HIDEYOSHI TOYOTOMI (1536-1598)

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Homme d'État japonais. Fils d'un valet du père d'Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi partit très jeune à l'aventure, en pleine période de guerre féodale ; après être entré au service d'un vassal des Imagawa, seigneur de Shizuoka, il revint dans la région de Nagoya dont il était originaire, pour être pris, en 1558, comme valet par Oda Nobunaga lui-même. Nobunaga remarqua la vivacité de son esprit, lui confia des tâches d'encadrement de ses troupes et, appréciant ses talents militaires, le fit commandant d'importantes armées, puis l'un de ses principaux lieutenants ; pour finir, il le créa daimyō, en lui concédant le château de Nagahama, dans la province d'Ōmi. À partir de 1576, Hideyoshi dirigeait la campagne de pacification de l'ouest du Japon. Mis en difficulté en assiégeant le château de Takamatsu, en 1582, il fit appel à Nobunaga, lui demandant de venir commander lui-même les opérations. C'est alors qu'inopinément Nobunaga disparut à Kyōto, abattu par la révolte d'Akechi Mitsuhide. Sans perdre de temps, Hideyoshi conclut un armistice avec les Mōri, seigneurs de Chōshū, et remonta sans coup férir vers Kyōto, vainquit Mitsuhide qui périt dans la mêlée. Il régla à son avantage l'héritage des Oda et reconquit le centre du Japon, en éliminant successivement ses rivaux, les anciens vassaux de Nobunaga. Cependant, la paix dans le centre ne pouvait être assurée sans une entente avec Tokugawa Ieyasu dont le fief s'étendait depuis la province de Suruga jusqu'aux abords de Nagoya. Les deux daimyō parvinrent à un accord, après s'être mesurés dans une guerre indécise, en 1584. Hideyoshi reçut, en 1586, le titre de kampaku (porte-parole de l'empereur), il fut nommé daijōdaijin (ministre principal) l'année suivante, et reçut alors seulement le patronyme de Toyotomi : selon une procédure extraordinaire à cette époque, la cour impériale entendait lui conférer ainsi une noblesse authentique. Déjà daimyō et couvert d'honneurs, il put entreprendre l'achèvement de la pacification du Japon. Il choisit Ōsaka comme base militaire et fit construire le palais de Momoyama à Fushimi, faubourg de Kyōto. De 1587 à 1588, il conquit l'île de Kyūshū, puis le Kantō, le Nord enfin, en 1590, avec l'assistance de Tokugawa Ieyasu. La réunification du Japon était alors accomplie.

Après avoir interdit le christianisme en 1587, Hideyoshi se montra relativement tolérant à l'égard des missions, dans le but, sans doute, de ménager le commerce avec les Européens : l'exécution des vingt-six premiers martyrs chrétiens à Nagasaki, en 1597, ne devait pas avoir de conséquence décisive sur l'avenir de l'apostolat catholique. Mais Hideyoshi voulait mener une politique active à l'extérieur : il entreprit la conquête de la Corée, en 1592, afin de s'assurer la maîtrise des mers et de prendre pied sur le continent. L'occupation de la péninsule se fit sans trop de difficultés ; mais l'intervention des Ming et la défaite japonaise dans le conflit naval devait provoquer le prolongement de la guerre et son enlisement, malgré une seconde expédition massive de l'armée japonaise, en 1596. Hideyoshi mourut en 1598, après avoir ordonné la retraite de ses troupes.

L'œuvre de Toyotomi Hideyoshi se présente surtout comme l'achèvement de celle d'Oda Nobunaga. Hideyoshi encouragea lui aussi le commerce mais, allant plus loin, il ébaucha un système monétaire, soumit à son administration directe les villes et les ports principaux, institua la patente (shuin) des navires officiellement autorisés au commerce à l'étranger. Dans le domaine de l'administration seigneuriale, il systématisa la séparation entre les guerriers et les paysans, ceux-ci ayant été désarmés de gré ou de force dans tout le territoire japonais. Par ailleurs, Hideyoshi fit procéder à l'arpentage de toutes les terres seigneuriales en vue de fixer les taux de redevances et d'enregistrer le montant des rentes seigneuriales. Les daimyō furent maintenus dans leur fief, déplacés ou casés, sur la décision de Hideyoshi lui-même : c'est ainsi qu'il fit transférer le fief de Tokugawa Ieyasu de Shizuoka dans le Kantō. La pacification intérieure du Japon était chose faite, mais la société restait encore très marquée par des relations seigneuriales de type féodal. Brillant guerrier, administrateur avisé, Toyotomi Hideyoshi ne réussit pas à consolider son œuvre, d'une part à cause de la témérité de sa politique extérieure, et d'autre part du fait que, ne laissant qu'un fils en bas âge, il n'avait pas pu fonder de dynastie : son héritage allait être remis en question.

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Pour citer l’article

Paul AKAMATSU, « HIDEYOSHI TOYOTOMI - (1536-1598) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hideyoshi-toyotomi/