HÉLION JEAN (1904-1987)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Peintre français, né à Couterne (Orne). Rien ne prédisposait Jean Hélion, élève à l'Institut industriel d'Amiens, où il a étudié la chimie, à devenir peintre. Pourtant, on peut le considérer, avec Fernand Léger, comme l'un des plus grands peintres français du xxe siècle ; le plus dérangeant, aussi. Apprenti dans un bureau d'architecte en 1921, il découvre le Louvre un peu par hasard : les tableaux de Philippe de Champaigne et de Poussin le subjuguent. Dès 1922, sans avoir suivi aucun enseignement à l'École des beaux-arts, il commence à peindre et suit les intelligents conseils d'un peintre académique belge : Luc Laffnet, qui lui recommande de bien regarder Rembrandt. Découvrant par bribes le développement de l'art moderne, il vit dans la misère et collectionne les « trous » de son atelier. Un jeune collectionneur, Georges Bine, lui découvre une parenté avec Soutine et l'encourage. En 1927, Hélion fait la connaissance du peintre uruguayen Joaquin Torrès-Garcia, qui lui révèle le cubisme. Aussi sensible aux affiches de Cassandre qu'aux tableaux de Matisse, spontanément amoureux de tout ce qui vient à sa rencontre, son optimisme énergique lui fait accomplir une évolution rapide, depuis le réalisme expressionniste jusqu'aux limites de l'abstraction. Ses grands coups de pinceau débordent les objets, s'ordonnent par rapport au cadre. Ayant rencontré Van Doesburg en 1929, il forme avec lui le groupe Art concret et participe en 1930 à la fondation du mouvement Abstraction-Création avec Arp, Herbin, Delaunay, Kupka, Van Doesburg, Gleizes, Valmier, Tutundjian et Vantongerloo. Devenu avec Herbin l'un des tout premiers peintres abstraits français, il rencontre Léger, Calder, et va rendre visite à Naum Gabo à Berlin. Ses tableaux, géométriques, aérés, lumineux, puissants, vont s'ordonner, par l'introduction de lignes courbes dans l'agencement des plans, en « figures abstraites » : il déchiffre le monde à travers le filtre des formes géométriques, disposées selon les coordonnées spatiales de la peinture figurative classique. En 1939, il peint Figure tombée (Musée national d'art moderne, Paris) ; cette œuvre charnière dans la carrière d'Hélion marque à la fois l'aboutissement de la période abstraite et son passage à la figuration. Le thème de la Figure tombée inspirera à Hélion de nombreuses œuvres comme en témoigne l'exposition qui lui a été consacrée en 1995 au musée d'Unterlinden à Colmar. Ayant voyagé en U.R.S.S. en 1931, aux États-Unis en 1932, il pressent les calamités qui vont s'abattre sur l'Europe. Il ne voit déjà plus « comment on pourrait rester assis devant son chevalet comme sur un cul paisible, à chercher la beauté lorsque le malheur réapparaissait ». L'abstraction était aussi, pour lui, une illusion de paix définitive. Il amorce un retour à la figuration, mais mobilisé en janvier 1940 alors qu'il séjourne aux États-Unis, il rejoint l'armée française, est fait prisonnier en juin et s'évade en février 1942. Revenu clandestinement à New York, il y publie le récit de son évasion : They Shall not Have Me ! En 1943, il peint un Homme au chapeau baissé, qui marque le début de sa nouvelle peinture figurative, qui fait d'autant plus scandale que le peintre est déjà reconnu comme un maître de l'art abstrait. À partir de cette date, Hélion ne quittera plus le monde de la réalité. Il opère ce retour en bénéficiant de son expérience formelle. À partir de 1944, il peint À rebours (1947) : entre une de ses toiles abstraites de 1932 et une femme nue renversée, il se représente lui-même en train de montrer le sexe du monde dans la paume de ses mains ouvertes ; puis il invente de nouveaux sujets, emblématiques d'une métaphysique de la contemporanéité : les Allumeurs (L'Allumeur, 1944, musée d'Unterlinden, Colmar), les Fumeurs, les Salueurs, les Journaliers (lecteurs de journaux), les Mannequineries (mannequins de vitrine, devant lesquels des clochards sont allongés sur le trottoir). Il y devance de dix à quinze ans le pop art et la nouvelle figuration. Se rapprochant sans cesse de l'objet réel, il peint à partir de 1952 des natures mortes, où les baguettes de pain, les journaux déployés, les citrouilles ouvertes, les lapins écorchés, son propre atelier répondent à la tentative de recons [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

Classification

Autres références

«  HÉLION JEAN (1904-1987)  » est également traité dans :

CONCRET ART

  • Écrit par 
  • Arnauld PIERRE
  •  • 2 732 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Van Doesburg et le groupe « Art concret » »  : […] Les quatre artistes qui se rassemblent en 1930 autour de Theo Van Doesburg (Jean Hélion, Otto Carlsund, Léon Tutundjian et Marcel Wantz) adhèrent à un manifeste, intitulé « Base de la peinture concrète », publié dans le numéro unique d'une revue éponyme, Art concret . Les signataires, qui se placent sous l'exigence d'un « effort pour la clarté absolue », proclament notamment : « L'œuvre d'art d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alain JOUFFROY, « HÉLION JEAN - (1904-1987) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-helion/