance. Le Service secret britannique d'action (S.O.E.) en France, 1940-1944, il a été à l’initiative d’un documentaire sur leurs faits d'arme [...]

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Écrit par :

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

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AUBRAC RAYMOND (1914-2012)

  • Écrit par 
  • Charles-Louis FOULON
  •  • 946 mots
  •  • 1 média

Résistant héroïque, co-fondateur du mouvement Libération, Raymond Aubrac était le dernier survivant des arrestations de Caluire qui scellèrent tragiquement, en juin 1943, le sort de Jean Moulin. Dès le 15 septembre 1944, à Marseille, Charles de Gaulle avait rendu hommage à son compagnon de lutte en lui dédicaçant son portrait avec les mots suivants : « À Raymond Aubrac qui a tant fait dans la lu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « CRÉMIEUX-BRILHAC JEAN-LOUIS - (1917-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-louis-cremieux-brilhac/