HOUDON JEAN-ANTOINE (1741-1828)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le jugement de la postérité a placé Houdon au tout premier rang parmi les sculpteurs de la fin du xviiie siècle. Appréciation qui n'est pas sans fondement, mais qui a rejeté abusivement dans l'ombre tel ou tel contemporain de Houdon comme Moitte, Chinard ou Chaudet. Médiocrement concerné par les débats d'idées et les grands problèmes de style, Houdon doit en fait sa réputation à ses exceptionnels talents de portraitiste.

Né à Paris, Jean-Antoine Houdon était le fils du concierge de l'École des élèves protégés. Tout jeune encore, il se mit à étudier la sculpture, remporta avec aisance les prix de l'Académie et se trouva comme pensionnaire à Rome de 1764 à 1768. Dès cette époque, il se signale par des œuvres qui obtiennent le plus grand succès : le Saint Bruno (1767), exécuté pour l'église de Santa Maria degli Angeli, à Rome et le Saint Jean-Baptiste qui devait lui faire pendant ; la préparation du Saint Jean-Baptiste donna lieu au très célèbre Écorché, dont on trouve de nombreuses versions en bronze ou en plâtre, car les sculpteurs ne tardèrent pas à prendre cette œuvre pour modèle.

Comparé au Saint Bruno de Michel-Ange Slodtz, à Saint-Pierre, celui de Houdon montre le chemin parcouru par la sculpture en une vingtaine d'années : ajustement strict au cadre de la niche, construction sur des lignes verticales, qui détermine une manière de traiter le drapé calme jusqu'à la froideur, renoncement aux effets mouvementés d'ombre et de lumière. L'Écorché, qui reste un chef-d'œuvre en tant que démonstration de virtuosité anatomique, est aussi un document sur le caractère propre et les limites du génie de Houdon : un naturalisme poussé à l'extrême, qui le désignait parfaitement comme portraitiste.

Houdon exposa jusqu'en 1814. Les bustes qu'il nous a laissés, fort nombreux, sont d'ailleurs inégaux en qualité. Le visage de l'avocat révolutionnaire Barnave (musée de Grenoble) est rendu avec un frémissement et une vivacité qui placent ce buste dans la droite succession de Caffieri ; n'était le personnage représenté, on se méprendrait sur la date et on penserait avoir affaire à une sculpture des années 1760-1770. En revanche, le Napoléon du musée de Dijon, où la volonté d'ennoblir et d'idéaliser les traits du modèle est manifeste, demeure sans grand accent. L'œuvre la plus accomplie de Houdon est sans doute le Voltaire de la Comédie-Française (1781) : émergeant des vastes plis du manteau qui drape le corps, le visage et les mains du philosophe sont rendus avec une acuité d'observation inoubliable.

Voltaire assis, J.-A. Houdon

Voltaire assis, J.-A. Houdon

photographie

Jean-Antoine HOUDON, Voltaire assis, 1781. Marbre. Hauteur : 1,40 m ; largeur 1,06 m ; profondeur : 80 cm. Comédie-Française, Paris. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

—  Georges BRUNEL

Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, conservateur des objets d'art des églises de la Ville de Paris

Classification


Autres références

«  HOUDON JEAN-ANTOINE (1741-1828)  » est également traité dans :

ANATOMIE ARTISTIQUE

  • Écrit par 
  • Jacques GUILLERME
  •  • 8 908 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Léonard de Vinci, Vésale, l'écorché »  : […] Lelli pour la chaire de l'Archigymnase de Bologne (1734). Cependant, les écorchés de Houdon (« au bras tendu », 1767, « au bras levé », 1790) constitueront le type de l'écorché multiplié dans les écoles et les ateliers. Il exhibe assez correctement l'agencement ostéomusculaire de la machine corporelle dont Flaxman écrit dans ses […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/anatomie-artistique/#i_1414

MAISONS-LAFFITTE

  • Écrit par 
  • Sophie CUEILLE, 
  • Claude MIGNOT
  •  • 2 984 mots

Dans le chapitre « De la sculpture classique à la sculpture néo-classique »  : […] Pour le comte d'Artois, François Joseph Bélanger réaménage dans les années 1780 un des appartements du rez-de-chaussée où il emploie la plupart des grands sculpteurs néo-classiques de l'époque (notamment Jean-Antoine Houdon et Clodion) si bien que les intérieurs du château de Maisons constituent un […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maisons-laffitte/#i_1414

ROCOCO

  • Écrit par 
  • Georges BRUNEL, 
  • François H. DOWLEY, 
  • Pierre-Paul LACAS
  •  • 21 058 mots
  •  • 14 médias

Dans le chapitre « La France »  : […] cheval de Marc Aurèle par Falconet trouve un écho dans l'écorché de cheval d'Étienne Gois l'Ancien, exposé au Salon de 1789. Encore plus célèbre, L'Écorché de Houdon, exécuté à Rome, était à l'origine une étude pour son Saint Jean-Baptiste resté à l'état de projet (1766, modèle, galerie Borghèse, Rome). Une illustration moins scientifique de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rococo/#i_1414

Pour citer l’article

Georges BRUNEL, « HOUDON JEAN-ANTOINE - (1741-1828) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 décembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-antoine-houdon/