LE BLOND JEAN-BAPTISTE ALEXANDRE (1679-1719)

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L'architecte français Jean-Baptiste Alexandre Le Blond a construit en France et en Russie, et les études qui lui ont été consacrées ont été menées par des chercheurs de ces deux pays. Dans les années 1910, Le Blond attira, comme beaucoup de ses compatriotes qui avaient travaillé en Russie, l'attention des auteurs de la revue d'art Starye gody (Les Anciennes Années). Louis Réau en parla dans ses publications consacrées à l'expansion de l'art français en Europe au xviiie siècle. La première recherche fondamentale de la période française de Le Blond fut entreprise en 1934 par Boris Lossky dans une thèse soutenue à l'École du Louvre. La période russe de l'architecte fit l'objet de nombreuses publications en Russie dont les plus complètes sont celles de Ninele Kaliazina au cours des années 1970-1990.

Le Blond est né à Paris en 1679 dans la famille du peintre et graveur Jean Le Blond, membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture, qui fut aussi marchand d'estampes dans sa boutique À la cloche d'argent. Jean-Baptiste Alexandre apprit à dessiner en copiant chez son père les gravures des ornemanistes de son temps, surtout celles de Jean Le Pautre. Selon Mariette, Le Blond se forma sous l'égide du menuisier G. Feuillet « qui sçavoit de l'architecture et de la perspective plus que ne comportoit son état ». Selon Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville, il fut élève de Nicolas Girard, architecte du duc d'Orléans. En tout cas on ne peut certainement pas, contrairement à ce qu'on croyait autrefois, compter parmi ses maîtres le célèbre André Le Nôtre.

Les débuts de Le Blond à Paris furent liés au dessin et à la théorie de l'architecture. En 1706, il dessina plusieurs planches pour l'édition de l'Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denis. Il fut ensuite l'auteur non seulement de tous les dessins, mais aussi de l'essentiel du livre paru sous le nom de Dezallier d'Argenville : La Théorie et la pratique du jardinage édité en 1709 par Mariette Père. En 1710 Le Blond prépara, chez le même éditeur, la réédition du Cours d'architecture de A.-C. Daviler, paru pour la première fois en 1691. Il y ajouta de nouveaux chapitres et planches qui concernaient la distribution et la décoration des appartements. Le rôle qu'il joua à la fin des années 1700 et au début des années 1710 dans la publication d'ouvrages d'une importance capitale, place Le Blond parmi les créateurs de l'architecture « moderne » à la française.

Quant à ses propres ouvrages Le Blond n'eut pas le temps de les éditer.

La période parisienne de Le Blond fut peut-être un peu moins féconde en pratique qu'en théorie. Parmi ses réalisations, il faut mentionner à Paris l'hôtel de Vendôme (enclavé aujourd'hui dans l'École des mines) avec son célèbre jardin en perspective illusionniste inscrit dans un terrain irrégulier, l'hôtel de Clermont (il existe toujours, au 69, rue de Varenne), ainsi que deux maisons de plaisance à Châtillon-sous-Bagneux. Ces constructions se caractérisent par une distribution intérieure minutieuse et par une subtile délicatesse des décors qui annoncent l'arrivée du style rocaille.

En 1716, Le Blond rencontre Pierre le Grand qui voyageait en Europe, et il est embauché par le tsar. Le 6 août 1716, il arrive à Saint-Pétersbourg à la tête d'un groupe d'artistes et d'ouvriers du bâtiment. Le 27 février 1719 il meurt de la variole. Ce court séjour fut pourtant extrêmement important pour la création de la nouvelle architecture russe à l'Occidentale, dans laquelle la composante française fut désormais très présente. Si, dans le domaine de l'urbanisme, son œuvre en Russie fut plutôt un échec – son célèbre plan de Saint-Pétersbourg qu'il inscrivit dans un ovale parfait, 1717, (archives de l'Académie des sciences de la Russie) fut rejeté par le tsar – elle fut beaucoup plus réussie dans la création de jardins aussi bien à Saint-Pétersbourg (le jardin d'Été), que dans les résidences impériales aux environs de la ville, à Strelna et à Peterhof, où Le Blond posa les fondements de grands ensembles du type versaillais (tous ces projets sont au musée de l'Ermitage). Il fut également responsable de la transplantation en Russie du type de l'hôtel parisien dont on retrouve les traits spécifiques dans son projet de maison « exemplaire » pour les quais de la Néva (gravure de Rostovtsev au musée de l'Ermitage) ou encore dans l'hôtel Apraxine (relevé de 1740). Dans tous ses projets russes, Le Blond pratique une distribution intérieure très soignée, comportant toutes les commodités modernes, dans l'esprit de l'architecture parisienne du début du xviiie siècle. Les décors utilisent selon la dernière mode des lambris sculptés en forme de panneaux, dont le cabinet de Chêne du Grand Palais de Peterhof donne le meilleur exemple. Premier des architectes français à avoir laissé une œuvre en Russie, Le Blond y apporta ce que l'architecture française présentait alors de plus novateur.

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Écrit par :

  • : chargée de recherche au centre André-Chastel, université de Paris-IV-Sorbonne, docteur en histoire et civilisation de l'École des hautes études en sciences sociales, habilitée à diriger les recherches

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PETERHOF, Russie

  • Écrit par 
  • Olga MEDVEDKOVA
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L'ensemble des palais et des jardins de Peterhof se trouve sur la côte sud du golfe de Finlande, à mi-chemin entre Saint-Pétersbourg et Cronstadt. La première mention de Peterhof date de 1705. En 1710, Pierre I er y fit construire un petit palais de bois ; pour entreprendre ensuite, quatre ans plus tard, la création d'une grande résidence impériale. Lors de son voyage en France, en 1716, Pierre I […] Lire la suite

Pour citer l’article

Olga MEDVEDKOVA, « LE BLOND JEAN-BAPTISTE ALEXANDRE - (1679-1719) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-baptiste-alexandre-le-blond/