GIBBS JAMES (1682-1754)

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Parmi les architectes anglais de son temps, James Gibbs est l'un des moins soumis à la stricte observance des canons palladiens. Moins inspiré que Nicholas Hawksmoor, il sait cependant élaborer un style très personnel qui se réfère à la fois à la grande tradition locale de Wren et aux exemples de l'architecture italienne des xvie et xviie siècles, qu'il connaît lors de sa formation dans la péninsule. Gibbs naît en Écosse dans une famille catholique, et sa carrière est, en partie, liée aux destinées du mouvement tory. Après un long périple à travers l'Europe, il entre, vers 1705, dans l'atelier de Carlo Fontana, architecte du pape Clément XI, à Rome. Après son retour en Angleterre (1709), il est nommé architecte de la commission instituée par la loi de 1711 pour la reconstruction des églises de Londres. C'est alors qu'il donne les plans de St. Mary le Strand (1714-1717) qui reflète sa récente expérience italienne, et dont les références précises au maniérisme romain, comme l'emploi des deux ordres superposés, sont condamnées par certains puristes palladiens comme Campbell. Après l'avènement de la dynastie hanovrienne, Gibbs perd son poste officiel, mais il sait se plier aux circonstances et travaille par la suite pour les représentants de l'oligarchie whig liée à l'Église anglicane. C'est alors qu'il intègre dans son style quelques éléments palladiens, surtout pour les sobres demeures destinées à son importante clientèle privée. Sudbrook Lodge, Petersham (vers 1718) et Ditchley, Oxfordshire (1720-1725) révèlent un compromis entre la tradition anglaise et les exigences de la mode. Gibbs n'y manifeste qu'une médiocre originalité ; et c'est à ses bâtiments publics qu'il réserve tous ses soins. St. Martin in the Fields (1721-1726), chef-d'œuvre d'équilibre, doit servir de modèle à toute une série d'églises anglicanes. Il fait plusieurs projets, dont un sur plan circulaire, dérivé du traité d'Andrea Pozzo, avant d'adopter la stricte régularité du schéma basilical. L'intérieur, avec sa grande nef bordée de tribunes continues et couverte d'un berceau orné de fins décors de stuc dus aux habituels collaborateurs italiens de l'architecte (Artari et Bagutti), reste fidèle à l'art de Wren. Le frontispice corinthien, à l'arrière duquel surgit une flèche, est, par contre, très original. Ce parti, peu respectueux de la tradition classique, lui vaut de vives critiques. En 1722, succédant à N. Hawksmoor, il devient architecte de la ville de Cambridge où il élève la Senate House (1722-1730) et le Fellows' Building du King's College (1724-1730) dont la vaste façade garde le souvenir des modèles vénitiens de la Renaissance. Mais c'est Oxford qui conserve sa plus originale création, la bibliothèque Radcliffe (1739-1749), puissante rotonde dont la structure cylindrique, surmontée d'une coupole, repose sur un soubassement polygonal à bossages. Le rythme du rez-de-chaussée s'inspire très précisément de celui de la Salute, tandis que le traitement de l'ordre corinthien avec ses colonnes accouplées et le décor des chambranles des fenêtres découlent directement du maniérisme romain.

Saint Mary the Strand, Londres

Photographie : Saint Mary the Strand, Londres

Saint Mary the Strand, Londres. Architecte : James Gibbs. 

Crédits : John Bethell/ Bridgeman Images

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L'individualisme prononcé du style de Gibbs, allié à un certain conservatisme formel explique la grande influence de ses modèles, surtout dans le domaine de l'architecture religieuse. Son ouvrage, soigneusement gravé, A Book of Architecture (1728), est très largement diffusé, non seulement en Angleterre mais aussi en Amérique et en Inde, jusqu'à la fin du xviiie siècle. Curieusement Gibbs ressuscite, par ses interprétations pleines de subtilité et d'équilibre, le souvenir de la Rome maniériste et du baroque au moment où le palladianisme affirme en Angleterre sa domination incontestée.

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Écrit par :

  • : ingénieur au C.N.R.S., enseignante à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles

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Monique MOSSER, « GIBBS JAMES - (1682-1754) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/james-gibbs/