AUBRAC RAYMOND (1914-2012)

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Résistant héroïque, co-fondateur du mouvement Libération, Raymond Aubrac était le dernier survivant des arrestations de Caluire qui scellèrent tragiquement, en juin 1943, le sort de Jean Moulin. Dès le 15 septembre 1944, à Marseille, Charles de Gaulle avait rendu hommage à son compagnon de lutte en lui dédicaçant son portrait avec les mots suivants : « À Raymond Aubrac qui a tant fait dans la lutte qu'il lui faut maintenant tant et tant faire dans la rénovation ».

Raymond Aubrac, 1944

Photographie : Raymond Aubrac, 1944

Raymond Aubrac à Marseille, à la fin de 1944. Le 22 août, il est devenu le plus jeune commissaire de la République de France, faisant son entrée, à trente ans, dans « les allées du pouvoir ». 

Crédits : Archives privées/ D.R.

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Né le 31 juillet 1914 à Vesoul où ses parents font commerce de vêtements, Raymond Samuel est reçu en 1937 ingénieur des Ponts et Chaussées avant de parfaire sa formation aux États-Unis, à Harvard. Officier du génie en 1939, il épouse à Strasbourg une agrégée d'histoire et géographie, Lucie Bernard. Installé à Lyon, le couple fait partie des premiers noyaux de la Résistance et participe à la fondation du mouvement Libération. Sous couvert de son métier d'ingénieur et sous plusieurs pseudonymes, Raymond Aubrac rassemble des armes pour la Résistance et entre dans l'état-major clandestin du général Delestraint, le chef de l'Armée secrète. Ce dernier est arrêté à Paris le 9 juin 1943, ce qui provoque la réunion de Caluire, le 21 juin. Cette réunion, au cours de laquelle Aubrac devait être nommé chef provisoire de l'Armée secrète pour la zone nord, est interrompue par la Gestapo, probablement en raison d'une trahison, et Jean Moulin, délégué clandestin du général de Gaulle, ainsi que sept résistants, dont Aubrac, sont arrêtés. Jean Moulin mourra quelques jours plus tard.

Libéré en octobre 1943 par un commando dont fait partie son épouse enceinte de cinq mois, Raymond Aubrac ignore encore le sort de ses parents morts à Auschwitz lorsqu'il s'envole clandestinement pour Londres le 8 février 1944, avec Lucie et leur jeune fils. Il va siéger à l'Assemblée consultative d'Alger avant d'être nommé, en août 1944, Commissaire régional de la République pour la Provence, chargé de débarquer avec l'armée de De Lattre. Créateur des premières cours de Justice créées dans la France libérée et des Forces républicaines de sécurité – ancêtres des C.R.S. – il se singularise en réquisitionnant quinze grandes entreprises marseillaises où la gestion est assurée conjointement par les cadres et les ouvriers. En raison de ses positions plus révolutionnaires que rénovatrices, il est relevé de ses fonctions en janvier 1945. Le ministre de la Reconstruction Raoul Dautry lui confie alors le déminage de 500 000 hectares du sol français ; celui-ci sera réalisé au prix de la mort de cinq cents démineurs français et de deux mille prisonniers allemands volontaires.

En 1946, ses liens avec le mouvement communiste font de lui l'hôte d'Hô Chi Minh à Soisy-sous-Montmorency, au temps de la conférence de Fontainebleau, qui ne peut empêcher la guerre d'Indochine. Ce passé l'aide à servir d'intermédiaire entre Américains et Vietnamiens, à partir de 1967, quand il faut en finir avec la guerre du Vietnam ; Henry Kissinger comme Robert McNamara apprécient son efficace discrétion. Il en avait déjà fait preuve avec le Bureau d'études et de recherches pour l'industrie moderne (B.E.R.I.M.) qu'il avait fondé en 1948 et qui joua un grand rôle dans les relations économiques entre l'Europe occidentale et les pays de l'Est.

Engagé dans les réformes agraires du Maroc à partir de 1958 en tant que conseiller technique du gouvernement, il crée l'Office national des irrigations, dont il est nommé secrétaire général, et développe l'industrie sucrière. Ses succès favorisent sa nomination de directeur à l'Organisation mondiale pour l'agriculture (F.A.O.). Fonctionnaire international de 1963 à 1975, il développe Agris, un système d'information bibliographique pour les sciences et les technologies agricoles. Il reste ensuite un acteur de la coopération avec les pays en voie de développement.

Le succès éditorial des souvenirs de sa femme, puis celui du film de Claude Berri, Lucie Aubrac (1997) valent aux Aubrac diverses attaques. Leurs calomniateurs les accusent d'un double jeu qui aurait conduit à la mort de Jean Moulin. Les tribunaux français puis la Cour européenne des droits de l'homme condamnent cette « diffamation par insinuation ». En 1998, Raymond Aubrac écrivait : « Défendre la mémoire, c'est affaire de statues, de [...]

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  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

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CONVERT PASCAL (1957- )

  • Écrit par 
  • Paul-Louis RINUY
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Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « AUBRAC RAYMOND - (1914-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/raymond-aubrac/