HRADČANY, quartier de Prague

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Un trait majeur de la beauté et de l'originalité du site de Prague provient de l'ensemble architectural qui domine la ville, à quelque distance du fleuve, et où se groupent palais et églises tandis que de vastes jardins le séparent des autres quartiers. Ce sont les Hradčany (all. Hradschin), dont le nom rappelle le rôle de forteresse que jouait la colline. Au nord subsistent encore d'anciens remparts et des tours du Moyen Âge (tour Noire, tour de Dalibor). Les fouilles archéologiques ont permis d'établir que la colline occupée dès l'Âge de bronze fut successivement habitée par des Celtes, des Germains et des Slaves (céramiques funéraires), et qu'à la fin du Ier millénaire elle était désormais la capitale de la dynastie tchèque des Přemyslides et un haut lieu religieux consacré par le souvenir des premiers princes chrétiens et martyrs : sainte Ludmilla et saint Wenceslas. Aujourd'hui, le monument le plus ancien des Hradčany est la nef romane de l'église Saint-Georges (xiie s.), demeurée jusqu'au xviiie siècle l'abbatiale d'un monastère de bénédictines. Le site reste dominé par la cathédrale gothique Saint-Guy, à l'histoire assez compliquée. Au xive siècle, le prestigieux souverain de Bohême, l'empereur Charles IV, décida d'élever une cathédrale de style français à l'emplacement de la cathédrale romane des Přemyslides. L'architecte français Mathieu d'Arras puis Peter Parler menèrent jusqu'à achèvement le chœur et les chapelles rayonnantes de l'abside. De 1374 à 1385, Peter Parler réalisa avec des collaborateurs les bustes ornant le triforium, et on commença la construction d'une grande tour, achevée à la Renaissance. Si le couronnement des rois de Bohême avait toujours lieu à Saint-Guy, les souverains avaient déserté les Hradčany. La tradition ne fut reprise qu'après la crise hussite, par le roi Vladislas Jagellon qui fit élever, dans un style flamboyant mêlé d'éléments Renaissance (architecte Benoit Rejt), le beau palais dont subsistent la salle Vladislas (où, plus tard, furent élus ou confirmés les rois de Bohême), les escaliers monumentaux, la salle de la Diète et la chancellerie (lieu de la défenestration de 1618). L'église de la Toussaint, élevée par l'empereur Charles IV au rang de collégiale pour les maîtres de l'université de Prague, fut alors agrandie et rattachée au palais royal. Après l'incendie de 1541, la plus belle période de l'histoire des Hradčany fut le temps de l'empereur Rodolphe II, passionné de cette résidence. Une partie du commerce de Prague se faisait aux Hradčany, surtout celui des articles de luxe, souvent exposés dans la salle Vladislas. Les appartements royaux, les églises regorgent de collections : tableaux, tapisseries, joaillerie. Rodolphe II ne transforma pas sa demeure en un ensemble cohérent, il y fit aménager des salles d'apparat (salle espagnole, galerie). Au-delà des anciens remparts, il construisit un manège et un jeu de paume. Après les pillages de la guerre de Trente Ans, puis les bombardements de Frédéric II, Marie-Thérèse chercha à unifier l'aspect de la résidence royale des Hradčany, où d'ailleurs elle ne séjourna pas. Son architecte Nicolas Pacassi donna à la première cour une très heureuse disposition avec des grilles d'entrée tandis que, dans le pavillon central, il insérait l'arc de triomphe de 1611, attribué à l'atelier de Scamozzi. Le même style, un rococo très élégant, fut adopté pour les bâtiments de la seconde cour. Au xixe siècle, on travailla surtout, avec une ferveur nationale, à l'achèvement de la cathédrale. La nef se développa à partir du transept et, pastiche du style gothique, deux tours furent élevées. Les architectes du xxe siècle, notamment Plečník, s'attachèrent à préserver le caractère archéologique des monuments et des lieux pittoresques (ruelle d'or des alchimistes de Rodolphe II).

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  • : membre de l'Institut, professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris

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  • Écrit par 
  • Marie-Claude MAUREL, 
  • Victor-Lucien TAPIÉ
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Dans le chapitre «  Du roman au flamboyant »  : […] La Bohême étant demeurée en dehors du limes de l'Empire romain, Prague ne s'ouvrit aux influences de la civilisation occidentale qu'à partir de la conversion des Tchèques au christianisme ( ix e et x e  siècles). Les premières constructions de pierre furent des églises dont les trois rotondes qui subsistent encore à Prague doivent représenter le type traditionnel attardé à l'époque de leur const […] Lire la suite

Pour citer l’article

Victor-Lucien TAPIÉ, « HRADČANY, quartier de Prague », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hradcany/