MARROU HENRI IRÉNÉE (1904-1977)

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La richesse du cursus de Henri Irénée Marrou, l'un des historiens de l'Antiquité les plus complets, se présente d'abord lui-même avec la richesse d'un cursus qui se passe de commentaires : reçu premier à l'École normale supérieure en 1925, deuxième à l'agrégation d'histoire et géographie en 1929, membre de l'École française de Rome de 1930 à 1932, chargé de conférences à l'Institut français de Naples de 1932 à 1937, docteur ès lettres en 1938 (l'année même où il est nommé professeur à la faculté des lettres de l'Université égyptienne), puis appelé à enseigner successivement dans les universités de Nancy, Montpellier et Lyon avant de devenir, en 1945, maître de conférences et, en 1949, professeur titulaire à la Sorbonne (jusqu'à sa retraite en 1975) ; élu, en 1967, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qu'il présidait l'année même de sa mort, il était aussi membre de l'Académie pontificale d'archéologie, de la British Academy, de l'Académie royale néerlandaise, de l'Accademia nazionale dei Lincei, etc.

Cependant, aussi brillante qu'elle ait été, cette carrière d'enseignant et de chercheur, à laquelle Marrou s'est adonné avec un talent incomparable, ne saurait pas plus donner une idée de son génie que si, pour résumer son œuvre écrite, on se bornait à extraire, d'une bibliographie comptant quelque deux cents numéros, et à aligner, dans leur ordre chronologique de publication, la liste de ses livres, si souvent réédités et traduits en diverses langues : Saint Augustin et la fin de la culture antique (thèse principale, de 1937, soutenue en 1938, et augmentée par la suite d'une Retractatio datant de 1949) ; MOUCIKOC ANHP. Étude sur les scènes de la vie intellectuelle figurant sur les monuments funéraires romains (thèse complémentaire, 1937) ; Histoire de l'éducation dans l'Antiquité, 1948 ; L'Ambivalence du temps de l'histoire chez saint Augustin, 1950 ; De la connaissance historique, 1954 ; Saint Augustin et l'augustinisme (en collaboration avec A.-M. La Bonnardière), 1955 ; « De la persécution de Dioclétien à la mort de Grégoire le Grand (303-604) », in Nouvelle Histoire de l'Église, t. I, 2e partie, 1963 ; Théologie de l'histoire, 1968, Décadence romaine ou Antiquité tardive ? (IIIe-VIe siècle), 1977.

Jusque dans son interrogation, le titre de ce dernier ouvrage posthume souligne, comparé à celui du premier, la courbe suivie par la réflexion patiente et minutieuse de Marrou.

C'est en effet incontestablement à lui que la science française doit de s'être ouverte, de façon irréversible, à la Spätantike et de s'être à peu près guérie de ses complexes à l'égard du phénomène chrétien et des christiana tempora. Mais, pour assurer cette conquête – ou plutôt cette reconquête – de domaines pourtant familiers aux humanistes du xvie siècle et aux patrologues du xviiie, il fallait avoir une parfaite connaissance de la culture classique dans l'Antiquité et de l'éducation qu'elle présupposait. Ce n'est donc pas un hasard si un des premiers articles de cet excellent latiniste est une « Défense de Cicéron », mais aussi bien son édition de l'Épître à Diognète ou son annotation du Pédagogue de Clément d'Alexandrie supposent-elles à la fois une grande maîtrise du grec et une subtile élucidation des fondements philosophiques de la « nouvelle religiosité » païenne.

Encore méconnaîtrait-on une partie de l'activité scientifique généreusement déployée par Marrou si on oubliait les multiples contributions que cet animateur de recherches et cet éveilleur de vocations a fournies – sous diverses formes et avec une modestie exemplaire à d'importantes œuvres collectives : soit en y participant, en tant que collaborateur, comme il l'a fait pour la Bible de Jérusalem, ou parachevant des entreprises comme le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie ou les Inscriptiones latinae christianae veteres de Diehl ; soit en introduisant, par une de ces préfaces dont il avait le secret, à d'aussi précieux instruments que l'Atlas de l'Antiquité chrétienne (de F. van der Meer et Christine Mohrmann) ou la Concordance de la Bible ; soit en présidant à la refonte des Inscriptions chrétiennes de la Gaule publiées naguère par Le Blant, ou en inventant et en réussissant, là où un Harnack avait échoué, à lancer cette Prosopographie chrétienne du Bas-Empire dont la publica [...]

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris

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Pour citer l’article

André MANDOUZE, « MARROU HENRI IRÉNÉE - (1904-1977) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-irenee-marrou/