SINGER ISAAC BASHEVIS (1904-1991)

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Peu avant de recevoir le prix Nobel de littérature, au mois d'octobre 1978, Isaac Bashevis Singer déclarait : « Je suis presque le dernier écrivain yiddish... » En couronnant Singer, l'Académie suédoise a voulu non seulement attirer l'attention sur une littérature minoritaire, comme ce fut le cas pour l'Islandais Halldor Laxness ou l'Israélien Agnon, mais bien plus encore rendre un hommage en forme d'adieu à une langue et à une culture qui meurent doucement, victimes tout à la fois de la Shoah et du dynamisme de l'État d'Israël, qui a choisi l'hébreu comme ciment de son unité.

Tout en étant profondément original, Isaac Bashevis Singer se rattache à cette prestigieuse lignée des conteurs juifs, pour qui raconter des histoires est une passion, et dont l'humour se perpétue chez des écrivains ou des artistes aussi différents que Philip Roth ou Woody Allen aux États-Unis, Patrick Modiano ou Jacques Lanzmann en France. Isaac Bashevis Singer est né le 14 juillet 1904 à Leoncin. Sa famille se transfère ensuite à Radzymin. Son père et son grand-père étaient rabbins, et lui-même était destiné à suivre leur exemple. Âgé de quatre ans, il déménage avec sa famille pour Varsovie, où son père devient le président d'un beth din, tribunal rabbinique qu'il décrira plus tard dans l'une de ses nouvelles comme « une sorte de tribunal qui serait à la fois prétoire, synagogue, salle d'étude et bureau de psychanalyste ». Tout en étudiant la Torah, il découvre dès l'âge de douze ans les traductions yiddish de Tolstoï, Dostoïevski, Maupassant, Flaubert, qui exerceront sur lui une influence profonde et durable. Mais c'est finalement l'exemple de son frère aîné Israel Joshua Singer, écrivain déjà très connu en Pologne, qui le détournera du rabbinat pour le journalisme et la littérature. Il fait ses premières armes d'écrivain en publiant des contes dans les Literarische Bleter et en traduisant en yiddish les romans de Knut Hamsun et La Montagne magique de Thomas Mann.

Isaac Bashevis Singer

Photographie : Isaac Bashevis Singer

Conteur hors pair, Isaac Bashevis Singer fut l'ultime représentant de la culture yiddish. Convoquant dibbouks et rabbins, ses romans et nouvelles conservent les traces d'une tradition orale d'une immense richesse. Parmi ses thèmes de prédilection, l’expérience de l’exil, comme on le voit... 

Crédits : Nancy Rica Schiff/ The LIFE Images Collection/ Getty Images

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En 1935, il quitte la Pologne pour rejoindre son frère, établi à New York. Centre de l'émigration juive en Amérique, New York est devenu entre les deux guerres un des hauts lieux mondiaux de la culture yiddish, au même titre que Varsovie ou Wilno. Le petit peuple des ghettos se retrouve dans les boutiques et les ateliers de confection de Orchard Street ou de Hester Street dans le bas Manhattan, et New York comptera jusqu'à quatorze théâtres yiddish, dont les vedettes, Maurice Schwartz, Jacob Adler, Molly Picon, faisaient se déplacer des foules enthousiastes. Entre 1930 et 1938, on tourna plus de soixante films en yiddish, dont l'admirable Mamele d'Arthur Green, ou bien encore Greenfields d'Hirshbein, évocation nostalgique et quelque peu idéalisée de la vie bucolique des shtetl. Pour le jeune Singer, cet exil choisi par lui fut donc loin d'être un total déracinement, et c'est tout naturellement qu'il trouva sa place de journaliste et d'écrivain yiddish dans cette ville à laquelle l'histoire allait bientôt léguer la lourde responsabilité de maintenir vivantes la langue et la culture des juifs d'Europe de l'Est. Il collabore régulièrement au Jewish Daily Forward, quotidien new-yorkais en langue yiddish, dans lequel il publie des contes, des critiques théâtrales et littéraires, et même des études de stratégie militaire pendant la Seconde Guerre mondiale. La plupart des romans de Singer paraissent d'abord en feuilleton dans ce journal, dont les quarante mille lecteurs constituent, selon lui, « le plus exigeant des comités de lecture, car pour la plupart ce sont des gens âgés, et ce que j'écris, c'est tout ce qu'il leur reste de leur patrie perdue... ».

À partir de 1945, la plupart de ses livres paraissent simultanément en yiddish et en anglais. En 1961, il déclarait : « J'aime écrire des histoires de fantômes et rien ne convient mieux pour écrire des histoires de fantômes qu'une langue qui se meurt. Les fantômes aiment le yiddish et, d'après ce que je peux savoir, tous le parl [...]

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Pour citer l’article

Luc ROSENZWEIG, « SINGER ISAAC BASHEVIS - (1904-1991) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/isaac-bashevis-singer/