HANDISPORT

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La pratique sportive pour handicapés, dénommée handisport, est née après la Seconde Guerre mondiale de l'idée d'un médecin, Ludwig Guttmann, qui pensait que ses patients, des militaires britanniques souffrant de lésions de la moelle épinière, pouvaient retrouver une certaine autonomie et reprendre confiance par le sport. Elle s'est développée jusqu'à devenir à la fois un complément essentiel de la thérapie et l'objet de grandes compétitions, la plus célèbre étant les jeux Paralympiques.

À une époque où le handicap provoquait le rejet – ce qui reste malheureusement partiellement vrai –, Guttmann pensait que le handicap ne constituait pas en lui-même un frein insurmontable à l'épanouissement personnel. Si la pratique sportive demeure pour les handicapés un remarquable outil thérapeutique, tant sur les plans physique (renforcement de l'organisme) que psychique (dépassement de soi, vie en société), son statut s'est totalement modifié : le sport n'est plus considéré comme un vecteur d'intégration, de réhabilitation, mais la compétition en devient souvent la finalité. Il s'agit là du plus beau succès de Ludwig Guttmann.

Histoire d'une idée-force

Médecin neurologue allemand, Ludwig Guttmann a dû fuir son pays en raison de sa confession juive et a gagné la Grande-Bretagne, où il a fondé en 1944, à Stoke Mandeville, près de Londres, un centre destiné à soigner les lésions de la moelle épinière. Il estime avec juste raison que les traitements doivent s'accompagner d'un programme de soutien psychologique et de réinsertion sociale : il a l'idée novatrice de s'appuyer sur la pratique sportive pour aider ses patients à reprendre confiance et, rapidement, le besoin de compétition se fait sentir. Aussi organise-t-il, à la veille des jeux Olympiques de Londres, en 1948, des World Wheelchair and Amputee Games (Jeux mondiaux des chaises roulantes et des amputés), dont la première édition, confidentielle, réunit seize concurrents (des mutilés de guerre britanniques) et ne concerne que deux sports (le basket-ball en fauteuil et le tir à l'arc). À partir de cette date, les « Jeux de Stoke Mandeville » se tiennent tous les ans. En 1951, Ludwig Guttmann fonde l'International Stoke Mandeville Federation, une institution chargée de gérer le sport en fauteuil roulant. Dès 1952, les Jeux de Stoke Mandeville s'internationalisent, avec la participation d'une délégation néerlandaise.

La neuvième édition des « Jeux internationaux de Stoke Mandeville » se déroule à Rome en 1960, juste après les jeux Olympiques : elle sera reconnue comme la première édition des jeux Paralympiques d'été ; le mouvement handisport est réellement lancé. En 1964 naît l'International Sport Organisation for Disabled, chargée de gérer le sport pour tous les types de handicap. Par la suite, deux nouvelles institutions internationales voient le jour : la Cerebral Palsy International Sports and Recreation Association, créée en 1978, pour les infirmes moteurs cérébraux ; l'International Blind Sport Association, fondée en 1981, pour les déficients visuels. Mais le développement des compétitions handisport et, surtout, des jeux Paralympiques nécessitait l'instauration d'un organisme fédérateur. Ainsi, en 1982, naît le Comité international de coordination des organisations mondiales de sport pour les handicapés, lequel supervise le mouvement handisport. Le succès grandissant des jeux Paralympiques conduit à renforcer cette institution. Aussi, le 22 septembre 1989 à Düsseldorf, le Comité international de coordination des organisations mondiales de sport pour les handicapés se transforme en Comité international paralympique, lequel établit son siège à Bonn. Le Canadien Robert Steadward est élu président et le reste jusqu'en 2001, date à laquelle le Britannique Philip Craven lui succède.

La fondation du Comité international paralympique marque une inflexion de la perception du handisport. Jusque-là, en effet, l'accent était plus souvent mis sur le handicap que sur le dépassement de celui-ci, le sportif se voyant encore considéré comme un patient. Désormais, la compétition elle-même, avec ses contraintes, sa quête d'excellence et de médailles, fait l'objet de toutes les attentions : le sport n'est plus considéré comme un vecteur d'intégration, de réhabilitation, mais la compétition devient la finalité de la pratique sportive.

Des jeux Paralympiques d'hiver sont organisés pour la première fois en 1976 à Örnsköldsvik, en Suède. Depuis 1988 pour les Jeux d'été (Séoul) et 1992 pour les Jeux d'hiver (Albertville), les jeux Paralympiques se déroulent dans la même ville que les jeux Olympiques, peu après la clôture de ceux-ci. En 2001, un accord officiel signé entre le Comité international olympique et le Comité international paralympique matérialise ce fait : il est confirmé que les jeux Paralympiques se tiendront toujours dans la même ville que les jeux Olympiques, peu après ces derniers, en utilisant les mêmes infrastructures sportives. Un unique comité d'organisation est en charge des jeux Olympiques et des jeux Paralympiques ; ces derniers sont un des éléments obligatoires que toute ville candidate à l'organisation des jeux Olympiques doit intégrer dans le dossier qu'elle présente au C.I.O.

En France, le mouvement handisport naît en 1954, avec la création par Philippe Berthe de l'Amicale sportive des mutilés de France ; dès l'année suivante, deux kinésithérapeutes, Michel Boubée et Alain Bossion, introduisent le basket-fauteuil au centre de rééducation motrice de Fontainebleau. À partir des années 1960, de multiples centres de rééducation utilisent le sport comme moyen de réadaptation et se dotent d'installations sportives. La Fédération sportive des handicapés physiques de France voit le jour en 1963 ; elle devient un des membres du Comité national olympique et sportif français en 1973. En 1977, elle est rebaptisée Fédération française handisport, et le ministère de la Jeunesse et des Sports la charge de gérer les activités sportives pour les handicapés physiques. Présidée par André Auberger de 1980 à 2007, puis par Gérard Masson, elle connaît un développement considérable. Au début des années 2010, elle compte plus de vingt mille licenciés, propose quarante-cinq sports de loisir ou de compétition et chapeaute neuf cents associations.

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Esther Vergeer, championne de tennis en fauteuil roulant

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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SPORT (Histoire et société) - Sociologie

  • Écrit par 
  • Christian POCIELLO
  • , Universalis
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Dans le chapitre «  Le sport, vecteur d'intégration et de socialisation ? »  : […] Dans cette société où la peur de l'autre et l'exclusion sont des thèmes récurrents, le sport serait, selon divers analystes, l'un des meilleurs – l'un des derniers ? – vecteurs d'intégration. Ainsi, à l'issue de la victoire des Bleus lors de la Coupe du monde de football 1998, la liesse s'empara de la France entière. Médias et politiques commentèrent et récupérèrent ce triomphe pour parler de « F […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « HANDISPORT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/handisport/