INDO-EUROPÉENS (archéologie)

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Modèles alternatifs

Dès le xixe siècle, des linguistes, certes minoritaires, ont mis en doute la pertinence du modèle en arbre, tels le linguiste allemand Johann Schmidt, avec sa « théorie des vagues » concentriques issues d'origines différentes et se mélangeant progressivement, ou encore le linguiste autrichien Hugo Schuchardt, le premier à s'intéresser aux créoles et aux mélanges de langues. En 1938, le linguiste russe Nicolaï Troubetzkoy prononça à Prague une conférence célèbre, réfutant également l'idée d'une origine unique. Si ces contre-modèles ont rarement été développés plus avant, on retiendra néanmoins que la linguistique moderne nous offre de nombreux exemples de mélanges entre langues différentes. Outre les créoles et les pidgins, on connaît parmi les langues indo-européennes le cas de l'anglais (mélange de germanique et de roman), du roumain (mélange de slave et de roman) ou du yiddish (mélange de germanique et d'hébreu). L'ethnolinguistique en montre bien d'autres exemples, le multilinguisme étant en fait la situation normale dans des populations traditionnelles où il n'existe pas de langue nationale définie et où les échanges matrimoniaux et commerciaux sont la règle. On a souvent relevé que quatre des principales langues des Balkans (grec moderne, albanais, bulgare, roumain) qui, au sein des langues indo-européennes, appartiennent pourtant à des groupes distincts, s'étaient mises au cours des siècles à se rapprocher progressivement dans certaines de leurs structures. Tant dans le domaine sémitique que dans le domaine amérindien, le modèle en arbre n'est pas toujours le plus pertinent pour tous les linguistes.

En outre, ce modèle en arbre, défini au xixe siècle, suppose implicitement que les sociétés préhistoriques étaient autant d'États-nations homogènes, avec une langue unique également homogène et des frontières politiques et linguistiques nettes, tout le contraire de ce que nous enseigne l'ethnologie des sociétés traditionnelles, où les entités ethniques sont essentiellement malléables et évolutives, et où le multilinguisme est la plupart du temps [...]


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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et à l'Institut universitaire de France

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Jean-Paul DEMOULE, « INDO-EUROPÉENS (archéologie) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/indo-europeens/