HILAIRE DE POITIERS (315 env.-env. 367)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'exil et les controverses en Orient

L'exil d'Hilaire en Phrygie fut pour lui l'occasion de précieuses découvertes intellectuelles. Mis en contact avec l'épiscopat oriental, il approfondit sa connaissance du grec, étudia la littérature chrétienne grecque, notamment Origène, s'initia à une pensée théologique qui jusque-là lui était restée étrangère. Au cours de ses loisirs forcés, il entreprit la rédaction d'une grande œuvre théologique, destinée à réfuter sous tous ses aspects l'hérésie arienne. La tradition appela cet ouvrage De Trinitate, titre assez impropre, car Hilaire, semble-t-il, n'emploie jamais le mot trinitas. Les trois premiers livres, qui ont dû être composés en 357-358, montrent comment la doctrine orthodoxe de la Trinité s'appuie sur la formule baptismale et cherchent à définir la manière dont le Père et le Fils sont, suivant l'expression évangélique, intérieurs l'un à l'autre.

À la fin de l'année 358, Hilaire doit interrompre son œuvre à la suite de graves événements. Une partie de l'épiscopat oriental, rassemblée autour de Basile d'Ancyre, s'est opposée ouvertement à Ursace et à Valens. Au synode d'Ancyre, pour la fête de Pâques 358, Basile fait approuver une lettre dogmatique qui dénonce le caractère hérétique et arianisant de la profession de foi qu'Ursace et Valens avaient rédigée en 357. Pendant l'été 358, au cours d'un synode réuni en présence de l'empereur Constance à Sirmium, il présente un volumineux dossier qui comprend les anathèmes promulgués au synode d'Ancyre, plusieurs symboles de foi correspondant à sa propre tendance doctrinale, enfin une nouvelle lettre doctrinale dans laquelle il introduit, à la place de la notion de consubstantialité proposée à Nicée en 325, celle de similitude de substance entre le Père et le Fils. Hilaire s'empresse alors de tenter un rapprochement entre l'épiscopat occidental hostile à Ursace et Valens et le parti de Basile d'Ancyre. C'est le sens de son ouvrage De synodis, dans lequel il commente les différentes pièces du dossier que celui-ci venait de faire approuver à Sirmium.

Lorsqu'il reprit la rédaction de son De Trinitate, Hilaire tint compte de la récente évolution de la situation théologique en Orient. On en trouve la trace dès le début du livre IV (IV, 4). Discutant les arguments ariens tirés de l'Ancien Testament, l'auteur montre, dans le livre IV, que celui-ci affirme l'existence d'un vrai Fils de Dieu sans renoncer au dogme de l'unité divine, et, dans le livre V, que l'Ancien Testament présente clairement le vrai Fils de Dieu comme étant lui-même vrai Dieu. Les livres VI et VII suivent un développement exactement parallèle et visent à la même démonstration, mais en s'appuyant sur les évangiles et les écrits apostoliques. Les livres suivants décrivent l'unité qui existe entre le Père et le Fils (VIII) et répondent aux objections ariennes (IX à XII), notamment au sujet de la passion du Christ (X), de la sujétion du Fils au Père dont parle saint Paul (XI) et du texte des Proverbes où la sagesse paraît comme créée par Dieu (XII).

En 359 et 360, Hilaire vit tous ses espoirs anéantis par une éclatante revanche d'Ursace et de Valens : au Concile de Séleucie auquel il assista (sept.-déc. 359), puis à la réunion de Constantinople (janv. 360), les partisans de Basile furent condamnés et les représentants des épiscopats occidentaux et orientaux se rallièrent aux positions défendues par Ursace et Valens. C'est probablement pour réfuter le recueil composé par ces derniers à ce moment-là qu'Hilaire rédigea lui-même en 360 un Livre contre Ursace et Valens, qui contient, selon Jérôme, l'histoire des Conciles de Rimini et de Séleucie et dont les fragments se trouvent dans les Collectanea antiariana Parisina. Hilaire y dénonçait les subtilités et arguties grâce auxquelles Ursace et Valens avaient pu faire admettre par une majorité d'évêques orthodoxes des formules qui pouvaient s'interpréter dans un sens arien. À la faveur de la réunion de Constantinople, Hilaire avait demandé dans sa lettre Ad Constantium l'abrogation de la sentence d'exil qui le frappait. Peu de temps après, il semble bien qu'il ait effectivement été renvoyé en Gaule, parce que ses interventions en Orient étaient jugées trop intempestives.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  HILAIRE DE POITIERS (315 env.-env. 367)  » est également traité dans :

SATURNIN D'ARLES (IVe s.)

  • Écrit par 
  • Richard GOULET
  •  • 123 mots

Huitième évêque d'Arles, chef du parti arien en Gaule. Saturnin présida le synode de cette ville en 353. Ce synode, tenu en présence de l'empereur Constance, condamna Athanase et exila Paulin de Trèves. Saturnin, qui bénéficiait de l'appui de l'empereur, ainsi que des évêques Ursace et Valens, dut cependant subir les attaques d'Hilaire de Poitiers. Il parvint, à l'occasion d'un synode qu'il présid […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre HADOT, « HILAIRE DE POITIERS (315 env.-env. 367) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hilaire-de-poitiers/